Histoire de la Fed : le Federal Reserve Act (1)

Publié le par Dicarno

« Notre système financier est bancal et constitue un immence fardeau pour le peuple … Cet act établit le plus gigantesque rust sur terre », député Charles Augustus Lindbergh, Sr.
 
Les discourse du sénateur LaFolette et du depute Lindbergh sont devenus, en 1912, les points de ralliement de l’oppostion au plan Aldrich. Ils avaient aussi excité l’opinion publique contre le Tust Financier. Le député Lindbregh a dit, le 15 décembre 1911 : « le gouvernement entame des procédures contres d’autres Trusts, mais soutien le Trust Financier. J’ai attendu patiemment depuis plusieurs années une oppotunité pour révéler le critère d’une fausse monnaie, et montrer que le plus grand de tous les favoritismes est celui déployé par le gouvernement pour le Trust Financier. »
 
Le sénateur LaFolette a publiquement accusé qu’un trust financier de 50 personnes controllait les Etats-Unis. Le « Nation Magazine » répondit dans un article au Sénateur LaFolette que « s’ils y avait un money Trust, il ne serait pas facile d’établir que l’exercice de son influence soit bon ou mauvais. » Dans ses mémoires, le sénateur LaFolette soutient que son discour contre le Trust Financier lui avait coûté la présidence des Etats-Unis, alors que le soutien récent de Woodrow Wilson pour le plan Aldrich lui avait apporté la considération de l’establishment.
 
En fait, le Congrès fit un geste pour apaiser l’opinion publique en nommant une commission d’enquête sur le contrôle de la création monétaire aux Etats-Unis. Cette commission, plus connue sous le nom de la « Commission Pujo », conduisit, en 1912, la célèbre audition du « Money Trust », sous la direction du député de Louisiane Arsène Pujo qui était considéré comme le porte-parole des intérêts pétroliers. Les auditions furent délibérément trainées en longueur pendant cinq mois, et donnèrent lieu à 6 000 pages de témoignages publiées en quatre volumes. Mois après mois, les banquiers firent le voyage en train entre New York et Washington, témoignés devant la commission d’enquête, puis retourné à New York. Les auditions étaient hautement sans-intérêt, et aucune information surprenante ne fut reveler au cours des sessions. Les banquiers avouèrent solennellement qu’ils étaient effectivement des banquiers opérant toujours dans l’intérêt public, et clamant qu’ils étaient seulement animés par les plus hauts idéaux du service public, à l’image des députés devant qui ils étaient en train de témoigner.
 
La nature paradoxale des auditions de la commission Pujo sur le Trust Financier peut être mieux comprise si nous examinions l’homme qui a poursuivi à lui seul ces auditions : Samuel Untermye. Il fut l’un des principaux collecteurs de fonds de la campagne présidentielle de Woodrow Wilson, et il possédait l’un des plus riches cabinets d’avocats d’affaire de New York. Il déclare dans son autobiographie du Who’s Who de 1926, qu’il avait reçu une fois 775 000 $ d’honoraires pour la fusion réussi de la Compagnie du Cuivre de l’utah et la Boston Consolidated and nevada Company, une entreprise qui a une valeur de marché d’une centaine de millions de dollars. Il refusa de demander au Senateur LaFolette ou au Député Lindbergh de témoigner dans l’enquête qu’ils avaient réclamé au Congrès. Comme conseiller spécial de la Commission Pujo, Untermyer dirigea les audiences comme une affaire personnelle. Les membres de la commission, dont le président, le député Arsène Pujo, semblent avoir tous été frappés de crétinisme du début à la fin des auditions. L’un de ces fonctionnaires silencieux fut le Député de Caroline du Sud, James Byrnes qui, plus tard, devint célèbre comme "Baruch’s man" en tant que responsable de la mobilisation militaire durant la deuxième guerre mondiale.
 
