Vendredi 29 février 2008
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par Dicarno
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Mardi 19 février 2008

Les subprimes pour les nuls

 

 

Le client subprime chez son courtier :

 

- Bonjour Monsieur, je vous en prie asseyez-vous. Que puis-je pour vous ?

- Je voudrais acheter une maison mais je n’ai pas d’apport et je n’ai pas les moyens de payer les mensualités. Pouvez-vous m’aider ?

- Bien sur ! Comme la valeur des maisons ne fait que monter, il n’est pas nécessaire d’avoir un apport. En plus, nous pouvons vous donner un taux d’intérêt vraiment bas. Nous les augmenteront plus tard. Vous verrez, y’a pas de lézard ?

- Vraiment ? Bon alors pas de problème. Hummmh. Il y a autre chose … Mon employeur est un vrai nul et il se pourrait qu’il ne m’ai pas donné de contrat de travail. Ca vous pose un problème ?

- Ha ha ha. Meuh non. Nous pouvons vous obtenir une déclaration bi.don  et vous pourrez y inscrire votre propre emploi et même votre salaire.

- Vous êtes géniaux. Ca fait vraiment plaisir de faire affaire avec des gens comme vous.

- En fait, ce n’est pas nous qui vous prêtons l’argent - une banque le fera – et nous ne faisons pas vraiment attention aux remboursements du prêt. Alors OK ?

- C’est le rêve. Et bien allons-y.

 

Quelques semaines plus tard, à la Fisrt Bank :

 

- Je ferais mieux de me débarrasser de tous ces contrats hypothécaires. A force de traîner dans ma poubelle, ils commencent à embaumer mon bureau. Je serai vraiment reconnaissant envers les gars sympas de New York qui les achèteront pour faire de la performance dans leurs portefeuilles magiques. Tiens, je vais tout de suite les appeler.

 

Voyons maintenant ce que font les gars sympas de New York :

 

- Pffff ! Nous ferions mieux fait de nous débarrasser de ces pu.tains de contrats hypothécaires avant qu’ils attirent les mouches.

- Mais, patron, qui va vouloir acheter ces da.ubes ?

- Réfléchissons un peu. Et si nous créons un titre obligataire et que nous utilisons ces d.aubes de contrats hypothécaires comme garantie ? On pourrait appeler ça CDO ? Comme ça nous pourrons vendre ces obligations à des investisseurs et nous paieront les coupons avec les intérêts des hypothèques. Qu’en pensez-vous ?

- Mais on ne fait pas un cheval de course avec un bou.rrin

- Evidemment. Pris individuellement, ces contrats sont de belles da.ubes ; mais si on les regroupe alors ils deviendront plus présentables. Et vu que les prix des maisons montent toujours, nous n’avons pas beaucoup d’inquiétudes à avoir.

- Je reste circonspect.

- Les nouvelles obligations marcheront comme ça : elles seront fabriquées à partir de trois niveaux (ou tranches) que nous appellerons les « bonnes », les « moins bonnes » et les « po.urries ». Si certains des contrats hypothécaires venaient à faillir, alors nous paierons les intérêts en priorité à la « bonne » tranche, puis à la « moins bonne » en deuxième et à la « po.urrie » en dernier.

- Je commence à piger. Et comme ceux qui ont investi dans la « bonne » tranche ont pris moins de risques alors nous leur donnerons un intérêt plus faible, n’est ce pas ? Ceux qui ont pris le plus de risques recevront un intérêt plus élevé.

- Exactement. Mais attendez, on peut encore mieux faire. Nous allons acheter des titres très sûre pour les mettre dans la « bonne » tranche. Comme ça, les agences de notation donneront à la tranche la moins risquée un triple A au lieu d’un simple A.

- Génial.

- Rêvons un peu, il se pourrait qu’ils donnent à la tranche « moins bonne » un triple B au lieu d’un B. Par contre, pour la tranche « po.urrie », il n’y a absolument aucun espoir. Ce n’est même pas la peine de demander une note vu qu’elle sera forcément négative. 

- Vous êtes un génie boss.

- Oui je sais.

- Mais à qui allons nous vendre ces tranches ?

- Les tro.uduc de la SEC ne vont pas nous laisser vendre cette d.aube aux veuves et aux orphelins. Je pense plutôt viser les zinzins.

- Comme qui ?

- Comme les compagnies d’assurances, les banques, les petites villes de Norvège, le conseil d’administration de l’université du Kansas. Bref, à tous ceux qui recherchent une forte sécurité dans leurs investissements.

- Oui mais personne ne va vouloir acheter les tanches « po.urries ».

- C’est vrai que personne ne sera assez stupide. Bon, nous allons les garder pour nous-mêmes et comme ça nous bénéficierons d’un joli taux d’intérêt.

- C’est grandiose, mais ce n’est pas en utilisant les contrats hypothécaires comme garantie à de nouveaux titres obligataires que nous allons vraiment nous en débarrasser. Sur le plan comptable, ne devons-nous pas les inscrire sur nos comptes ?

- Non, bien sur que non. Les mecs qui ont écrits les règles comptables nous autorisent à créer une société écran aux Iles Caïman pour y transférer la propriété. La da.ube va être inscrit sur le bilan de cette coquille vide, pas sur le notre. Pour masquer ce tour de passe-passe, nous allons donner le nom fantaisiste de SVP (Special Purpose Vehicle).

- C’est génial, mais pourquoi nous laisseraient-ils faire ça ?

