Histoire de la Fed : le Plan Aldrich

Publié le par Dicarno

« Nelson Aldrich considère la Finance et les taxes comme relevant de son domaine de compétence et de sa juridiction. Mr Aldrich fait tout son possible pour échafauder, à travers la Commission national des Fincnaces, une loi sur la finance et la monnaie. Des centaines de milliers de personnes sont résolument convaincus que Mr Aldrich renferme dans sa personnalité la plus grande et la plus sinistre menace sur le bien-être des Etats-Unis. Ernest Newman affirma récemment : “Ce à quoi le Sud fait subir aux Nègres, Aldrich l’infligerai aux Mudsills du Nord, s’il pouvait concevoir une façon concrête et sûr d’y parvenir“. » - Harper’s Weekly, le 7 mai 1910.
 
Les participants à la conférence de Jekyll Island revînrent à New York pour diriger au niveau national une campagne de propagande en faveur du plan Aldrich. Trois des principales universités : Princeton, Harvard et University Of Chicago, furent utilisé comme point de ralliement pour diffuser la propagande. Cinq millions de dollars furent réunis par les banques nationales dans une caisse noire pour persuader les citoyens américains que ce plan de banque centrale devrait être décrêté par une loi voté par le Congrès.
 
Woodrow Wilson, alors gouverneur du New Jersey et ancien president de l’université de Princeton, fut enrolé comme porte-parole du plan Aldrich. Durant le krach de 1907, Wilson avait déclaré : « Tous ces ennuis pourrait être évité si nous avions nommé un comité de six ou sept homme publique comme J.P. Morgan s’est chargé de le faire pour notre pays. »
 
Dans sa biographie de Nelson Aldrich, Stephenson écrit : « Un pamplhet nommé ‘Plan proposé pour une législation monétaire’ fut distribué le 16 janvier 1911 par Nelson Aldrich. Il fut établi à partir des conclusions de Jekyll Island ». Stephenson dit à la page 388 : « une organisation pour l’évolution financière a été formé. Mr Warburg recommanda l’utilisation des établissements universitaire et notamment la création de ce qui est devenu plus tard la Ligue Nationale des Citoyens … Le professeur Laughlin de l’université de Chicago avait pris la responsabilité de la propagande à travers cette association[1] ».
 
 Il est notable que Stephenson caractérise le travail de la ligue de citoyen comme une « propagande », ce qui est en adéquation avec la description de Seligman sur le travail de Warburg visant progressivement « à éduquer le pays » et « à briser les préjugées ».
 
La majeure partie des cinq millions de dollars de la caisse noire des banquiers fut dépensée par la Ligue Nationale des Citoyens qui était composé de professeurs d’université. Les deux promoteurs les plus inlassables du plan Aldrich furents les professeurs O.M Sprague de Harvard, et J Lawrence Laughlin de l’université de Chicago.
 
Le député Charles A. Lindbergh sénior, nota : « J. Laurence Laughlin, le president du comité executive de la Ligue Nationale des Citoyens, est retourné depuis à sa fonction de professeur d’économie politique à l’université de Chicago. En juin 1911, le professeur Laughlin avait pris une année sabbatique, afin de consacrer tout son temps pour la campagne d’éducation entreprise par la Ligue … Il travailla inlassablement, et c’est grandement grâce à ses efforts et sa persistance que la campagne s’engagea dans l’étape finale avec la flateuse perspective d’un résultat brillant … Le lecteur sait que l’université de Chicago est une institution qui a été dotée de presque 50 million de dollars par John D. Rockefeller[2] ».
 
Dans sa biographie de Nelson Aldrich, Stephenson révèle que la Ligue de Citoyens fut aussi un produit de Jekyll Island. Dans le chapitre 24, nous trouvons que : « le plan d’Aldrich fut présenté au Congrès comme étant le résultat de trois années de travail, d’analyses et de voyages des membres de la Commission National des Finances, dépensant au passage plus de 300 000 $. » En 1911, le plan d’Aldrich fut ajouté au programme du Parti Republicain (pour les présidentielles de 1912).
 
Après que le plan d’Aldrich eu été présenté au Congrès, le député Lindbergh déclara le 15 décembre 1911 devant le Comité de l’adoption des Loi : « Notre système financier est bancal et constitue un immence fardeau pour le peuple. J’ai allégué qu’il y a un Trust Financier. Le plan Aldrich est une combine discrète de ce Trust … Pourquoi est ce que maintenant le Trust Financier pousse t-il si fort le Plan Aldrich ? »
 