Bien qu’il fut spécialiste de ces questions, Untermyer n’intérrogea aucun des banquiers sur le système d’interaction des conseils d’administration à travers lesquels ils controllaient l’industrie. Il n’a pas non plus abordé les questions des mouvements internationaux sur l’or, qui étaient connus comme étant un facteur des paniques monétaires, ou des relations entre les banquiers américains et européens. Les maisons de courtage d’Eugène Meyer, Lazar Frères, J. & W. Seligman, Ladenburg Thalmann, Speyer Brothers, M. M. Warburg, and the Rothschild Brothers n’ont pas éveillé la curiosité de Samuel Untermyer, bien qu’il fut bien connu sur la place de New York que tout ces établissements bancaires avaient des ramifications ou controllaient des filiales à Wall Street. Lorsque Jacob Schiff apparu devant la commission Pujo, l’adroit questionnaire de Mr Untermyer permi à Mr Schiff de parler quelques minutes sans révéler la moindre information sur les opérations de la maison de courtage Kuhn Loeb Company, dont il était le principal associé, et que le Sénateur Robert L. Owen avait identifié que c’était le représentant des Rothchilds aux Etats-Unis.
 
Le vieux J.P. Morgan, qui n’avait plus que quelques mois à vivre, apparu devant la commission d’enquête pour expliquer les transactions de finances internationales qu’ils pratiquent depuis des décennies. Il déclara à Mr Untermyer que l’argent est une denrée. C’est un stratagème des créateurs de monnaie que de faire croire au public que la création d’argent est une occurrence naturelle identique à celle d’un champ de maïs, bien que c’était en fait un privilège conféré aux banquiers par le gouvernement sur lequel ils avaient pris le contrôle. J.P. Morgan dit également à la Commision Pujo que, en consentant un prêt, il prenait réellement en compte un seul facteur, le caractère de l’homme ; la capacité de l’individu à rembourser son prêt était de peu d’importance. Cette étonnante observation surpris même les membres blasés de la commission.
 
La farce de la Commission Puje se termina sans qu’un contradicteur bien connu des créateurs monétaires soiet autorisé à apparaître ou témoigner. Pour Untermyer, ce fut comme si le Sénateur LaFolette et le Député Charles Augustus Lindbergh n’avaient jamais existés. Pourtant, ce Député avait fait en sorte de convaincre le peuple des Etats-Unis que les banquiers New Yorkais avait le monople de la création monétaire du pays. A l’issue des auditions, les banquiers et les journaux qu’ils financent ont prétendu que la seule façon de casser ce soit disant monopole était d’adopter dès maintenant la législation financière et monétaire proposée au Congrès. Il s’agissait du projet de Loi qui fut voté un an plus tard par le Congrès sous le nom de Federal Reserve Act. La presse exigea réellement que le monopole des banquiers de New York soit brisé par l’adoption du nouveau système financier proposé par le banquier le plus instruit, Paul Warburg.
 
La campagne présidentielle de 1912 fut marquée par l’une des défaites les plus inattendues de l’histoire politique américaine. Le tenant, William Howard Taft, était un president populaire, et les Républicains, dans une période de prospérité générale, gouvernait avec la majorité au Congrès (réunion du sénat et de la chambre des députés). Le challenger du Parti Démocrate, Woodrow Wilson, alors Gouverneur du New Jersey, n’avait pas la reconnaisance nationale, et était un homme rigide et austère qui n’avait pas le soutien du petit peuple. Les deux partis avaient chacun inclus un projet de réforme monétaire dans leur programme. Les Républicains soutenanit le plan Aldrich qui avait été dénoncé comme étant un plan de Wall Street, et les Démocrates soutennait le Féderal Reserve Act. Aucun des deux partis n’avait informé le public que les projets de Loi étaient identiques à l’exception du nom. Rétrospectivement, il semble évident que les banquiers de New York avaient décidé de lacher Taft et de soutenir Wilson. Comment le savons-nous? Taft semblait certain d’être réelu et Wilson retournerait dans les pénombres de l’histoire. Soudain Theodore Roosevelt entra dans la danse. Il annonça qu’il se lançait dans la course à la présidentielle comme candidat d’un troisème parti. Sa candidature aurait été absurde s’il n’y avait eu le fait qu’il était exceptionnellement bien financé. En outre, il a reçu une couverture médiatique supérieure à Taft et Wilson réunis. En tant qu’ancien président élu sous l’étiquette républicaine, il était évident que Roossevelt confisquerait une grosse partie des voix de Taft. Ce cas de figure s’avéra vrai et Wison gagna l’élection. A ce jour, personne ne peut dire ce qu’était le programme de Theodore Roosevelt ni pourquoi il sabota son propre parti dans ces élections.
 
