le coup fatal à Bretton Woods et chocs pétroliers

Publié le par Dicarno

Le coup fatal à Bretton Woods et les conséquences des chocs pétroliers

 
Il est difficile de dire que le dégonflement des bulles Internet et des TMT constituait un cas isolé, une anomalie, un phénomène atypique. Même si, pour ce qui concerne les bulles spéculatives, la mémoire collective est particulièrement sélective, sachez que leurs éclosions et leurs explosions ne constituent pas des phénomènes rares ; cependant, ce qui est nouveau, c’est la fréquence de leurs apparitions et de leurs disparitions. En fait, la naissance et la mort des bulles spéculatives que nous avons récemment vécu ou que nous sommes en train de vivre ont toutes au départ pour corollaire une décision politique. Cette décision est résumée et commentée dans l’article « L'homme qui dévalua deux fois le dollar » publié dans Le Monde du 25 avril 1994 de François Renard :
 
« Le dimanche 15 août 1971 au soir, le président Nixon surprend le monde entier en annonçant la suppression de la convertibilité en or du dollar, l’instauration d’une taxe de 10% sur les importations et un blocage des prix et des salaires américains pour trois mois. Dans un discours « musclé », il affirme vouloir « protéger contre les spéculateurs qui ont déclaré une guerre ouverte au dollar, pilier de la stabilité monétaire dans le monde, et en même temps améliorer la balance des paiements, tout en augmentant le nombre des emplois ». Il veut « créer les stimulants à court terme les plus forts de notre histoire pour les investissements et les équipements ». Enfin, Richard Nixon accuse les pays « saccagés par la guerre », Japon et Allemagne notamment, d’être devenus des concurrents puissants, après avoir reçu des États-Unis une aide considérable (143 milliards de dollars) : il entend bien « qu’ils prennent une part équitable du fardeau pour la détente, pour la liberté du monde ». Il conclut d’un fort mouvement de menton : « Il n’y a pas de raison que les États-Unis se battent avec une main attachée dans le dos. »
 
Sans doute le chef de l’exécutif américain se vantait en parlant de « la politique la plus neuve et la plus complète entreprise depuis quarante ans » (allusion au New Deal, de Franklin D. Roosevelt pour sortir de la crise de 1929). Il faudra attendre le début des années 80, avec le président Reagan, pour voir se redresser un dollar qui, en 1978, dut faire l’objet d’un plan de sauvetage par Jimmy Carter. Le déficit commercial apparu en 1971 allait se perpétuer jusqu’à nos jours, tandis que l’inflation allait connaître un pic en 1980, avant de reculer progressivement. »
 
Comme nous allons le voir un plus loin, le double krach des marchés obligataires et des marchés actions d’octobre 1987 à Wall Street est l’une des conséquences indirectes d’une part de la décision prise par Nixon de faire du dollar une monnaie flottante et, d’autre part, de la politique monétaire mise en œuvre par la FED pour faire face à ce double krach. Cependant, avant de nous attarder aux évènements d’Octobre 1987, il est encore nécessaire de remonter un peu dans le temps.
 
