L'économie de bulle

Publié le par Dicarno

Le propre d’une économie de bulle est l’excès de liquidité en circulation qui se déplace continuellement d’un actif à l’autre. Voici, chronologiquement les bulles spéculatives que j’ai pu recenser depuis 1987 (liste ouverte non exhaustive) :

 

- Krachs obligataires et actions en 1987

- Eclatement de la bulle immobilière en 1990-1991

- Crise du peso au Mexique en 1994

- crise monétaire du sud-est asiatique en 1997-1998

- crise du rouble en Russie en 1998

- krachs des actions internet et des TMT en 2000

- formation d’une bulle obligataire depuis 2000

- formation d’une bulle immobilière résidentielle depuis 2000

- crise monétaire en Argentine en 2001-2002

- formation d’une bulle sur l’énergie, les matières premières et les métaux (depuis 2003)

- formation d’une bulle sur les marchés actions des pays émergents (depuis 2004)

- début du dégonflement de la bulle obligataire (2005)

- formation d’une bulle le marché de l’art (depuis 2005)

- début du dégonflement de la bulle immobilière résidentielle américaine (depuis 2006)

-  crise du subprime (février 2007)

-  crise du crédit lié à la contagion du subprime sur les autres segments du crédit (août 2007)

 

Le monde n’a jamais produit autant de richesses. Quel que soit l’endroit où l’on pose le regard, nous pouvons constater un accroissement des volumes d’échange de marchandises. Les gains de productivité font que les entreprises regorgent de cash. Les profits générés n’ont jamais été aussi importants et les dividendes distribués aux actionnaires aussi généreux. Le volume des fusions-acquisitions ont explosé. Tout ceci est une conséquence des conditions de crédits « accommodants » comme disent les gouverneurs des banques centrales. La masse des liquidités doit être constamment employée. Pour ceux qui en douteraient encore, l’argent ne dort jamais. Même si vous ne vous en rendez pas compte, l’argent stocké sur les comptes profite toujours à quelqu’un d’autre. Dans un monde parfait, l’argent serait placé de manière rationnelle sur tous les actifs. Cependant, de temps à autres en fonction des déséquilibres économiques et des divers intérêts des intervenants, ils s’agglomèrent autour d’un actif en particulier. C’est cette subite prise d’intérêt des investisseurs pour un actif qui constitue une bulle spéculative.

 

Quelles sont les conditions à la formation d’une bulle spéculative ? Etant convaincu que la formation d’une bulle spéculative résulte de la conjonction d’un ensemble de facteurs et non d’une cause unique, j’ai cherché à comprendre quels pouvaient être lesdits facteurs. En excluant d’entrée les facteurs macro-économiques toujours sujets à controverses, il s’avère que les facteurs de formation d’une bulle sont in fine relativement constants. Ces facteurs sont les suivants : le sentiment d’euphorie généralisée, l’accroissement de la productivité, la facilité d’accès au crédit, le comportement grégaire. Reprenons chacun de ces éléments.

 

Le sentiment d’euphorie généralisée est la condition première à la formation d’une bulle. Ce climat d’euphorie résulte de la succession de bonnes nouvelles qui peu à peu « détend l’atmosphère » sur les perspectives d’avenir. Ce sentiment que rien ne peut obscurcir le futur devient général lorsque les investisseurs et le grand public peu avisés alimentent le phénomène. Comme le bonheur dissipe la méfiance, on constate un recul de l’aversion aux risques. Ainsi, on peut s’étonner de la réticence des gens à acheter du CAC lorsqu’il s’échangeait autour des 2500, alors qu’ils se bousculent pour l’acquérir autour des 5500, voire plus ! On peut faire exactement la même réflexion avec le marché immobilier en suivant les prix du m² suivant les villes. A Paris dans les années 1990, lorsque le m² se vendait, en moyenne, en dessous des 2000 euros, beaucoup de gens le dédaignaient alors que maintenant, en 2007, il se situe autour des 6000 (voire plus), beaucoup de gens s’empressent de l’acheter !

 

Comme une bulle est un phénomène inflationniste, voire hyper-inflationniste, il provoque un sentiment de richesse qui contribue à perpétuer le sentiment d’allégresse. En interrogeant les acheteurs sur les raisons de leur investissement, on s’aperçoit qu’ils le font en prévision d’une poursuite de la hausse des prix. En conséquence, cela se traduit par une hausse de la demande suscitant de nouvelles anticipations de hausses, et ainsi de suite de sortes que les prophéties de hausses s’auto-réalisent.

 

Le sentiment d’optimisme n’est pas uniquement la conséquence d’un positivisme dénué de toute réalité. Il repose en général sur des fondamentaux solides. En effet, le climat d’euphorie est le résultat d’une part d’une longue phase de croissance et, d’autre part, sur un accroissement de la productivité. Relisez les rapports sur les crises de 1929, de 1987 ou sur celle de 2000. Les Etats-Unis ont connu la plus longue période de croissance élevée de son histoire entre 1991 et 2001. A l’origine de la hausse de la productivité, il y a souvent une innovation technologique majeure. Ce fut le cas au XIXè siècle, avec le chemin de fer ce qui provoqua la « Railway mania » partout en Europe et aux Etats-Unis (résultat des courses, selon Kindelberger : des Krachs en 1844, 1875 et 1881) ; ce fut le cas aussi pour l’électricité (Krach de 1901 et de 1907) ; de la radio et de l’automobile (krach de 1929) ; de l’informatique (krack de 1987) ; d’internet (krach de 2000) …

 

Le resserrement des taux pour lutter contre l’inflation a pris fin en 1987. La baisse des taux a depuis généré progressivement une abondance de liquidité sur les marchés. Les liquidités sont utilisées par les banques qui peuvent ensuite les distribuer soit au financement de l’économie, en prêtant aux entreprises et aux ménages pour l’acquisition de biens de consommations courantes, soit au financement d’actions, d’obligations ou de biens immobiliers. Les facilités du crédit a favorisé la formation de la bulle internet, puis de la bulle obligataire et enfin celle de l’immobilier.