- Nous avons convaincus les autorités qu’il était d’une importance vitale pour la santé du système financier des Etats-Unis que les investisseurs ne sachent rien sur ces transactions complexes et ce qu’il y a derrière.

 

Allons voir comment ça se passe chez régulateurs :

 

- Monsieur, en tant qu’investisseur et citoyen responsable, je vous demande de réformer nos institutions financières  pour y établir la plus grande transparence et la plus grande franchise dans les rapports financiers.

- Vous pouvez compter sur moi.

 

Chez le fond de pension du village norvégien :

 

- Allo la First Bank ?

- Oui, bonjour.

- Salut, nous n’avons pas reçu notre intérêt mensuel.

- Ouais, ça tombe bien que tu appelle mais ce qui se passe ici est complètement di.ngue. Il semble que les trouducs qui ont souscrit dans les contrats hypothécaires qui financent les intérêts de votre CDO ne sont pas capable de régler leurs dettes.

- Hey. Attendez une minute. Nous avons acheté les «  bonnes » tranches triple A du CDO. Vous savez, les plus sûres. Nous sommes supposés être les premiers à être payés.

- Malheureusement le remboursement des prêts est beaucoup plus difficile que nous le pensons et il y a très peu de cash qui entre. Franchement, je vous assure que nous sommes aussi déçus que vous.

- Oui mais vous m’aviez dit que les prix des maisons montaient toujours et que vos emprunteurs pouvaient toujours refinancer leurs hypothèques.

- C’était une mauvaise prévision. Nous avons me.rdé. Désolé

- Et le triple AAA des agences de notation ?

- Ils ont m.erdé aussi.

- Mais cette obligation était garantie. Et les assureurs qu’est ce qu’ils font ?

- Ils n’ont pas suffisamment d’argent de côté pour couvrir ce bo.rdel. Ils ont m.erdé.

- Bien. C’est super et que suis-je supposé dire à mes villageois ?

- Dis leur que tu as m.erdé.

 

par Dicarno publié dans : Histoire économique
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Vendredi 15 février 2008

COURS DE LANGUE DE BOIS

 

Commencez par la case en haut à gauche, puis enchaînez avec n’importe quelle case en colonne 2, puis avec n’importe laquelle en 3, puis n’importe laquelle en 4 et revenez ensuite où bon vous semble en colonne 1 pour enchaîner au hasard

 

Mais surtout, n’oubliez pas d’y mettre l’intonation et la force de conviction…

 

 

1

2

3

4

Mesdames, messieurs,

la conjoncture actuelle

doit s’intégrer à la finalisation globale

d’un processus allant vers plus d’égalité.

Je reste fondamentalement persuadé que

la situation d’exclusion que certains d’entre vous connaissent

oblige à la prise en compte encore plus effective

d’un avenir s’orientant vers plus de progrès et plus de justice.

Dès lors, sachez que je me battrai pour faire admettre que

l’acuité des problèmes de la vie quotidienne

interpelle le citoyen que je suis et nous oblige tous à aller de l’avant dans la voie

d’une restructuration dans laquelle chacun pourra enfin retrouver sa dignité.

Par ailleurs, c’est en toute connaissance de cause que je peux affirmer aujourd’hui que

la volonté farouche de sortir notre pays de la crise

a pour conséquence obligatoire l’urgente nécessité

d’une valorisation sans concession de nos caractères spécifiques.

Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que

l’effort prioritaire en faveur du statut précaire des exclus

conforte mon désir incontestable d’aller dans le sens

d’un plan correspondant véritablement aux exigences légitimes de chacun.

J’ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?), défendu l’idée que

le particularisme dû à notre histoire unique

doit nous amener au choix réellement impératif

de solutions rapides correspondant aux grands axes sociaux prioritaires.

Et c’est en toute conscience que je déclare avec conviction que

l’aspiration plus que légitime de chacun au progrès social

doit prendre en compte les préoccupations de la population de base dans l’élaboration

d’un programme plus humain, plus fraternel et plus juste.

Et ce n’est certainement pas vous, mes chers compatriotes, qui me contredirez si je vous dis que

la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière, que vous soyez jeunes ou âgés,

entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l’élaboration

d’un projet porteur de véritables espoirs, notamment pour les plus démunis.

 

par Dicarno
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Jeudi 31 janvier 2008

Haro sur les politiques inflationnistes

 

 

Souvenez-vous. Le véritable bug de l’an 2000, à savoir le fiasco boursier de la nouvelle économie en 2000 suivi par la récession du 1er semestre 2001 puis des attentats du 11 septembre ont amené l’ancien gourou de la Fed, le dénommé Alan Greenspan, à réduire le prix de l’argent à un plancher historique. A l’époque, peu de voix se sont élevées pour dénoncer les visant à relancer l’économie par la dépense et l’endettement. Les tenants de la politique interventionniste, les keynésiens, tout comme les monétaristes de l’école de Chicago ont applaudi à tout rompre, même si ce fut pour des raisons différentes, les actions du président de la Fed. Il faut dire que Greenspan était devenu un Dieu qui, du haut de son piédestal, distillé à travers quelques paroles énigmatiques dont lui-même ne comprenait pas très bien la teneur, le nouveau dogme économique. Je le répète, quasiment tout le monde préconisait l’augmentation de la masse monétaire comme solution au soutien de la croissance économique.