Puisque les banquiers avaient financé les trois candidats, ils seraient gagnant, quel que soit le résultat. Plus tard, des témoignages faient auprès d’une commission du Congrès montrèrent qu’au sein de la firme Kuhn Loeb Company, Félix Warburg avait soutenu Taft, Paul Warburg et Jacob Schiff avait soutenu Wilson, et Otto Kahn avait soutenu Roosevelt. Le résultat fut qu’un Président Démocrate fut élu et que le Congrès changea de majorité et surtout que la législation sur la création d’une banque centrale serait voté. Il semble probable que l’identification du Plan Aldrich comme une opération de Wall Street prédisait un passage difficile devant le Congrès à cause de la farouche opposition des Démocrates aux Républicains. En revanche, une victoire des Démocrates à la présidentielle et au Congrès pouvait permettre la création de la banque centrale. Taft fut sacrifié parce que les banquiers doutaient qu’il puisse tenir parole sur le plan Aldrich,e t Roosevelt fut l’instrument de sa mort politique.
 
Pour davantage désorienter les américains et les aveugler sur la véritable raison d’être du Federal Reserve Act, les architectes du Plan Aldrich, le puissant nelson Aldrich bien qu’il ne fut plus sénateur, et Frank Vanderlip, le président de la National City Bank, s’écrièrent contre le projet de Loi. Ils donnèrent des interviews dès qu’ils pouvaient trouver un auditoire pour dénoncer le projet du Fereal Reserve Act comme étant défavorable pour les banques et bon pour le gouvernement. La menacee de l’inflation fut pointée du doigt en raison de la prévision d’impression des billets à ordre de la Federal Reserve. La Nation du 23 octobre 1913 montra : « Mr Aldrich, en personne, s’est emporté sur l’émission par le gouvernement de nouveaux dollars ne reposant pas sur l’or ou des lingôts d’argent, bien qu’une loi, portant le nom d’Aldrich, son auteur, autorise précisément ce qui a été fait, avait été voté en 1908. » Les discours de Frank Vanderlip étaient si bizarres que le Sénateur Robert L. Owen, président de la nouvelle Commission Financière et Monétaire qui avait été formé le 18 mars 1913, l’accusa d’orquestrer ouvertement une campagne de désinformation sur le projet de Loi.
 
Les intérêts des citoyens, selon un discour prononcé le 10 septembre 1913 par Carter Glass au Congrès, seraient protégés par un conseil consultatif de banquiers. « Rien de sinistre ne peut sortir des négociations. Quatre fois par an, le conseil éxecutif des banquiers représentant chaque district régional des réserves se réunira. Comment pouvons-nous avoir un plus grand gage de sureté sur les intérêts publics ? » Glass affirma que le projet de Conseil Fédéral Exécutif forcerait le Conseil des Gouverneurs de la Réserve Fédérale à agir dans le meilleur intérêt de la nation.
 