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le tissu socio-économico-industriel de l’Europe et de l’Asie étaient à l’agonie. Or, pour les milieux qui compte à Washington (cf la corporatocratie, i.e. les entreprises qui, pour leurs seuls intérêts, influencent et financent les politiques), il n’était pas envisageable de se réfugier à nouveau, comme ce fut le cas à l’issue de la première guerre mondiale, dans les dogmes de la doctrine Monroe et de laisser le monde se reconstruire sans elle. Pour financer le développement de son économie et disposer des ressources nécessaires pour asseoir son influence politique et militaire sur le monde « libre » (i.e. les pays du bloc de l’ouest), les Etats-Unis avaient besoin de faire perdurer la croissance économique. Ceci supposait un développement des échanges internationaux et notamment de favoriser l'essor des liquidités internationales. La question de la circulation de la masse monétaire est un problème central car les entreprises ont besoin de monnaie pour développer leurs activités et pour payer leurs transactions, et les Banques Centrales ont besoin de liquidités pour constituer leurs réserves de change. 
La question de l'approvisionnement en moyens de paiement fut réglée en juillet 1944 dans une petite ville du New Hampshire : Bretton Woods. Concrètement, les accords de Bretton Woods ont mis en place le nouveau Système Monétaire International (SMI). Les accords de Bretton Woods ont à la fois posé le principe de la libre convertibilité des monnaies et celui de définir un système de parités fixes. Ainsi, chaque pays devait déclarer au Fonds Monétaire International une parité officielle définie en or ou en dollar. Comme les Etats-Unis détenaient alors les ¾ du stock d’or mondial, ils étaient les seuls à pouvoir garantir la convertibilité-or de leur monnaie. Les marges de manœuvres des pays participants à ce système étaient relativement étroites puisque les parités étaient encadrées par des marges de fluctuations de plus ou moins 1% à l'intérieur desquelles les taux de change, qui résultent des offres et des demandes de monnaies, devaient être maintenus. De ce fait, les banques centrales de chaque pays participants à ce système se devaient de défendre la valeur de leur monnaie en intervenant sur les marchés des changes. En 1947, les Etats-Unis instaurèrent une double convertibilité de l’US dollar contre de l’or au prix de 35$ l’once.
A posteriori, il apparaît que la plus grande victoire des Etats-Unis lors de la seconde guerre mondiale, n’a pas été Guadalcanal ou le débarquement de Normandie, mais Bretton Woods. En effet, à la lecture de l’histoire, les accords de Bretton Woods ont consacré l’Imperium des Etats-Unis sur la scène politique et économique internationale. En faisant à la fois de l’US dollar une monnaie de réserve internationale et la monnaie de paiement des échagnes internationnaux, les Etats-Unis étaient parvenus à se faire octroyer le « privilège exorbitant » (une expression attribuée à de Gaulle en 1965 mais en fait prononcée par son ministre des Finances, Giscard d'Estaing) de s’endetter au détriment des autres nations. Dès lors, le déficit extérieur américain qui est réglé par une création de dollars via l’émission des governements bonds devient ainsi le principal vecteur de création de liquidités. En cas de déficit de leur balance des paiements, le Trésor américain paye ses créanciers en dollars alors que les autres pays ne disposent pas de la possibilité de payer leurs créanciers avec leur monnaie nationale. Emmanuel Kant avait, dans son « Projet de paix perpétuelle » (1795), dénonçait ce privilège en soulignant : 
« L'invention ingénieuse en ce siècle d'un peuple de commerçants » [les Anglais]. Il consiste en « un système de crédit où des dettes portant une signature souveraine et certaine s'accroissent indéfiniment vis-à-vis d'autres puissances mais restent en permanence convertibles en moyens de paiement ». Et de préciser : « Un tel arrangement revient à se constituer un trésor pour faire la guerre... plus considérable que l'addition des trésors publics de tous les autres Etats réunis. »
Dès le départ, des voix s’élevèrent pour dénoncer l’aspect contradictoire entre les rôles de l’USD comme monnaie de réserve des banques centrales et comme monnaie de paiement dans les échanges internationaux. Une des critiques portait sur le caractère inflationniste qui, tôt ou tard, interviendrait à travers les déséquilibres entre l'offre et demande de l’US dollar. Une autre critique résultait du fait qu’en se reposant sur l’US dollar, le SMI dépendait de la santé de l'économie américaine. Or l’économie américaine commença à subir la concurrence des entreprises européennes et japonaises au cours des années 1960. Dans le même temps deux sources générant des déséquilibres budgétaires firent leur apparition : la guerre au Vietnam et les investissements directs des firmes américaines vers le reste du monde. 
Le déficit de la balance des paiements américaine se creusa. Ce déséquilibre fut financé à travers l’émission des obligations d’Etat, qui constitue, avec les crédits consentis aux particuliers, l’une des principales sources de création monétaire. A partir de là, l’offre de dollar s’emballa. Le seuil d'inconvertibilité du dollar en or fut atteint en 1964 lorsque la masse des dollars détenue par les Banques centrales étrangères excéda le stock d'or détenu par les Etats-Unis. Les déficits successifs de la balance des paiements des Etats-Unis entraînèrent, au fil du temps, une diminution progressive de ses réserves d’or. En 1971, pour la première fois depuis le début du XXème siècle, la balance commerciale américaine fut négative. C’est donc suite à une accélération des demandes de conversion de dollar en or, que le Président Nixon porta le coup fatal au SMI en décidant, le 15 août 1971, de suspendre la convertibilité or du dollar. Le SMI fut achevé par les accords de la Jamaïque de janvier 1976 qui officialisa la fin du système des parités entre les devises et la démonétisation de l'or. 
L’ère du flottement des monnaies non gagées sur l’or venait officiellement de commencer. A vrai dire, les deux fondements du SMI (convertibilité or-dollar et parité des taux de change) avaient déjà reçu le coup de grâce depuis un certain temps. En effet, en décembre 1971, les accords du Smithsonian Institute à Washington portèrent le prix officiel de l’or de 35 à 38 dollars ; le 12 février 1973, le dollar fut à nouveau dévalué de 10 %. En mars 1973, la communauté européenne signa les accords de Bruxelles qui supprimèrent purement et simplement les marges de fluctuation. 