 

Pourtant, quelque soit sa formation ou son éducation, tout le monde est en mesure de comprendre qu’une politique inflationniste n’est rien de moins qu’une vaste escroquerie, un vol organisé de l’ensemble des citoyens. Créer de la monnaie à partir de rien conduit mécaniquement à l’inflation des prix puisque la masse d’argent à dépenser augmente plus vite que la quantité de biens et services à acheter. Dés lors, l’argent déjà en circulation va se diluer dans la masse et donc, se déprécier, si bien qu’il faudra toujours plus d’argent pour acheter la même chose. Evidemment personne n’a expliqué aux masses populaires qu’il faudra travailler plus pour gagner plus pour acheter la même chose. Ce slogan n’était pas très vendeur et les gens auraient tout de suite flairé l’entourloupe. Non, au lieu de ça, d’autres explications furent avancées comme la peur de la spirale déflationniste, c'est-à-dire, comme ce fut le cas après le krach de 1929, une chute des prix qui généra la Grande Dépression.

 

Sous prétexte d’éviter le spectre d’une forte récession le gotha de l’économie a convenu un peu rapidement qu’il fallait soutenir la croissance économique par la consommation,. Ainsi, les banques centrales ont obtenu le droit d’injecter suffisamment de liquidités dans l’édifice économique sans que personne n’y trouve rien à redire. Cependant, il s’avéra, au fil du temps, que ce soutien artificiel de l’économie a été un mauvais calcul puisque finalement le problème a été repoussé. Le taux d’épargne des ménages américains étant devenu négatif, il apparaît que l’endettement et a fortiori le surendettement ne pouvaient durer éternellement. En baissant radicalement les taux d’intérêts, Greenspan a favorisé les conditions d’une croissance économique reposant essentiellement (à 75 % !) sur l’endettement des ménages. La bulle immobilière a succédé à la bulle internet. Or, si l’éclatement de la bulle internet a eu un effet relativement limité aux seuls marchés financiers et à ceux qui y ont placé leur patrimoine, en revanche l’éclatement de la bulle immobilière va toucher sans discernement l’ensemble de la population.

 

Il va falloir admettre que la récession constitue le processus de liquidation normal qui suit tout boom artificiel. Il ne peut en aller autrement. Avec sa politique d’expansion monétaire la Fed a tenté, et tente toujours d’ailleurs, d’étouffer la récession ; mais en fait, la seule chose qu’elle parvient à faire c’est de retarder l’échéance de la liquidation. Lorsque Bernanke baisse les taux pour sauver les marchés financiers d’une sévère débâcle, il ne fait rien d’autre que d’appliquer une pommade contenant les ingrédients qui ont provoqué l’allergie. L’économie a subi une crise de surliquidité mais « Hélicoptère Ben » a décidé d’embrayer sur un nouveau cycle inflationniste qui évidemment ne pourra pas durer bien longtemps. Les taux réels sont devenus négatifs ce qui forcément va encore encourager les ménages à consommer et donc à ne pas épargner. Au final, le niveau général d’endettement des ménages devrait encore s’alourdir. La planche à billet tourne à un rythme toujours plus effréné. Combien de temps cela va-t-il encore durer ?

par Dicarno publié dans : Banque centrale
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Mardi 4 décembre 2007

Le propre d’une économie de bulle est l’excès de liquidité en circulation qui se déplace continuellement d’un actif à l’autre. Voici, chronologiquement les bulles spéculatives que j’ai pu recenser depuis 1987 (liste ouverte non exhaustive) :

 

- Krachs obligataires et actions en 1987

- Eclatement de la bulle immobilière en 1990-1991

- Crise du peso au Mexique en 1994

- crise monétaire du sud-est asiatique en 1997-1998

- crise du rouble en Russie en 1998

- krachs des actions internet et des TMT en 2000

- formation d’une bulle obligataire depuis 2000

- formation d’une bulle immobilière résidentielle depuis 2000

- crise monétaire en Argentine en 2001-2002

- formation d’une bulle sur l’énergie, les matières premières et les métaux (depuis 2003)

- formation d’une bulle sur les marchés actions des pays émergents (depuis 2004)

- début du dégonflement de la bulle obligataire (2005)

- formation d’une bulle le marché de l’art (depuis 2005)

- début du dégonflement de la bulle immobilière résidentielle américaine (depuis 2006)

-  crise du subprime (février 2007)

-  crise du crédit lié à la contagion du subprime sur les autres segments du crédit (août 2007)

 

Le monde n’a jamais produit autant de richesses. Quel que soit l’endroit où l’on pose le regard, nous pouvons constater un accroissement des volumes d’échange de marchandises. Les gains de productivité font que les entreprises regorgent de cash. Les profits générés n’ont jamais été aussi importants et les dividendes distribués aux actionnaires aussi généreux. Le volume des fusions-acquisitions ont explosé. Tout ceci est une conséquence des conditions de crédits « accommodants » comme disent les gouverneurs des banques centrales. La masse des liquidités doit être constamment employée. Pour ceux qui en douteraient encore, l’argent ne dort jamais. Même si vous ne vous en rendez pas compte, l’argent stocké sur les comptes profite toujours à quelqu’un d’autre. Dans un monde parfait, l’argent serait placé de manière rationnelle sur tous les actifs. Cependant, de temps à autres en fonction des déséquilibres économiques et des divers intérêts des intervenants, ils s’agglomèrent autour d’un actif en particulier. C’est cette subite prise d’intérêt des investisseurs pour un actif qui constitue une bulle spéculative.