Le Sénateur Root remonta le problème de l’inflation, en déclarant qu’en fonction du Federal Reserve Act, la diffusion des bons du trésor se développerait toujours indéfiniment, ce qui provoquerait une grande inflation. Cependant, l’histoire du système des Réserves Fédérales a montré que l’émission des bons du trésor n’a pas seulement provoqué l’inflation, puisque la restriction de l’émission des bons du trésor pouvait aussi provoquée de la déflation, comme ce fut le cas entre 1929 et 1939.
 
L’une des critiques du projet de système décentralisé émanait d’Alfred Crozier un juriste de Cleveland dans l’Ohio. Crozier fut appelé à témoigner devant la Commission du Sénat parce qu’il avait écrit un livre provocateur en1912 : « L’argent des Etats-Unis contre l’industrie financière »[1]. Il dénonça le Aldrich-Vreeland Act de 1908 comme étant un instrument de Wall Street, et il souligna que dès que notre government avait émis de l’argent reposant sur des fonds privés, nous avions perdu notre liberté.
 
Crozier déclara devant la Commission du Sénat que : « On devrait interdire l’allocation ou l’appel à l’emprunt en raison de l’influence sur les prix de cotation des actions et des obligations, où l’augmentation à l’unisson des taux d’intérêts par les banques pour influencer l’opinion publique ou l’action des corps législatifs. Au cours des derniers mois, William McAdoo, le Secrétaire du Trésor des Etats-Unis avait rapporté à la presse qu’il y avait une conspiration parmi les tenants des grands intérêts financiers pour contracter la masse monétaire et augmenter les taux d’intérêts dans le but de faire pression sur le public pour forcer le Congrès à voter la législation monétaire désirée par ces intérêts. La prétendue gestion de la masse monétaire contenue dans le Federal Reserve Act correspond juste à ce que Wall Street et les grandes banques avait, depuis 25 ans, recherché pour leurs propres intérêts. Le Federal Reserve Act, au lieu d’établir un contrôle public de l’argent, est comme le projet de loi d’Aldrich. Ces deux projets dépouillent le gouvernement et le peuple de tout contrôle effectif sur l’argent public, et donne exclusivement le pouvoir aux banques de diffuser, abondamment ou non, de l’argent dans la population. Le projet de Loi d’Aldrich donnait ce pouvoir à une banque centrale. Le projet de la Federal Reserve Act donne ce pouvoir à 12 banques centrales régionales, appartenant toute exclusivement à des intérêts privés. Le président Garfield a déclaré brièvement avant d’être assassiné que quiconque contrôle la création monétaire controlerait le business et les activités des gens. Thomas Jefferson nous avait mis en garde il y a une centaine d’année qu’une banque centrale privée émettant l’argent public était une plus grande menace sur les Libertés du peuple qu’une dictature militaire. »
 
Il est intéressant de noter combien d’assassinats de président des Etats-Unis résultent de leur intérêt avec l’émision de l’argent public ; Lincoln avec son dollar américain, et Garfield faisant un discour sur les problèmes monétaires juste avant d’être assassiné.
 
Nous commençons maintenant à comprendre pourquoi ce genre de longue campagne de déception planifié fut nécessaire entre la conférence secrète de Jekyll Island et les plans de réformes identiques proposés par les partis Démocrates et les Républicains sous des noms différents. Les banquiers ne pouvaient pas arracher le contrôle de l’émission de la monnaie des citoyens des Etats-Unis sans que ce soit inscrit dans la Constitution par le Congrès. Evidemment ils ne pouvaient agir ouvertement, c’est pourquoi ils exercèrent en coulisse leurs influences pour obtenir le vote du Federal Reserve Act. Ce fut principalement l’œuvre de deux personnes non élus : Paul Warburg et le Colonel Edward Mandell.
 