Lindbergh poursuit son discours: « Le plan d’Aldrich est le plan de Wall Street. C’est un immense défi lancé par le champion du Trust financier au Gouvernenemnt. Ca signifie un autre krach, si nécessaire, pour intimider le peuple. Aldrich, payait par le gouvernement pour représenter le peuple, propose un plan avantageux pour le Trust. Ce fut par un très ingénieux stratagème que la Commission nationale des Finances fut créée. En 1907, la nature fut très généreuse en donnant à ce pays la plus belle moisson qu’il n’a jamais eu. D’autres industries ont, elles aussi, été très occupées, et d’un point de vue économique toutes les conditions étaient réunies pour une année exceptionnelle. Cependant, un krach financier généra des pertes énormes pour nous. Wall Street savait que le peuple américain avait réclamé un remède contre la récurrence des paniques monétaires. Beaucoup de Sénateurs et d’élus sont tombés dans le piège de Wall Street et voté pour le projet de loi d’Aldrich-Vreeland sur l’urgence monétaire. Mais le véritable objet était de créér une commission financière qui charpenterait une proposition de modification de notre loi financière et monétaire qui conviendrait au Trust Financier. Ils ont maintenant intérêts à éduquer le peuple en faveur du plan Aldrich. Ca suppose qu’une grosse somme d’argent a été collectée pour atteindre ce but. Les spéculations de Wall Street ont amené le krach de 1907. Les banques d’épargne avait prêté à des spéculateurs et tout le monde voulait en profiter. Puis quand les épargnants souhaitèrent récupérer leur argent, les banques furent dans l’incapacité de le rendre. Cela a provoqué la panique. »
 
Edward Vreeland, le co-auteur du projet de loi, a écrit dans l’Indépendent (qui était la propriété d’Aldrich) du 25 août 1910 : « dans le plan proposé par le sénateur Aldrich, les monopoles disparaîtront, parce qu’ils seront incapable de faire plus de 4% d’intérêts et les monoples ne peuvent continuer à susbsiter avec des taux aussi bas. Aussi, ça marquera le détachement du gouvernement des banques d’affaires. »
 
Les fantasques prétentions de Vreelan étaient typiques du flot de propagande déclenché pour adopter le plan d’Aldrich. Les expressions « les monopoles disparaîtront » ou « le détachement du gouvernement des banques d’affaires » sont des tartes à la crème.
 
Dans Le Nation Magazine du 19 janvier 1911, il est noté : « le nom de Banque Centrale est prudemment évité, mais le nom donné au projet « Système des Réserves Federales », est équivalent puisqu’il est doté des mêmes pouvoirs et responsabilités que les banques centrales européennes. »
 
Après que la Commission nationale des Finances revint d’Europe, elle a tenu, pendant près de deux ans, des consultations privées. Aucun rapport ni minute de ces réunions ne montrent qu’elle était l’auteur du plan Aldrich. D’ailleurs, les membres de la Commission Nationale des Finances pouvaient difficilement proclamer le Plan comme le leur. L’unique résultat tangible de l’expédition de la Commission, qui a coûté 300 000 $, était une collection de 30 volumes consacrés aux banques centrales européennes. Dans cette collection, il figurait un ouvrage d’un millier de pages d’histoire de la Reichbank, la Banque Cenrale qui controllait la création monétaire en Allemagne et dont les principaux actionnaires était les Rothchild et la famille de Paul Warburg. Les rapports de la Commission montrent qu’elle n’a jamais fonctionné comme une assemblée délibérative. Et pour cause, puisque seules les conclusions de la réunion secrète de Jekyll Island, qui ne fut mentionné dans aucune publication de la Commission, ont été imposées. Le 8 janvier 1912, le sénateur Cummins transmis une résolution au Congrès ordonnant à la Commission de rendre-compte du résultat de ses trois années de travaux. Suite à cette initiative, La Commission Nationale des Finances fut dissoute.
 
Avec leur cinq million de dollars, les promoteurs du plan Aldrich faisait des tirs de barrage contre l’opposition. Andrew Frame témoigna devant la Comission Monétaire et Bancaire à propos de l’Association des Banques Américaines. Il représentait un groupe de banquiers de l’Ouest qui s’opposait au plan Aldrich :
 