 

Quelles sont les conditions à la formation d’une bulle spéculative ? Etant convaincu que la formation d’une bulle spéculative résulte de la conjonction d’un ensemble de facteurs et non d’une cause unique, j’ai cherché à comprendre quels pouvaient être lesdits facteurs. En excluant d’entrée les facteurs macro-économiques toujours sujets à controverses, il s’avère que les facteurs de formation d’une bulle sont in fine relativement constants. Ces facteurs sont les suivants : le sentiment d’euphorie généralisée, l’accroissement de la productivité, la facilité d’accès au crédit, le comportement grégaire. Reprenons chacun de ces éléments.

 

Le sentiment d’euphorie généralisée est la condition première à la formation d’une bulle. Ce climat d’euphorie résulte de la succession de bonnes nouvelles qui peu à peu « détend l’atmosphère » sur les perspectives d’avenir. Ce sentiment que rien ne peut obscurcir le futur devient général lorsque les investisseurs et le grand public peu avisés alimentent le phénomène. Comme le bonheur dissipe la méfiance, on constate un recul de l’aversion aux risques. Ainsi, on peut s’étonner de la réticence des gens à acheter du CAC lorsqu’il s’échangeait autour des 2500, alors qu’ils se bousculent pour l’acquérir autour des 5500, voire plus ! On peut faire exactement la même réflexion avec le marché immobilier en suivant les prix du m² suivant les villes. A Paris dans les années 1990, lorsque le m² se vendait, en moyenne, en dessous des 2000 euros, beaucoup de gens le dédaignaient alors que maintenant, en 2007, il se situe autour des 6000 (voire plus), beaucoup de gens s’empressent de l’acheter !

 

Comme une bulle est un phénomène inflationniste, voire hyper-inflationniste, il provoque un sentiment de richesse qui contribue à perpétuer le sentiment d’allégresse. En interrogeant les acheteurs sur les raisons de leur investissement, on s’aperçoit qu’ils le font en prévision d’une poursuite de la hausse des prix. En conséquence, cela se traduit par une hausse de la demande suscitant de nouvelles anticipations de hausses, et ainsi de suite de sortes que les prophéties de hausses s’auto-réalisent.

 

Le sentiment d’optimisme n’est pas uniquement la conséquence d’un positivisme dénué de toute réalité. Il repose en général sur des fondamentaux solides. En effet, le climat d’euphorie est le résultat d’une part d’une longue phase de croissance et, d’autre part, sur un accroissement de la productivité. Relisez les rapports sur les crises de 1929, de 1987 ou sur celle de 2000. Les Etats-Unis ont connu la plus longue période de croissance élevée de son histoire entre 1991 et 2001. A l’origine de la hausse de la productivité, il y a souvent une innovation technologique majeure. Ce fut le cas au XIXè siècle, avec le chemin de fer ce qui provoqua la « Railway mania » partout en Europe et aux Etats-Unis (résultat des courses, selon Kindelberger : des Krachs en 1844, 1875 et 1881) ; ce fut le cas aussi pour l’électricité (Krach de 1901 et de 1907) ; de la radio et de l’automobile (krach de 1929) ; de l’informatique (krack de 1987) ; d’internet (krach de 2000) …

 

Le resserrement des taux pour lutter contre l’inflation a pris fin en 1987. La baisse des taux a depuis généré progressivement une abondance de liquidité sur les marchés. Les liquidités sont utilisées par les banques qui peuvent ensuite les distribuer soit au financement de l’économie, en prêtant aux entreprises et aux ménages pour l’acquisition de biens de consommations courantes, soit au financement d’actions, d’obligations ou de biens immobiliers. Les facilités du crédit a favorisé la formation de la bulle internet, puis de la bulle obligataire et enfin celle de l’immobilier.

 

A mon sens, le comportement grégaire est le dernier ressort de la formation et surtout de l’entretien d’une bulle spéculative. Je me souviens de la réaction de quelqu’un relatif à une discussion sur une probable future baisse des prix dans l’immobilier. Il m’affirmait « qu’au moins il ne serait pas tout seul à avoir l’infortune de voir le prix de son actif baissé ». Ce discours est typiquement celui d’un individu ayant choisi de préserver sa réputation en suivant les conventions sociales. En effet, quels que soit ses intérêts, il estime que tomber tout seul est plus humiliant que de dégringoler avec les autres car il sait, implicitement, que la chute collective est plus facilement excusée par la société.

 

Je distingue au moins trois formes de comportement moutonnier : celui où l’on copie les autres parce que l’on suppose qu’ils sont mieux informés (d’où l’éternelle adulation des gourous par les bénis oui-oui) ; celui où l’on estime que l’opinion dominante, vraie ou fausse d’ailleurs, détermine les tendances de fonds ; celui où l’on adopte les us et coutumes, les croyances et les normes admises par la majorité.

 

Cependant il ne faut pas croire que le comportement mimétique résulte d’une anomalie. Il s’agit, au contraire, d’un comportement très rationnel. Nous répondons tous à un certain nombre de codes, et l’ensemble de ces codes forment une culture. Par exemple dans l’entreprise pour laquelle je travaille, bien qu’il ne soit pas imposé, le « costard-cravate » est de rigueur du lundi au jeudi, et le vendredi, il est admis d’être en « casual ». J’ai le choix de m’y conformer ou de rejeter cette convention. Après tout je dispose toujours du libre-arbitre ; mais par souci de confort (ou plutôt par faiblesse morale) je vais accepter d’entrer dans le moule afin de ne pas devoir constamment me justifier sur mon attitude désinvolte vis-à-vis de mes pairs qui, soyez en certain, ne manqueront aucune occasion pour « charger le mulet ».