Comment analyser ces évènements ? L’évolution des économies dans le monde des changes flottants peut être perçue comme un refus des agents économiques de subir la contrainte du régime des parités fixes. En ouvrant la boîte de Pandore de l’inflation, les tenants et aboutissant de l’économie, et donc de la politique, des Etats-Unis ont cédé à la tentation de profiter pleinement de l’image et de la position de l’US dollar pour leurs seuls profits. La fin du SMI a naturellement conduit à la recherche de nouvelles formes de régulation des marchés des changes. 
L’automne 1973 fut marqué, du fait de sa portée, par un évènement politique majeur. En fait, cet évènement est indirectement lié à un autre évènement alors passé totalement inaperçu : le « Peak Oil » atteint en 1971 par les Etats-Unis. Le pétrole est un liquide sous pression. Cette pression dépend de la quantité du liquide présent dans la poche. Plus il y en a, et plus la pression est importante. Tant que la pression est suffisante, l’extraction du pétrole peut s’effectuer sans trop d’effort. Le « Peak Oil » correspond au moment où disparaît la pression naturelle d’un forage. Dès lors, lorsqu’un puits a atteint le « Peak Oil », c’est le signal que le puits est au seuil de l’assèchement total. Puits après puits, les entreprises du Texas et de Louisiane constatèrent la disparition de leurs principales richesses. Beaucoup d’entre elles firent faillites dont celle de Georges W. Bush en personne. Pour continuer à extraire du pétrole, il devint nécessaire de creuser plus profondément. Pour cela, il fallut utiliser des méthodes et des moyens toujours plus sophistiqués, et donc plus chers. En devenant plus cher, il est devenu rentable d’exploiter des forages de plus en plus difficile d’accès. Les entreprises de prospections se sont alors enfoncées toujours plus loin dans les zones inhospitalières de la planète : dans les forêts équatoriales comme en Amazonie ou en Guinée, dans les zones glaciales de l’Alaska ou de Sibérie, dans les profondeurs maritimes en mer du Nord ou dans le golfe du Mexique, etc).
L’assèchement progressif des puits de pétrole au Texas et en Louisiane fut le signe manifeste que les réserves de pétrole des Etats-Unis, et donc en l’occurrence du monde, étaient en train de disparaître doucement mais sûrement. Dès lors, dans le but de ne pas se retrouver plus tôt que prévu à court de cette indispensable énergie, la politique étrangère des Etats-Unis fut de plus en plus conditionnée par la captation de pétrole en dehors de ses frontières. En fait, cela ne concerne pas seulement le pétrole, mais comme toutes les activités des économies industrialisées dépendent en premier lieu du pétrole, nous avons tendance à focaliser notre attention sur cette source d’énergie. Le fonctionnement de notre société est dépendant de l’approvisionnement en pétrole. L’industrie, l’agriculture, les transports, les commerces, les hôpitaux, etc. dépendent du pétrole bon marché. Tant que celui-ci reste bon marché, tout fonctionne. Cependant, à partir du moment où le prix du baril de pétrole s’envole, alors c’est la continuité de notre mode de vie qui est en danger. Au cours de l’automne 1973, le monde occidental a eu un premier aperçu de ce que peut être une société vivant sous la loi du pétrole cher. 
Revenons à l’automne 1973, c'est-à-dire à notre évènement politique qui a basculé le monde dans une nouvelle dimension. Le 6 octobre 1973, la Syrie et l’Egypte attaquèrent conjointement et simultanément Israël. Le soutien logistique et la fourniture d’armes par les Etats-Unis permis à l’armée israélienne de renverser une situation mal engagée. Le cessez-le-feu intervint le 24 octobre 1973. Cependant, l’évènement le plus important de cette guerre se déroula à Koweït City où les membres de l’OPEP (excepté l’Iran) annoncèrent, le 17 octobre, un embargo progressif (réduction de 5% par mois) sur les livraisons de pétrole contre les Etats qui soutenaient Israël. N’ayant pas de stock, les pays occidentaux, dont toute la structure socio-économique est organisée autour du pétrole, en achetèrent « à tout prix ». Face à la peur de la pénurie, le prix du baril entama une ascension vertigineuse. Le prix du baril de pétrole quadrupla. En quelques semaines il passa de 2.5$ à 10$. L’embargo ne fut levé que le 18 mars 1974. Le prix du baril redescendit mais pas au niveau de celui du 17 octobre 1973.
Le premier choc pétrolier a eu des conséquences politiques, économiques, sociales et budgétaires. Sur le plan politique, outre la décision d’infléchir sa politique vis-à-vis d’Israël, les Etats-Unis, désormais méfiants vis-à-vis des pays membres de l’OPEP, décidèrent de s’appuyer sur le seul pays du cartel du pétrole ayant refusé l’embargo : l’Iran. Sur le plan économique, en fermant progressivement le robinet du pétrole, l’OPEP coupa littéralement les jarrets de la croissance économique des occidentaux. Le premier choc pétrolier généra une récession qui mit fin aux « Trente glorieuses ». Sur le plan social, le premier choc pétrolier entraîna la forte hausse des prix de production industrielle et agricole qui furent répercutées sur les prix à la consommation. Conformément à la théorie des cycles de Josef Schumpeter, de nombreuses industries furent incapable de faire face à la nouvelle donne. Ce fut le début d’une nouvelle ère de chômage de masse. Sur le plan budgétaire, la hausse brutale des cours du baril de pétrole alourdit considérablement la facture des pays dépendant à l’approvisionnement de « l’or noir ». Pour financer l’apparition des déficits (balance des paiements et balance commerciale), les gouvernements sont, d’une part, contraints d’augmenter les impôts et, d’autre part de faire appel à l’emprunt. La dette fut financée par l’émission d’obligations d’Etat ce qui contribua à augmenter significativement la masse monétaire en circulation, et donc, en conséquence, l’inflation. Pour l’ensemble des gens ayant vécu cette période, la décennie 1970 fut avant tout l’ère de l’inflation galopante compensée par des salaires en constantes augmentations.
 
