LA PROPAGANDE ET LES ŒUVRES SOCIALES.
Le conseiller en relations publiques est un auxiliaire indispensable du travail social.
Dans la mesure en effet où celui-ci, de par sa nature même, ne peut être mené à bien sans la contribution bénévole des plus riches, il doit nécessairement s'appuyer sur une propagande continue.
Les leaders des grands mouvements sociaux furent parmi les premiers à faire un usage délibéré de la propagande, au sens moderne du terme.
La force d'inertie est l'obstacle majeur auquel se heurtent les tentatives de changer les
comportements humains. La civilisation trouve sa limite dans l'inertie.
La manière dont nous envisageons les relations sociales, l'économie, la politique
intérieure ou étrangère est l'héritière de conceptions du passé confortées par la force de la tradition. Comstock transmet le flambeau de la moralité prosélyte à un Sumner tout feu tout flammes ;
Penrose confie le sien à Butler ; Carnegie agit de même avec Schwab, et ainsi de suite, ad infinitum note. Seule une opinion publique active, sciemment canalisée
dans des mouvements qui combattent l'inertie, peut contrer la traditionnelle domination d'idées ayant fait leur temps. Autrefois, c'étaient les chefs de tribu, les rois, les dignitaires religieux
qui créaient ou modifiaient l'opinion publique. Aujourd'hui, tout le monde partage ce privilège. La démocratie, en effet, a cela de particulier qu'elle autorise le premier venu à essayer de
convaincre ses semblables et à exercer l'autorité en vertu de la thèse qu'il défend.
Idées neuves et faits inédits mènent une lutte de tous les instants pour trouver leur place
dans l'ordre des choses.
Les œuvres sociales, les campagnes engagées contre la tuberculose ou le cancer, les
recherches innombrables visant expressément l'éradication des fléaux et des dérèglements sociaux : toutes ces activités altruistes dont l'énumération réclamerait un épais volume ne peuvent
atteindre leurs fins que si elles se fondent sur une solide connaissance de l'opinion publique et de la psychologie collective. Au vrai, le travail social fait déjà l'objet d'une publicité si
abondante et repose sur des principes si fondamentaux qu'un seul exemple me suffira à illustrer la technique de propagande ici utilisée.
Il concerne le combat mené contre les lynchages, les lois Jim Crownote et la persécution des nègresnote au sud de la ligne Mason-Dixonnote.
L'Association nationale pour la promotion des personnes de couleurnote en est un des fers de lance. Pour donner plus de retentissement à sa campagne et révéler au grand jour les problèmes qu'elle dénonce, elle a décidé il y a
quelques années d'organiser un grand congrès.
Il fallait ensuite retenir un lieu, choisir entre le nord et le sud, l'est et l'ouest des
États-Unis. Le but étant de toucher tout le pays, le propagandiste préconisa d'opter pour le Sud. En bonne logique, argua-t-il, une prise de position sur des problèmes sudistes aurait d'autant
plus de poids qu'elle serait annoncée dans une ville du Sud, étant entendu qu'elle prendrait à contre-pied les conceptions sudistes traditionnelles. Le choix se porta sur
Atlanta.
La troisième phase consistait à solliciter le concours de personnalités qui, dans l'esprit
de nos compatriotes, se confondent avec un certain nombre d'idées fortes. Il s'agissait donc d'obtenir le soutien des représentants de divers comités religieux et politiques, sociaux et
éducatifs. On leur envoya des télégrammes et des lettres pour leur demander leur avis sur la teneur du congrès. Par ailleurs, d'un simple point de vue technique il était aussi très important de
s'assurer la collaboration des progressistes du Sud, y compris dans la ville d'Atlanta, afin de mettre clairement en lumière les objectifs de la manifestation. Un groupe de pasteurs d'Atlanta
avait récemment eu le courage d'appeler publiquement à un rapprochement des deux races. Contacté, il accepta de participer au congrès.
Celui-ci se déroula comme prévu et aucun incident ne vint perturber le programme. Placés
côte à côte à la même tribune, des nègres et des hommes blancs du Sud y parlèrent d'une même voix.