 

Même si tout le monde s’accorde à dire que l’habit ne fait pas le moine, il n’en reste pas moins que le sentiment d’appartenance à un groupe suivant l’apparence reste très présente dans notre société. Par exemple, pour la majeure partie des gens il est tout à fait normal qu’un commercial doit être costumé. Lorsque vous entrez dans une agence bancaire ou une agence immobilière, vous  ne vous attendez pas à être reçu par un individu habillé en tong , short et T-shirt. D’ailleurs, je suis quasiment sûr que vous vous sentirez diminué, outragé, insulté par ce « rigolo». Quant à la société qui emploierait cet individu facétieux, elle serait tout de suite montré du doigt et mise à l’index par la clientèle. Et pourtant, je puis vous assurer, la plupart des commerciaux sont des rigolos travestis en personnes sérieuses.

 

par Dicarno publié dans : Mémoire
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Vendredi 30 novembre 2007

L’impasse financière

 

 

La plupart des gens sont convaincus que le pire de la « crise des subprimes » est derrière nous et que les choses reviennent doucement à la normale. Cependant, dans leur optimisme béat, ils n’ont pas vraiment pris conscience de l’ampleur des dégâts. Pourtant, l’ensemble de la communauté financière ne cesse d’avouer (certes à demi mots) qu’elle est dans l’incapacité d’évaluer le niveau des pertes dont l’origine se situe au niveau des titres adossés à des actifs américains (Asset Backed Securities et Mortgage Backed Securities). Tous ceux qui ont souhaité en apprendre davantage sur le sujet ont entendu dire qu’il s’agissait avant tout d’une crise concernant le défaut de paiement des emprunteurs subprimes. En revanche, parmi tout ceux que je connais, peu ont réussi à comprendre que le problème des hypothèques sur le résidentiel américain a formé la première vague d’un tsunami financier.

 

Récemment, dans l’état de l’Ohio, il s’est produit un évènement qui est passé quasi inaperçu en France. Pourtant ce jugement va faire jurisprudence. Un juge fédéral, C.A. Boyko dans le district de la cour fédérale de Cleveland, a rendu un verdict dans lequel la filiale américaine de la Deutsch Bank n’avait strictement aucun droit pour saisir 14 maisons pour lesquelles les propriétaires étaient en défaut de paiement, sous prétexte qu’elle était dans l’incapacité de fournir les documents attestant qu’elle était propriétaire des hypothèques. Tout ce que les avocats de la Deutsche Bank purent présenter fut un document mentionnant « l’intention de transferts des droits hypothécaires. » Bref, ils ne purent apporter les titres de propriété de l’hypothèque constituant la preuve essentielle dans le droit foncier.

 

Si la Deutsche Bank fut dans l’incapacité de prouver la possession des titres de propriété c’est parce que les banques de Wall Street vivant chichement de la titrisation ont acheté des dizaines de milliers d’hypothèques à de petits établissements financiers régionalement implantés. Puis les banques ont assemblé ces dizaines de milliers d’hypothèques pour en faire des obligations.  Ces titres furent notés AAA par les agences de notation. Enfin les banques ont vendu ces obligations avec profit à toutes sortes d’investisseurs qui pensaient naïvement acheter des titres non risqués dégageant un fort rendement. Les investisseurs n’ont jamais réalisé qu’une partie de leurs titres reposait sur un gisement de crédits dont la qualité était plus que douteuse.

 

Les bénéfices engrangés depuis 1998 par les grandes banques d’affaires furent tellement exorbitant qu’elles évitèrent soigneusement d’expliquer quels pouvaient être les modèles de risques utilisés par les professionnels de la titrisation. D’ailleurs ce ne fut surement pas Standard & Poor’s, Moody’s ou fitch, les trois grandes sociétés de notation d’entreprises qui allaient s’y intéresser puisque le conflit d’intérêt était trop grand. Cette omerta a subitement était dévoilée lorsque en août dernier les grandes banques ont toutes publié les unes après les autres des rapports liés aux désastres sur les pertes des subprimes.

 

La décision rendue par le tribunal fédéral de l’Ohio fut un véritable cataclysme dans le landernau financier. En fait, il s’agissait ni plus ni moins que de l’évaporation immédiate de la garantie des banques, à travers l’hypothèque des biens immobiliers, sur les prêts qu’elles accordaient inconsidérément à des gens qui n’en avaient pas les moyens. Comment cela fut-il possible ? En fait, en raison de l’inextricable dispersion des titres de propriétés à travers l’histoire des échanges de l’obligation titrisée, personne n’est en mesure de déterminer avec exactitude qui détient réellement le titre de propriété des hypothèques. Au regard des milliers de milliards de dollars de dettes hypothécaires en circulation, autant chercher une aiguille dans des dizaines de bottes de foin.