Ce fut dans ce contexte de morosité économique qu’intervint, à partir du 16 janvier 1979 le second choc pétrolier suite au renversement du Shah d’Iran puis de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Du jour au lendemain l’Ayatollah Ali Khomeini décida d’arrêter les exportations de pétrole. L’annonce de cette nouvelle entraîna instantanément une brutale hausse des prix sur les marchés d’autant plus que les stocks de tous les pays consommateurs étaient relativement bas. Comme le pétrole est la moelle épinière des économies modernes, tous les pays consommateurs se lancèrent, comme lors du premier choc pétrolier, dans une course effrénée pour se procurer le précieux pétrole. Le prix du baril passa de 10$ en septembre 1978 à 40$ en octobre 1979. L’Arabie Saoudite, devenue alors le principal allié des Etats-Unis au Moyen-Orient, vînt à la rescousse en augmentant drastiquement sa production et l’Iran recommença à exporter sa production. Les prix reprirent le chemin de la baisse soutenus par la réouverture du canal de Suez suite aux accords de Camp David. Mais avec la guerre Iran-Irak qui débuta le 22 septembre 1980, qui engendra l’insécurité autour du détroit d’Ormuz (point stratégique où convergent les supertankers transportant le pétrole saoudien, koweïtien, irakien, iranien, qatari, des émirats arabes unis, et de Dubaï) les prix s’enflammèrent à nouveau. Les mêmes causes faisant les mêmes effets, les économies occidentales furent à nouveau mises à rudes épreuves.
 