Les faits marquants furent traités avec l'attention qu'ils méritaient. Un responsable
national venu du Massachusetts tomba d'accord en théorie et en pratique avec un prêcheur baptiste du Sud.
Si la radio avait retransmis les discours, le pays tout entier aurait applaudi les
principes qu'ils énonçaient. Il put toutefois découvrir ces mots et ces idées dans la presse écrite, car les éléments réunis pour créer l'événement étaient de taille à éveiller l'intérêt de la
nation tout entière et à la gagner à cette cause, y compris dans le Sud.
Les éditoriaux des journaux du Sud exprimèrent fidèlement le sentiment général en montrant que la participation de personnalités de la région avait persuadé les rédactions de donner un large écho au sujet.
Quant à l'Association elle-même, ce succès lui a procuré des armes décisives pour élargir
le cercle de ses sympathisants. Elle lui a assuré une large publicité en dépêchant des rapports, des courriers et des documents de propagande divers à des groupes dûment
choisis.
En ce qui concerne les résultats tangibles, le plus immédiat fut sans doute le changement
d'état d'esprit de nombreux journalistes du Sud : constatant que les questions soulevées lors du congrès n'étaient pas seulement passionnelles et qu'elles méritaient d'être sérieusement
discutées, ils s'empressèrent de communiquer ce point de vue à leurs lecteurs. D'autres résultats sont plus difficilement quantifiables. La conférence d'Atlanta a indéniablement eu pour effet
d'encourager la prise de conscience des inégalités raciales et la solidarité avec les nègres. La diminution du nombre des lynchages est très probablement due à l'action menée, entre autres à
cette occasion, par l'Association pour la promotion des personnes de couleur.
La publicité payante et les campagnes de propagande font désormais partie intégrante des
activités de plusieurs Églises. Leurs services publicitaires n'hésitent pas à se servir de la presse, de l'affichage public, de l'édition de brochures et de prospectus. Beaucoup de ces Églises
ont leurs propres périodiques. Le Bureau des informations et des publications du culte méthodiste publie systématiquement des annonces et des communiqués dans les quotidiens et les magazines
grand public.
En réalité, toutes les activités de nature sociale relèvent de la propagande. Une campagne
pour l'hygiène dentaire vise à inciter les gens à changer leurs habitudes et à se brosser les dents plus souvent. Une campagne pour l'embellissement des jardins publics cherche à opérer un
revirement d'opinion sur l'impôt, en montrant qu'il est bel et bon que les citadins contribuent à l'entretien des kiosques et des massifs. Une campagne contre la tuberculose doit convaincre la
population que cette maladie est curable, et qu'en conséquence toute personne présentant certains symptômes doit sans tarder consulter un médecin. Une campagne visant à réduire le taux de
mortalité infantile tentera de modifier les comportements maternels en mettant l'accent sur l'importance des tétées, de la toilette, des soins à apporter aux bébés. En définitive, le service
social peut être défini comme une propagande humaniste.
Ses formes plus gouvernementales et administratives que charitables et bénévoles doivent
elles aussi, pour porter leurs fruits, s'inspirer d'une propagande avisée. Dans son livre sur L'Évolution de la pénologie moderne en Pennsylvanie, le professeur Harry Elmer Barnes
reproche à la classe politique de freiner la modernisation de l'administration pénale de cet État. Il faudrait, écrit-il, persuader le corps législatif de la nécessité d'appliquer les méthodes
les plus éprouvées de la pénologie scientifique, et pour cela encourager le développement d'une opinion publique éclairée. « Tant que ces conditions ne sont pas réunies, poursuit M. Barnes, les
progrès de la pénologie resteront sporadiques, épars, et donc généralement infructueux. Il semble par conséquent que la solution aux problèmes de la prison passe d'abord et avant tout par la
publicité, une publicité qui se doit d'être consciencieuse et scientifique. »
Le progrès social est ni plus ni moins l'éducation progressive visant à éclairer l'opinion publique sur les problèmes, imminents ou plus lointains, qui touchent la société dans son ensemble.
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