 

Le juge Fédéral de l’Ohio avait exigé de la Deutsche Bank qu’elle apporte la preuve qu’elle était propriétaire des hypothèques. La Deutsche Bank avait bâti sa défense sur le fait qu’il était de notoriété publique que les banques réalisaient des saisies depuis des années et sans que cela pose de problème à quiconque. Mais le juge rétorqua que « ce n’est pas parce que les banques semblent avoir adopté cette façon d'agir depuis si longtemps sans être importunées que cette pratique avait force de loi.» Comme on peut s’y attendre, la Deutsche Bank refusa de commenter le verdict et d’en faire la publicité.Cependant, la nouvelle s’est répandue à travers tous les Etats-Unis en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire parmi les centaines de milliers de propriétaires pris à la gorge par la hausse des taux d’intérêts à un moment où l'économie américaine semble s'enfoncer inexorablement dans la récession.

 

La bulle immobilière aux Etats-Unis qui s’est mise en place vers 2001-2002 après que le président du conseil des gouverneurs de la Réserve Fédérale, Alan Greenspan, a enclenché la plus agressive série de réductions des taux d'intérêt de toute l'histoire de la banque centrale des Etats-Unis. Greenspan manifesta clairement son intention de remplacer la bulle Internet par celle des prêts hypothécaires afin de soutenir, à travers la consommation, la croissance du PIB. Au moment même où les Etats-Unis déclarèrent la guerre au terrorisme, Greenspan soutint que c'était le seul moyen d'éviter que l'économie US entre dans une profonde récession. La guerre n’a pas seulement besoin de chère fraîche, il lui faut aussi des capitaux. Rétrospectivement, une récession en 2002 aurait été beaucoup moins douloureuse que celle à laquelle les Etats-Unis, et a fortiori le monde, vont être confrontés.

 

La dernière phase de toute bulle spéculative est toujours identique. Cela fini toujours de la même manière. Il suffit pour cela de se reporter aux très nombreux exemples de l’histoire financière. Au cours des deux dernières années avant l’éclatement de la bulle immobilière, les banques régionales étaient fermement convaincues qu'elles pouvaient revendre les prêts hypothécaires à une maison financière de Wall Street afin qu'elles les segmentent tout en les entremêlant avec des milliers d'autres prêts hypothécaires de bonne et de mauvaise qualité pour finalement les revendre sous la forme de titres adossés à des créances hypothécaires. Face aux profits générés et aux promesses de gains, chaque acteur est devenu de plus en plus téméraires. Les prêteurs furent de moins en moins regardant sur la solvabilité des futurs propriétaires. Les prêteurs ne prenaient même pas la peine de s’assurer si le candidat à l’acquisition d’un bien immobilier avait un emploi ! D’ailleurs, pourquoi l’aurait-il fait puisque le prêt était systématiquement revendu à quelqu’un qui ne vérifiait pas la marchandise. Et d’ailleurs ce quelqu’un qui ne vérifiait pas la marchandise, pourquoi l’aurait-il fait puisque lui-même s’empresser de le fourguer à quelqu’un d’autre qui n’avait lui-même aucun intérêt à vérifier la marchandise ? La fraude sur les dossiers des emprunteurs pu se développer à grande échelle à un moment où le défaut de remboursement des emprunteurs était historiquement bas.

 

La plupart des contrats hypothécaires à taux variable vendus aux emprunteurs « subprimes » ont été conclut en 2005 et 2006, c'est-à-dire au cours de l’ultime phase du développement de la bulle immobilière. En raison du différé de deux ans dans l’exécution des clauses des contrats hypothécaires à taux variables, l’année 2007 fut marquée par l’explosion du nombre de défaut de remboursement des prêts hypothécaires. L’année 2008 s’annonce tout aussi noire. Une nouvelle vague de défaut de paiement va survenir. Entre décembre 2007 et le 1er juillet 2008, plus de 690 milliards de dollars en prêts hypothécaires feront face à une augmentation des taux d'intérêt. Face à l’inévitable hausse de la mensualité, des centaines de milliers de propriétaires qui n’avaient pas les moyens de s’acheter un bien immobilier seront obligés d'utiliser le dernier recours de tout propriétaire c'est-à-dire qu'ils devront cesser de faire les versements hypothécaires.

 

Or, c’est ici que la décision du tribunal de l'Ohio prend toute son importance. En effet, cette décision nous donne la garantie que la prochaine phase de la crise hypothécaire US aura la dimension d'un tsunami financier. Si le jugement de cette cause de la Deutsche Bank dans l'État de l'Ohio est maintenu par la Cour Suprême des États-Unis, des millions de foyers en défaut de paiement ne pourront être saisi par les banques afin de les revendre. Parmi les 690 milliards de dollars d’intérêts sur les prêts hypothécaires à taux variables que les établissements financiers doivent percevoir, ils ne sont, majoritairement, pas répertoriés dans la catégorie des « subprimes » mais dans celle des « primes » c'est-à-dire la catégorie supérieure.

 

Selon la « First Americain Loan Performance, » il y a un total de 1 400 milliards de dollars uniquement en intérêt lié à des hypothèques à taux variable. Une récente étude a permis d'établir que ceux qui ont emprunté sur des hypothèques à taux variable vont connaître une augmentation des taux d'intérêt dans les prochain 9 mois. Et alors, plus de 325 milliards de dollars de prêts ne pourront rencontrer leurs mensualités et rendront techniquement un million de propriétaires en défaut de paiement. Mais si les banques sont dans l'impossibilité de saisir les maisons pour compenser le rendement négatif des prêts hypothécaires, le système bancaires des États-Unis et tout un tronçon du système bancaire mondial fera face à une impasse financière tellement grande qu'en comparaison, la Grande Dépression des années 1930 nous semblera n'avoir été qu'une « peccadille ».