- Président de la Commission Carter GLASS : « Pourquoi les banquiers de l’Ouest ne s’étaient-ils pas eux-mêmes fait entendre quand l’Association des Banquiers Américains a donné cet inqualifiable et, nous en sommes assurés, unanime approbation au plan proposé par la Commission National des Finances ? »
- Andrew FRAME : « Je suis content que vous pointez mon attention sur ça. Lorsque ce projet de Loi sur la réforme monétaire avait été présenté au pays, ce fut quelques jours avant la réunion de l’Association des Banques Américaines tenue à la Nouvelle-Orleans en 1911. Il n’y avait pas un banquier sur cent qui avait lu le projet de loi. Nous étions à peine douze à nous y être intéresser. Le general Hamby, d’Austin au Texas, a écrit une lettre au Président Watts pour demander une audience contre le projet de Loi. La réponse qu’il reçu ne fut pas très courtoise. J’ai refusé de voter pour le projet de Loi et de très nombreux autres banquiers ont fait pareillement. »
- MR. BULKLEY : « Cela signifie t-il qu’aucun membre de l’Association pouvait être entendu pour manifester son opposition ? »
- Andrew FRAME : « Ils étouffaient chaque arguement. »
- MR. KINDRED : « Mais le compte-rendu qui fut émis dit que ce fut presque à l’unanimité. »
- Andrew FRAME : « le projet de Loi avait déjà été préparé par le Sénateur Aldrich et présenté au conseil éxécutif de l’Association des Banques Américaines en mai 1911. En tant que membre de ce conseil, j’ai reçu une copie du projet une journée avant qu’ils prennent une décisiosn sur ça. Lorsque le projet de Loi parvint à la Nouvelle-Orléans, les banquiers ne l’avaient pas lu. »
- MR. KINDRED : « Le préposé à la présidence écartait-il simplement ceux qui voulait discutter de ça négativement ? »
- Andrew FRAME : « Ils empéchaient quiconque n’était pas en faveur du projet de Loi de s’exprimer. »
- Président de la commission Carter GLASS : « Quelle portée a le fait qu’au cours de la réunion suivante de l’Association des Banques Américaines, tenue à Détroit en 1912, l’Association n’a pas réitéré son soutien au plan de la Commission Nationale des Finances, connu comme le plan Aldrich ? »
- Andrew FRAME : « Ils n’ont pas réitéré le soutien pour le simple fait que les commanditaires du plan Aldrich savait que l’Association ne le soutenait plus. »
 
Andrew Frame exposa la connivence qui en 1911 assura un soutien du Plan Aldrich de la part de l’Association des Banques Américaines mais qui, en 1912, n’osa pas rénouveller son soutien, de peur d’une discussion sincère et ouverte sur les mérites du plan.
 
Pour promouvoir le projet de loi du Parti Démocrate sur la réforme monétaire, Carter Glass dénonça publiquement le déplorable compte-rendu de la Commission Nationale des Finances dirigée par le Sénateur Républicains Aldrich. Il affirma dans son rapport de 1913 : « Le Sénateur MacVeagh a comptabilisé au 12 mai 1911, la dépense de la Commission nationale des Finances à 207 130 $. Depuis, ils ont encore dépensé 100 000 $ de l’argent des contribuables. Le travail fourni pour ce prix ne peut être ignoré, mais, ayant examiné l’abondante littérature produite par la Commission, la Comission Monétaire et Bancaire a trouvé peu d’élément qui pèseront sur le présent état du marché du crédit aux Etats-Unis. Nous rejetons le plan Aldrich sur les points suivants :
 
-         son manque de contrôle du gouvernement ou du public sur le mécanisme
-         sa disposition à concentrer le control du pouvoir dans les mains des grandes banques
-         l’extrême danger de l’inflation de la monnaie inhérente au système
-         l’hypocrisie des obligations de financement pourvu par la mesure, qui constitue une insolente mignardise que ce système ne coûtait rien au gouvernement
-         les dangereux aspects monopolistiques du projet de Loi
 
Notre commission, à l’issue de son travail, était partagée sur le bien fondé d’une banque centrale qui était l’objectif manifeste du travail qui a été fait par la Commission Nationale des Finances. »
 
La dénonciation, par Carter Glass, du projet de loi d’Aldrich comme étant une banque centrale n’a pas empêché que le Federal Reserve Act, promu par le même Carter Glass, remplisse toutes les fonctions d’une banque centrale. Son capital appartiendrait à des actionnaires privés qui pourrait utiliser la réputation du Gouvernement pour leur propre profit ; elle aurait le contrôle de la création monétaire ; elle serait une banque d’émission qui ouvrirait les vannes du crédit en temps de guerre. Dans « La logique d’une banque centrale », Vera C. Smith (de la Commission pour la Recherche Monétaire et l’Education, juin 1981) écrit : « la définition primaire d’une banque centrale est un système bancaire dans lequel une simple banque a un monopole complet ou partiel sur la création monétaire. Une banque centrale n’est pas un produit naturel du développement bancaire. Il s’agit d’un outil imposé par l’extérieur ou venant du résultat des grâces gouvernemantales. »
 
Donc une banque centrale obtient sa position dominante de son gouvernement qui lui accorde le monopole de la création monétaire. C’est la clé de son pouvoir. Aussi, l’acte d’établir une banque centrale a directement un impact inflationniste à cause du sytème des réserves, qui permet d’émettre des emprunts et donc, de diffuser de l’argent, tant que la banque dispose en dépôt ou en réserve du véritable « argent ».
 
Le plan Aldrich n’a jamais était soumis au vote du Congrès parce que les Républicains ont perdu la chambre des députés en 1910, le Sénat et la Présidence en 1912.
 

[1]Nathaniel Wright Stephenson, Nelson W. Aldrich, A Leader in American Politics, Scribners, N.Y. 1930
 
[2]Charles A. Lindbergh, Sr., Banking, Currency and the Money Trust, 1913, p. 131

Publié dans Banque centrale

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