Le second choc pétrolier représente un tournant important dans l'évolution des politiques économiques. Face à la profondeur de la crise économique et plus particulièrement de la relation inflation/chômage, les conservateurs américains, représentés à la Maison Blanche par l’ancien acteur de série B Ronald Reagan, décidèrent d’abandonner les recettes de John Maynard Keynes au profit de celles de Milton Friedmann (l’un des grands promoteurs du libéralisme et du monétarisme, qui avait expliqué dans « Histoire monétaire des Etats-Unis » que l’aggravation de la crise de 1929 résultait de la diminution de la masse monétaire). Paul Volker fut nommé à la tête du Système des Réserves Fédérales en juillet 1979. En tant que Gouverneur de la « Fed », une institution privée appartenant aux grandes banque new yorkaises, il avait reçu pour mission de lutter contre l’inflation qui avait atteint 15% en rythme annuel en 1979. Concrètement, lutter contre l’inflation signifie mettre en place une politique restrictive sur la masse monétaire, et donc en théorie, une politique peu favorable à la croissance économique. Comme les Etats-Unis étaient en récession, le Gouverneur de la « Fed » avait forcément le soutien de la Maison Blanche et de Wall Street pour mener cette politique de rigueur (on verra plus loin pourquoi et comment le pouvoir politique et le pouvoir financier s’accommodent très bien de la création monétaire). A partir d’octobre 1979, il augmenta rapidement les taux de refinancement, les « Fed Funds », c'est-à-dire le prix de l’argent auquel les banques viennent prêter ou se refinancer auprès des banques centrales.
 