 

 

 

 

par Dicarno publié dans : Histoire économique
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Lundi 26 novembre 2007

LES MÉCANISMES DE LA PROPAGANDE.

Pour transmettre leurs messages de propagande au public, les spécialistes du plaidoyer pro domo ont le choix entre toute une panoplie de moyens qui, aujourd'hui, permettent à chacun d'entre nous de transmettre ses idées à d'autres. Il n'est pas de mode de communication humaine qui ne puisse aussi servir à la propagande, étant entendu que celle-ci vise simplement à faciliter la compréhension réciproque entre un individu et un groupe.

Le propagandiste sait en revanche que la valeur relative des divers instruments à sa disposition est tout sauf constante, de même que leur action sur les masses. Pour assurer à son message le plus grand retentissement possible, il doit tirer parti de ces fluctuations de valeur à l'instant où elles se produisent. Il y a cinquante ans, l'instrument par excellence de la propagande était le rassemblement public. À l'heure actuelle, il n'attire guère qu'une poignée de gens, à moins que le programme ne comporte des attractions extraordinaires. L'automobile incite nos compatriotes à sortir de chez eux, la radio les y retient, les deux ou trois éditions successives des quotidiens leur livrent les nouvelles au bureau, dans le métro, et surtout ils sont las des rassemblements bruyants.

Il existe, pour les remplacer, une infinité de moyens de communication, nouveaux pour certains et pour d'autres plus anciens, mais qui ont tellement changé qu'ils en deviennent modernes. Le journal, bien sûr, reste un outil idéal pour la transmission des points de vue et des idées, en d'autres termes pour la propagande.

Il n'y a pas si longtemps, les rédacteurs de presse s'offusquaient de ce qu'ils appelaient « l'utilisation des colonnes des journaux à des fins de propagande ». D'aucuns se disaient prêts à éliminer un bon papier qu'ils auraient soupçonné de servir des intérêts particuliers. Cette façon de voir a encore ses partisans. Aujourd'hui, les directeurs de rédaction estiment cependant que la valeur informative des articles qui leur sont soumis est le premier critère sur lequel fonder la décision de les publier. Il n'est ni dans les attributions ni de la responsabilité d'un journal de garantir que rien de ce qu'il publie ne sert les intérêts de qui que ce soit. On aurait d'ailleurs du mal à dénicher dans n'importe quel quotidien un paragraphe totalement neutre, ne pouvant profiter ou nuire à personne. Telle est la dure loi de l'actualité. Le journal a en revanche la responsabilité de vérifier, premièrement, que les nouvelles qu'il publie sont exactes et, deuxièmement (puisqu'il faut bien opérer un tri entre toutes celles qui lui parviennent chaque jour), que des groupes très larges de lecteurs les trouvent intéressantes et importantes.

Le journal affirme sa personnalité dans la page éditoriale, où faits et événements sont commentés dans la perspective particulière qui le distingue. C'est dans les pages d'actualité que le journal américain typique de notre époque s'efforce de retracer les événements et les propos marquants du jour, compte tenu bien sûr de leur intérêt.

Il ne se pose pas la question de savoir si telle information est ou non de la propagande. L'important est qu'elle soit d'actualité. En principe, le rédacteur en chef a toute latitude pour sélectionner les informations. Celles qui paraissent dans le New York Times, pour citer un modèle du genre, ont été retenues en raison, exclusivement, de l'intérêt qu'elles présentent pour le public. Les rédacteurs de ce quotidien appliquent ce critère en toute indépendance. Ils n'exercent aucune censure. Ils ne cèdent pas à des pressions extérieures et n'agissent pas par opportunisme. Tous les rédacteurs consciencieux savent qu'ils ont à l'égard du public une obligation d'information. En s'en acquittant, ils font l'actualité.

Le conseiller en relations publiques qui parvient à insuffler la vie à une idée lui permet de prendre place dans l'air du temps et de recevoir l'attention qu'elle mérite. Il n'est sûrement pas coupable d'avoir « contaminé l'information à sa source ». Il a créé un des événements du moment, un fait qui doit rivaliser avec tous ceux portés à la connaissance du service de la rédaction. À vrai dire, les événements qu'il crée présentent souvent une pertinence particulière pour les lecteurs d'un journal donné, et il arrive aussi qu'il les crée en fonction de ce public.

Si l'on est d'accord pour penser que ce qui marque notre époque, ce sont, pêle-mêle, des causeries radiophoniques transatlantiques réglées par des compagnies de téléphone commerciales, des inventions qui vont rapporter gros à ceux qui les commercialiseront, les automobiles révolutionnaires produites par Henry Ford, alors force est de convenir qu'il s'agit bien là d'actualité. Autrement dit, le flot de propagande qui submerge paraît-il les journaux du pays peut finir à la corbeille à papiers sur simple décision du rédacteur en chef.

À cet égard, il serait bon que les informations présentées au rédacteur en chef portent clairement la mention de leur source et que les faits soient relatés avec exactitude.