En apparence, Paul Warburg fit, en 1913, devant la Commission Financière et Monétaire, dans un bref résumé de son passé : « Je suis membre de la banque Kuhn, Loeb Company. J’ai émigré dans ce pays en 1902. Je suis né et j’ai été éduqué dans le milieu financier de Hambourg en Allemagne. J’ai étudié la finance à Londre et Paris et je suis allé un peut partout dans le monde. Au cours de la panique de 1907, la première suggestion que j’ai fait fut : laissez-nous mettre en place une chambre de compensation sur le plan national. Le plan Aldrich contient certaines choses qui sont tout simplement fondamentales dans le fonctionnement de la finance. Votre objectif dans ce plan (Le projet de loi Owen-Glass) doit être la même centralisation des réserves mobilisant le crédit commercial et obtenant une élasticité de l’émission des bons du trésor. »
 
L’expression de Warburg, « mobilisant le crédit » est d’une grande importance à cause de l’imminence d’une guerre généralisée en Europe, or l’une des premières tâches du système des Réserves Fédérales fut de financer la guerre. Les nations européennes étaient déjà ruinées, parce qu’elles avaient entretenu, grâce à leurs banques centrales, de grandes armées depuis presque cinquante ans et donc, elles ne pouvaient pas financer une longue guerre. Une banque centrale impose toujours une charge extraordinaire à une nation pour le réarmement et la défense, dans le but de créér artificiellement une dette inextricable asservissant les peuples pour payer les intérêts.
 
Dans le débat au Sénat sur le Federal Reserve Act, le Sénateur Stone a dit le 12 décembre 1913 : « les grandes banques ont, depuis des années, chercher à avoir et à controler des représentants du Trésor pour servir leurs intérêts. Laissez-moi vous citer un article du World, ‘Dès que que Mr McAdoo est venu à Washington, une femme dont la National City Bank l’avait installé dans l’un des Services du Trésor pour obtenir des informations confidentielles sur l’état des banques, et d’autres questions relatives aux intérêts des grands groupes de Wall Street, fut déplacée. Immédiatement, le Secrétaire du Trésor et l’adjoint du Secrétaire du Trésor furent sévèrement critiqués par les représentants de Wall Street.’ » Stone poursuivi : « J’ai moi-même eu connaissance à plusieurs occasion du refus d’accorder des crédits par les banquiers à des personnes qui s’opposaient à leurs vues politiques et à leurs intérêts. Lorsque le Sénateur Aldrich et d’autres étaient allés partout dans le pays pour promouvoir leur projet, les grandes banques de New York et de Chicago furent invités à contribuer généreusement à un fonds pour soutenir la propagande d’Aldrich. J’ai demandé aux banquiers de mon propre Etat pourquoi ils avaient participé aux contributions à ce fond d’exploitation. Ils m’ont répondu qu’ils avaient contribué parce qu’ils avaient peur d’être blacklisté ou boycotté. Il y a des banquiers dans ce pays qui sont les ennemis de la sécurité publique. Dans la passé, peu de grandes banques avait suivi les politiques et les projets qui ont paralysées le dynamisme industriel du pays pour perpétuer leur immense pouvoir sur la finance et l’industrie des affaires d’Amérique. »
 
Carter Glass declares dans son autobiographie qu’il fut convoqué par Woodrow Wilson à la Maison Blanche, et que Wilson lui dit qu’il avait prévu de faire la réforme monétaire et financière. Glass dit : « Je suis d’abord resté sans voix. Puis j’ai protesté qu’il n’y avait pas d’engagement gouvernemantal à ce sujet. Wilson répondit qu’il avait eu un compromis sur ce point pour garder le projet de Loi. »
 