De Janvier 1979 à Août 1982, les taux des « Fed Funds » fluctuèrent entre 10 et 19% ce qui permit de contenir puis de diminuer la masse monétaire et donc l’inflation des prix à la consommation. La désinflation fut la conséquence de la baisse des salaires réels, de la récession mondiale qui entraîna de facto une chute des cours du pétrole et des autres matières premières (ce qui fut catastrophique pour les pays en voie de développement) et enfin de l'appréciation du dollar qui abaissa le prix des importations. La hausse des taux eu pour résultat d’augmenter les taux nominaux et surtout les taux d'intérêts réels. Cet écart entre taux nominal et intérêt réel attira les investisseurs ce qui eu pour conséquence de renchérir le dollar. Ce fut à partir de ce moment là que les pétrodollars, qui étaient alors avant tout placés auprès des pays en voie de développement, furent placés sur de la dette américaine.
 
Avec leurs taux d'intérêt élevés et leur dollar cher les Etats-Unis exportèrent la récession vers le reste du monde. Les économies des pays en voie de développement, notamment des pays les plus endettées, furent durement frappées. L’Argentine, suite à la guerre des Malouines, se déclara en cessation de paiement. En août 1982, le Mexique, alors le premier emprunteur des pays en voie de développement, se déclara insolvable ce qui déclencha une véritable crise de confiance auprès des créanciers. Au Brésil, à partir de l’automne 1982, le mouvement des flux de capitaux s’inversa. Le Trésor brésilien commence à verser en intérêts des montants supérieurs à l’entrée nette de capitaux. Pour freiner cette hémorragie et inverser la tendance, le Brésil fut lui aussi obligé de monter ses taux d’intérêts et de plonger son économie dans la récession.
 
Les pays industrialisés importateurs nets de pétrole, qui s'est stabilisé à 34 dollars le baril, furent également fortement gênés par le niveau élevé du dollar. Seuls les Etats-Unis, en plein « Reaganomics » profitait de la situation. Lors de son premier mandat, l’administration de Ronald Reagan s’efforça de redresser une économie marquée par la stagflation. Elle chercha d’une part à stimuler la croissance économique en baissant les impôts afin de relancer la consommation, et d’autre part, à augmenter les dépenses militaires pour soutenir l’industrie (et accessoirement pour combattre « l’Empire du Mal », c'est-à-dire l’Union Soviétique). Les baisses d'impôts combinées à une forte augmentation des dépenses militaires et de l’administration (notamment des agences gouvernementales : CIA, NSA, FBI) conduisirent à un déficit budgétaire relativement important et à une augmentation de la dette publique, qui gonfla de près de 200 % entre le début du mandat de Reagan et celui de son successeur George Bush. Ce fut également lors de cette période que les Etats-Unis basculèrent d’une position de créancier net du monde à celle de débiteur net du monde. Pour combler le déficit budgétaire et le déficit commercial, le Trésor américain fut contraint d'attirer de plus en plus de capitaux étrangers.
 
Grâce à la situation prédominante de l’US dollar dans le commerce mondial, comme nous l’avons vu précédemment, Reagan finança sa politique dispendieuse avec le concours des pays importateurs nets d’US dollar. C’est pourquoi, à partir de 1982, la rigoureuse politique monétaire des Etats-Unis fut de plus en plus mal perçue à travers « le monde libre ». A noter que ce fut pendant cette période que la société américaine, alors louée partout dans le monde pour ses capacités d’épargne, opéra un virage à 180°. La société américaine se mua en une société de consommation qui peu à peu, sous l’effet de sa boulimie d’achat, se rendit dépendant du crédit. Cette métamorphose, comme on le verra plus loin, ne fut pas sans conséquence pour l’économie américaine et donc mondiale. L’économie américaine sortit du marasme en 1984. Le prix du baril de pétrole reflua en-dessous des 10$ en 1986 ce qui a, du reste, contribué à faire croire à la majorité des gens de ce pays que cette ressource était inépuisable.

Publié dans Histoire économique

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David C. 11/10/2008 00:34

Avec la crise financière, on essaye de nous vendre n’importe quoi !!!

Est-ce que la marchandise correspond à l’étiquette ! C’est la première question qu’on doit se poser avec la nouvelle expression très à la mode : Le Nouveau Bretton Woods.

Je me permet donc de vous joindre le dernier article de Jacques Cheminade, le seul homme politique français, à avoir fait campagne pour un nouveau bretton woods depuis des années auprès des dirigeant de notre pays.

Nous avons fait le bon diagnostic, en regardant la réalité en face l’hiver dernier. Maintenant, soutenez avec nous ces mesures : c’est le médecin qui fait le bon diagnostic qui rédige la meilleure ordonnance.

David C.
david.cabas.over-blog.fr