 

A mon sens, le comportement grégaire est le dernier ressort de la formation et surtout de l’entretien d’une bulle spéculative. Je me souviens de la réaction de quelqu’un relatif à une discussion sur une probable future baisse des prix dans l’immobilier. Il m’affirmait « qu’au moins il ne serait pas tout seul à avoir l’infortune de voir le prix de son actif baissé ». Ce discours est typiquement celui d’un individu ayant choisi de préserver sa réputation en suivant les conventions sociales. En effet, quels que soit ses intérêts, il estime que tomber tout seul est plus humiliant que de dégringoler avec les autres car il sait, implicitement, que la chute collective est plus facilement excusée par la société.

 

Je distingue au moins trois formes de comportement moutonnier : celui où l’on copie les autres parce que l’on suppose qu’ils sont mieux informés (d’où l’éternelle adulation des gourous par les bénis oui-oui) ; celui où l’on estime que l’opinion dominante, vraie ou fausse d’ailleurs, détermine les tendances de fonds ; celui où l’on adopte les us et coutumes, les croyances et les normes admises par la majorité.

 

Cependant il ne faut pas croire que le comportement mimétique résulte d’une anomalie. Il s’agit, au contraire, d’un comportement très rationnel. Nous répondons tous à un certain nombre de codes, et l’ensemble de ces codes forment une culture. Par exemple dans l’entreprise pour laquelle je travaille, bien qu’il ne soit pas imposé, le « costard-cravate » est de rigueur du lundi au jeudi, et le vendredi, il est admis d’être en « casual ». J’ai le choix de m’y conformer ou de rejeter cette convention. Après tout je dispose toujours du libre-arbitre ; mais par souci de confort (ou plutôt par faiblesse morale) je vais accepter d’entrer dans le moule afin de ne pas devoir constamment me justifier sur mon attitude désinvolte vis-à-vis de mes pairs qui, soyez en certain, ne manqueront aucune occasion pour « charger le mulet ».

 

Même si tout le monde s’accorde à dire que l’habit ne fait pas le moine, il n’en reste pas moins que le sentiment d’appartenance à un groupe suivant l’apparence reste très présente dans notre société. Par exemple, pour la majeure partie des gens il est tout à fait normal qu’un commercial doit être costumé. Lorsque vous entrez dans une agence bancaire ou une agence immobilière, vous  ne vous attendez pas à être reçu par un individu habillé en tong , short et T-shirt. D’ailleurs, je suis quasiment sûr que vous vous sentirez diminué, outragé, insulté par ce « rigolo». Quant à la société qui emploierait cet individu facétieux, elle serait tout de suite montré du doigt et mise à l’index par la clientèle. Et pourtant, je puis vous assurer, la plupart des commerciaux sont des rigolos travestis en personnes sérieuses.

 

Publié dans Mémoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Achat Or 28/04/2010 09:16


Retenez que la semaine a été favorable aux métaux précieux, notamment aux platinoïdes, dont les cours grimpent toujours.
Repli généralisé de nos métaux de base en revanche. Métaux qui avaient atteint des niveaux record la semaine précédente. La reprise du dollar dope les prises de bénéfices !
En attendant, ça bouge sur les marchés...

1. les taux grecs montent toujours. Angela reste ferme : "des faits et des engagements !", réclame-t-elle à la Grèce. Elle n'a pas tort.
2. l'étau se resserre autour de Goldman. "L'intouchable", frappé en plein cœur, va-t-il tomber de son piédestal ?...
3. jackpot au Japon ! Sa dette publique atteint 200% du PIB. A côté de lui, la Grèce fait presque figure de bon élève ! Pourtant, personne ne dit rien. Personne ne semble s'inquiéter de cette dette
explosive. A l'image du monstrueux endettement anglais ou américain...
Ces pays sont eux aussi "intouchables". Comme l'était Goldman jusqu'ici. Mais pour encore combien de temps ?

Rien ne tourne rond... et pourtant ce matin le CAC ouvrait en méga gap haussier et passe le seuil psychologique des 4 000 points !

Isabelle Mouilleseaux.




jérome 14/03/2008 16:53

Bravo pour vos commentaires : en plus court on peut dire que " c'est la Grenouille et le boeuf " de Jean de la Fontaine. ou bien le film le SUCRE
avec les commentaires " de PICCOLI encore un petit sou encore un petit sou et Jean Carmet " Je plane, je plane, je plane .."

C'est vrai qu'en bourse il y a le phénomène mouton de Panurge. Je le reconnais je suis moi même une victime de ce phénomène.

Mais comment s'en sortir lorsque l'on est un peu novice et que l'on a pas les connaissances. " Le bon sens paysan ".

AUJOURD'HUI Quels conseils de placement donneriez vous ?

Mon intuition Fonds en euros de toute urgence ?
ai je raison ou non.

Ou tout est foutu, que son argent soit placé en bien immo ou sur un compte, tout cela va fondre comme neige au soleil ???

Faut il écouter des gens comme AGORA, europe2020.org, Le Chevallier etc.....

merci par avance de votre commentaire,

J GUYOT