L’expression « un compromis sur ce point » est venue directement de Paul Warburg. Le colonel Elisha Ely Garrisonn, dans ‘Roosevelt, Wilson et la Loi sur la Réserve Fédérale’, a écrit : « En 1911, Lawrence Abbot, le secrétaire privé de Mr Roosevelt, m’a donné une copie du soit-disant plan Aldrich pour la réforme monétaire. Je ne pouvais pas croire que Mr Warburg en était l’auteur. Ce plan n’est rien de plus que la Loi Aldrich-Vreeland. Une fois, je suis allé le voir et je lui ai posé des questions sur ce sujet. Il m’a répondu que c’est la vérité, que c’est lui qui avait écrit ça. Pourquoi, lui ai-je demandé. Il m’a répondu que c’était un compromis.[2] » Garrison affirme que Warburg lui avait écrit le 8 février 1912 : « Je n’ai pas de doûte qu’à la fin de la discussion exhaustive, soit vous le verrez à ma façon ou soit je le verrais à la vôtre, mais j’espère vraiment que vous le verrez à la mienne. » C’était une autre expression de Warburg qui, lorsqu’il influençait secrètement les députés pour soutenir ses intérêts, employait la menace voilée « voir à ma façon » qui signifiait ceux qui ne parviennent pas à réunir de grosses sommes face à leurs adversaires pour les prochaines élections sombrent généralement dans la défaite.
 
Le colonel Garrison, un représentant des banquiers Brown Brothers devenu par la suiste Brown Brothers Harriman, avait ses entrées un peu partout dans la communauté financière. A la page 337 de ‘Roosevelt, Wilson et la Loi sur la Réserve Fédérale’, il écrit sur le colonel House : « Le colonel House est entièrement d’accord avec ce qu’a écrit récemment Mr Warburg. » Il cite le colonel House : « Je conseille aussi que l’administration centrale soit augmentée de quatre à cinq membres et leurs mandats soient allongé de huit à dix ans. Cela donnerait de la stabilité et soustrairerait aux pouvoirs du Président à changer le personnel au cours d’une simple mandature. »
 
L’expression de House « soustrairerait aux pouvoirs du Président » est importante car, plus tard, les Présidents se trouvèrent eux-même impuissants à changer la direction du Conseil du Federal Reserve parce qu’il n’avait pas le pouvoir d’en changer la composition. Garrison a aussi écrit dans son livre : « Paul Warburg est l’homme qui a obtenu le Federal Reserve Act après le rejet du Plan Aldrich qui avait suscité une opposition et une rancoeur nationale. Le cerveau de ces deux plans était le Baron Alfred Rothschild de Londres. » Le colonel Edward Mandell House s’était réferré à l’autobiographie du Rabbi Stephen Wise qui le définissait comme un « Secrétaire d’Etat non officiel ». House nota que lui et Wilson savaient qu’en votant le Federal Reserve Act, ils avaient créé un instrument plus puissant que la Court Suprême. Le conseil des gouverneurs de la Réserve Fédérale constituait, en fait, une sorte de Court Suprême des Finances dont les décisions étaient irrévocables.
 
En 1911, avant que Wilson devienne Président, House retourna au Texas où il compléta un livre appellé « Philippe Dru, Administrateur ». En apparence il ressemblait à un roman, mais en fait, il s’agissait d’une description détaillée du plan du futur gouvenement des Etats-Unis. Ce roman prédisait la disposition d’élever progressivement les impôts pour asservir les masses. En résumé, c’était le modèle qui fut plus tard suivi par les administrations Woodrow Wilson et Franklin D. Roosevelt. Il fut publié anonymement par B. W. Huebsch de New York, et il circula largement parmi les officiels du gouvernement qui n’eurent aucun doûte sur sa paternité. George Sylvester Viereck, qui connaisait House depuis des années, écrivit plus tard un récit sur les relations entre Wilson et House, « L’histoire d’une étrange amitié[3] ». En 1955, Westbrook Pegler, l’éditorialiste du Hearst entre 1932 et 1956, avait entendu parler du « Philippe Dru, Administrateur », et appela Viereck pour lui demander s’il n’avait pas une copie. Viereck lui envoya une copie et Pegler écrivit dans son editorial : “L’une des institutions décrites dans Philip Dru est le Système des Réserves Fédérales. Les Shiffs, les Warburgs, les Kahns, les Rockefellers et les Morgans ont placé tous leurs espoirs dans House. Les intérêts des Shiffs, Warburgs, Rockefellers et Morgans furent personellement représentés dans la mystérieuse conférence de Jekyll Island. »
 