Du point de vue du propagandiste, la presse périodique et la presse quotidienne n'ont pas grand-chose en commun. À la différence des journaux, les magazines ne sont pas tenus de rendre compte de l'actualité. Leurs rédacteurs choisissent les articles à tête reposée, en fonction d'une politique définie une fois pour toutes. Un magazine n'est pas tant un organe d'opinion publique, à l'instar des journaux, qu'un organe de propagande : il fait de la propagande pour une idée ou une occupation particulière, pour les soins du ménage, pour les vêtements chics ou pour la décoration de la maison, pour le dénigrement de l'opinion publique, pour l'édification du peuple, pour le libéralisme ou pour les loisirs. L'un se propose de vendre la santé ; tel autre, les jardins anglais. Celui-là est spécialisé dans l'habillement masculin et celui-ci dans la philosophie nietzschéenne.

Le conseiller en relations publiques peut jouer un rôle important dans tous les domaines de spécialisation de la presse périodique. Il est en effet en mesure de défendre les intérêts de ses clients en suscitant des événements propres à appuyer leur propagande. Une banque qui souhaite mettre en lumière les services offerts à sa clientèle féminine s'entendra avec un grand magazine féminin pour lui fournir une série d'articles et de conseils en investissement rédigés par la responsable de ce secteur. De son côté, le magazine féminin exploitera ces informations originales pour renforcer son prestige et son audience.

Les conférences n'ont plus tout à fait le même pouvoir de persuasion que jadis, et leur valeur s'est réduite à celle, toute symbolique, d'un cérémonial. La seule chose qui compte, pour les objectifs visés par la propagande, est qu'elles aient lieu. Peu importe que cinq cents personnes ou dix fois moins soient venues écouter le professeur Untel à propos d'une invention extraordinaire ; si son exposé le mérite, il passera à la radio, les journaux s'en feront l'écho, et tout cela incitera les gens à en parler. La vraie valeur de la conférence, du point de vue de la propagande, réside dans son éventuel retentissement sur le grand public.

Bien que la radio soit à l'heure actuelle un des outils dont le propagandiste se sert le plus, l'avenir de ce moyen de communication est incertain.

Il a tout pour concurrencer la presse écrite dans le domaine de la publicité. Sa capacité à toucher simultanément des millions de personnes séduit bien sûr les publicistes. Et comme, en règle générale, ces derniers ont des budgets limités, l'argent qu'ils dépensent à la radio est un manque à gagner pour les journaux.

Les rédacteurs de la presse écrite ont-ils vraiment pris la mesure du phénomène ? Il aura fatalement des répercussions sur le journalisme et l'édition, en Amérique. La presse écrite est obligée de reconnaître la puissance publicitaire des firmes qui fabriquent des appareils de radio, comme celle des magasins, grands ou petits, qui les vendent ; les pages d'actualité et les chroniques des journaux accordent à la radio une importance relative à l'attention croissante que lui porte le public. En même temps, certains titres de presse ont acheté des stations de radio, et grâce aux installations dont ils les ont équipées ils diffusent des informations ou des émissions distrayantes par la voie des ondes.

Il n'est pas exclu qu'à l'avenir des groupes de presse vendent des espaces publicitaires aussi bien sur les ondes que dans les pages de leurs journaux. Ces groupes de presse signeront probablement des contrats avec des publicistes souhaitant assurer la circulation de leurs annonces par l'imprimé et la radio. Il existe déjà des services de presse qui vendent des espaces publicitaires sous ces deux formes, mais en les traitant comme deux secteurs bien distincts.

Des groupes puissants de tous ordres, aussi bien politiques que raciaux, confessionnels, économiques ou professionnels, manœuvrent pour prendre le contrôle des stations de radio et faire de la propagande pour leurs thèses. Faut-il que l'Amérique adopte la réglementation en vigueur en Angleterre, pays où ce ne sont pas les annonceurs qui paient, mais les auditeurs ? Est-ce seulement envisageable ?

Que le système actuel change, et le publiciste comme le propagandiste devront nécessairement s'adapter. Qu'à l'avenir la publicité radiophonique soit vendue au grand jour pour ce qu'elle est, ou que la diffusion de son message au public se fasse sous la forme d'émissions divertissantes, d'informations d'actualité ou de programmes spécialement adressés à des groupes bien précis, de toute façon le propagandiste doit s'attendre à ce que les choses changent, et se préparer en conséquence.

Dans notre monde contemporain, le cinéma est à son insu la courroie de transmission la plus efficace de la propagande. Il n'a pas son pareil pour propager idées et opinions.

Le cinéma a le pouvoir d'uniformiser les pensées et les habitudes de vie de toute la nation. Les films étant conçus pour répondre aux demandes du marché, ils reflètent, soulignent, voire exagèrent les grandes tendances populaires, au lieu de stimuler l'apparition de nouvelles manières de voir et de penser. Le cinéma ne sert que les idées et les faits à la mode. Tandis que le journal a pour vocation d'informer, le cinéma a pour vocation de distraire.

La personnalité des dirigeants est un autre instrument de choix de la propagande. La tactique qui consiste à exploiter les traits de personnalité aurait-elle été poussée trop loin ? Il y a lieu de le craindre, au vu des photographies montrant le président Coolidge en grand attirail de chef indien au milieu de guerriers peau-rouge bon teint – images qui marquent le point culminant de vacances abondamment commentées dans la presse. Un personnage public peut devenir absurde si l'on utilise à contretemps le mécanisme qui a contribué à lui donner son ascendant.

La mise en valeur des traits de personnalité continuera cependant de faire partie des attributions du conseiller en relations publiques. L'opinion exige instinctivement que les chefs d'entreprise ou de parti soient les vivants symboles des groupes qu'ils dirigent.

Le bruit court qu'un grand financier se serait séparé d'un de ses associés pa