Comme de nombreux protagonistes de ce livre, le Colonel Edward Mandell House avait le soutien moral de la « London Connection ». Issu d’une famille hollandaise nommée "Huis", ses ancêtres avait vécu en Angleterre pendant trois cents ans. Après quoi, son père s’installa au Texas où il fit fortune dans la contrebande au cours de la guerre civile en exportant du coton et d’autres marchandises aux britanniques et en important des fournitures aux Texans assiégés. Son père, n’ayant pas confiance dans la situation volatile du Texas, avait prudemment investit tous ses profits de « briseurs de blocus » en or qu’il déposa à la Baring Bank de Londres. A la fin de la guerre, il était l’un des hommes les plus riches du Texas. Selon Arthur Howden Smith, lorsque le père de House décéda en 1880, sa fortune fut distribuée parmi ses fils comme suit : Thomas William obtint les affaires bancaires ; John les plantations de sucre ; et Edward M. les plantations de coton qui lui assurèrent une rente de 20 000 $ par an[4].
 
A 12 ans, le jeune Edward Mandell House eu la méningite et, plus tard, il fut sujet à de violentes migraines. Il était à moitié valide et son état maladif lui donnait l’apparence d’être asiatique. Il n’a jamais eu de profession déclarée, cependant il utilisa l’argent de son père pour devenir le faiseur des hommes politiques du Texas en faisant élire successivement cinq gouverneurs entre 1893 et 1911. En 1911, il commança à soutenir Wilson pour la présidence en lui apportant le soutien de la délégation du Texas qui assura sa nomination au sein du parti Républicain. House rencontra Wilson pour la première fois à l’hôtel Gotham, le 31 mai 1912.
 
Dans « L’histoire d’une étrange amitié », George Sylvester Viereck a écrit : « J’ai demandé à House : « Qu’est ce qui a scéllé votre amitié ? », il m’a répondu : « la nature de nos tempéraments et de nos idées politiques ». « Quel était votre objectif et le sien » ? « Intégrer dans la Legislation certaines idées libérales et progressistes.[5] » House raconta à Viereck que lorsqu’il rencontra Wilson à la Maison Blanche, il lui donna $35000. C’était l’excédent des $50000 que Bernard Baruch avait donné à Wilson. Les idées du programme de House n’avait pas échappé à d’autres collaborateurs de Wilson. A la page 157 du volume 1 des mémoires du Colonel House, il déclare : « les membres du cabinet comme MM. Lane et Bryan ont commenté l’influence de « Philippe Dru, Administrateur » sur le Président[6]. »
 
Dans ses mémoires, House notifia certain de ces efforts sur le nom du Federal Reserve Act : « Le 19 décembre 1912, j’ai parlé au téléphone avec Paul Warburg à propos de la réforme monétaire. Je lui ai raconté mon voyage à Washington et ce que j’avais fait pour le mettre à l’odre du jour. Je lui ai dit que le Sénat et les députés avaient l’air anxieux de faire ce qu’il désirait, et que le Président Wilson semblait confiant concernant l’issue du projet.[7] » 
 
Nous avons donc un agent de Warburg à Washington, le Colonel House, qui lui assure que le Sénat et les députés ferait ce qu’il désire, et que le président élu « semblait confiant concernant l’issue du projet » D’après ses propos, il semble que les instances représentatives ont cessé d’exister. Dans ses mémoires, House poursuit: « Le 13 mars 1913, Warburg et moi avions eu une discussion privée concernant la réforme monétaire … Le 27 mars 1913, Mr JP Morgan Jr et Mr Denny sont venus à cinq heures. McAdoo arriva 10 minutes plus tard. Morgan avait déjà un plan de réforme imprimé. J’ai pensé qu’il l’avait dactylographié, ainsi, ça ne paraissait pas trop préarrangé, et l’avait envoyé à Wilson et moi-même … Le 23 jullet 1913, j’ai essayé de montrer au Maire de Boston, Quincy, l’erreur stupide des banquiers de l’Est de prendre une attitude antagoniste vis-à-vis du projet de réforme monétaire. J’ai expliqué au Major Henry Higginson (le plus eminent banquier de Boston) avec quel précaution le projet avait été encadré. Juste avant qu’il arrive, je finissais une vérification avec le professeur Sprague de Harvard à propos de la critique de Paul Warburg sur le projet de loi Glass-Owen … Le 13 Octobre 1913, Paul Warburg fut mon premier interlocuteur de la journée. Il est venu discutter de la réforme monétaire. Il y a beaucoup de points du projet de loi Owen-Glass qu’il n’approuve pas. J’ai promi de le mettre en contact avec McAdoo et le Sénateur Owen pour qu’il puisse discutter avec eux … Le 17 novembre 1913, Paul Warburg m’a téléphoné pour m’informer de son voyage à Washington. Plus tard, lui et Mr Jacob Schiff sont venus quelques minutes. Warburg fut celui des deux qui a le plus parlé. Il avait une nouvelle suggestion à propos du rassemblement des Réserves habituels pour obtenir une entité soudée leur permettant d’être plus facilement en contact avec la direction des Reserves Fédérales. »
 
Dans « L’histoire d’une étrange amitié », George Sylvester Viereck a écrit : « Les Shiffs, les Warburgs, les Kahns, les Rockefellers et les Morgans ont placé tous leurs espoirs dans House. Lorsque la législation sur la Réserve Fédérale adopta sa forme définitive, House fut l’intermédiaire privilégié entre la Maison Blanche et les Financiers.[8] » A la page 45, Viereck declare : « Le Colonel House regarde la réforme du système monétaire comme une victoire de l’Adminsistration Wilson.[9] »
 
Le 18 décembre 1913, la Chambre des Députés vota le Glass Bill (la version de la chambre des députés du Reserve Federal Act) par 287 voix contre 85. Le 19 décembre 1913, le Sénat vota sa version par 54 voix contre 34. Quarante différences ont été dénombrées entre la version votée par la Chambre des Députés et celle du Sénat, et les opposants au projet de Loi du Congrès étaient convaincus que de nombreuses semaines s’écouleraient avant que le projet soit examiné. Les députés s’étaient préparés à quitté Washington pendant les fëtes de Noël en étant certain que les débats sur le projet de Loi ne commenceraient pas avant l’année suivante. C’est à ce moment là que les banquiers ont préparé et exécuté la partie la plus brillante de leur plan. En une seule journée, ils réussirent le tour de force de modifier quarante points du projet de Loi, puis à le soumettre au vote des deux chambres dont les représentants étaient pressés de s’en aller. Le Lundi 22 décembre 1913, le « nouveau » projet de Loi fut voté par la Chambre des Députés avec 282 voix contre 60 et par le Sénat avec 43 voix contre 23.
 

[1]Crozier’s book exposed the financiers plan to substitute "corporation currency" for the lawful money of the U.S. as guaranteed by Article I, Sec. 8 Para. 5, of the Constitution
[2]Elisha Ely Garrison, Roosevelt, Wilson and the Federal Reserve Law, Christopher Publications, Boston, 1931
[3]George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship in History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932
[4]Arthur Howden Smith, The Real Col. House, Doran Company, New York, 1918
[5]George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship in History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932
[6]Col. Edward Mandell House, The Intimate Papers of Col. House, edited by Charles Seymour, Houghton Mifflin Co., 1926-28, Vol. 1, p. 157
[7]Idem. Vol. 1, p. 163
[8]George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932
[9] Idem

Publié dans Banque centrale

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