La fièvre acheteuse (chap. 1 - 1ere partie)

Publié le par Dicarno

Chapitre 1 : Les derniers sont toujours les premiers

 

 

Au regard des nuages sombres qui s’amoncellent sur les têtes des actionnaires et des trop nombreux propriétaires de biens immobiliers, je n’ai aujourd’hui plus honte de le dire : « j’ai été la victime consentante de la double curée boursière de l’an 2000 ». En effet face aux pertes qui vont être générées suite au retournement du marché action et du marché immobilier, la facture de mes erreurs, qui m’avait parue autrefois si élevée, me semble aujourd’hui tout à fait acceptable. En fait, je considère maintenant cette expérience amère comme étant le prix que j’ai payé pour avoir été guéri de la maladie de la fièvre acheteuse. Sachez que le prix de la guérison s’est tout de même élevé à près de 45 000 euros ; mais plus que le prix en lui-même, c’est les nombreuses heures passées à comprendre ce qui avait bien pu se passer qui m’a servi de thérapie.

 

Comment suis-je devenu une victime consentante du double krach du marché action de l’an 2000 ? En fait c’est très simple. Je me suis fourvoyé dans une affaire sans en connaître tous les tenants et aboutissants. Autrement dit, à l’image de millions de suiveurs convaincus alors de décrocher la poule aux œufs d’or sans prendre vraiment des risques, je me suis engagé dans un monde qui n’était alors pas le mien : celui des marchés financiers.

 

Cependant à ma décharge, je dois bien avouer que chez moi le terreau était fertile. En effet, l’envie de capitaliser les fruits de mon travail afin de dynamiser le plus rapidement possible mes économies, et donc de m’élever dans la société, est profondément enracinée dans ma psyché. Ce que d’aucun appelle la réussite sociale, pour moi, vis-à-vis de mes origines modestes et des études que j’ai fait, cela constituait un leitmotiv, voire une obligation morale. Mis en concurrence permanente avec mes frères, j’ai été éduqué (consciemment par mes parents ?) dans le culte de la réussite sociale. De fait, l’ascenseur social implique forcément l’avidité et la vénalité.

 

Cet état d’esprit était d’autant plus dangereux que je suis avant tout un excessif. Tout ce que j’entreprends, je le fais avec excès. Je peux être un boulimique de travail si l’ouvrage me passionne ou le pire des fainéants s’il m’ennuie. Je mange trop, je bois trop, je fais trop de sport, je conduis trop vite, je joue trop, je lis trop, je regarde trop la télé et internet, etc. Généralement, lorsque je commence quelques choses, j’éprouve des difficultés à m’arrêter. Bref à l’image du commun des mortels, j’ai du mal à être raisonnable et à me fixer des limites. Par ailleurs, je suis ce que certain appelle une tête de mule. Il faut bien en convenir, lorsque j’ai quelques idées en tête, il est difficile de me convaincre de changer d’avis. Bien canalisé ce trait de caractère peut être un atout, mais s’il est mal employé en bourse comme on le verra plus tard, c’est une tare.

 

Les milieux financiers réagissent constamment à toute une série d’informations d’ordres politiques, économiques, et sociologiques, mais aussi à des logiques psychologiques et, bien sur, financières. C’est la raison pour laquelle les salles de marché sont, d’une part, constamment connectées aux réseaux de diffusions d’information les plus influents tel que Reuters, Bloomberg, Fininfo, etc, et d’autre part, qu’elles se payent les services d’experts en tout genre : tel que des analystes financiers, économistes, stratèges, climatologues, etc ... Bref, étant donné le nombre de paramètres et d’aléas à prendre en considération, il est impossible pour quiconque, et quels que soient les moyens mis en œuvre, de tous les maîtriser. Mais qu’à cela ne tienne, au moment où j’ai acheté mes premiers titres, j’étais convaincu de surmonter tous les obstacles qui se dresseraient sur ma route.

 

D’ailleurs à écouter mes proches (à ce moment là, seuls les conseils des jeunes prévalaient, car ceux des vieux, c’est à dire ceux dont les parents se sont fait rincer dans les années 1930, n’avaient strictement aucune valeur), il suffisait d’acheter n’importe quoi, pourvu que le nom de la valeur sonne nouvelle économie, pour faire de l’argent. Il faut bien reconnaître qu’entre 1998 et la débâcle du Nouveau Marché (le marché sur lequel étaient référencées les valeurs de la nouvelle économie) en mars 2000, le seul souci de l’investisseur était celui du manque à gagner entre la hausse d’un titre par rapport à un autre. Voilà ce que l’on pouvait entendre : « Mince aujourd’hui la météorite « .com » est montée plus vite que la météorite «.fr », c’est ballot ! ».

 

Mon frère aîné avait ouvert la brèche dans ce monde de rêve où l’on gagne à tous les coups. Il s’y est essayé et il a gagné. Cela lui a permis d’accumuler suffisamment d’argent pour s’acheter, juste avant l’an 2000, une maison à moindre frais. Enhardi par la réussite foudroyante de mon frère, lorsque je suis entré dans la vie active, en janvier 2000, j’ai ouvert un compte titre et je me suis dit : « Mes parents ont mis 20 ans pour s’acquitter de leur dette pour l’achat d’un modeste bien immobilier. Moi, avec l’argent placé en bourse je devrais pouvoir me payer cash un appartement de standing dans quelques semaines ! ». Et bien, à l’heure où j’écris ces lignes, soit 6 ans après, je continue à louer « à fonds perdus » comme disent mes parents malgré toutes mes protestations contre cette idée reçue ; mais il faut tout de même dire que la formation de la bulle immobilière ne m’a pas aidé. 

 

Après avoir ouvert mon compte titre et placé toutes mes économies dessus, soit environ 3 000 euros, j’ai commencé à boursicoter. Les premiers succès ne se sont pas fait attendre. Si bien d’ailleurs, que je parvenais parfois à gagner en une journée l’équivalent de mon salaire mensuel ! De boursicoteur du dimanche lisant « La Vie Financière », je suis devenu en deux temps trois mouvements un spieler bas de gamme accroc à Boursorama. Bref, contaminé par la fièvre acheteuse, j’étais devenu complètement fou. C’était une situation tout à fait comparable à celle de l’ivresse des sommets ou l’euphorie prend le pas sur la raison. J’achetais, je vendais, j’achetais, je vendais. Je multipliais les allers / retours. C’était grisant. Le soir, dans le métro après une bonne journée, j’avais de la peine à contenir ma joie. Je me disais : « ça y est t’es passé dans le camp des winners ! ». Intérieurement, je jubilais mais je n’étais pas très lucide sur la situation qui était en train de se dessiner.

 

Outre le fait que je baissais de plus en plus ma garde, d’un autre côté j’exprimais régulièrement le regret de ne pas disposer suffisamment d’argent. Je me disais : « si les sommes jouées étaient plus importantes, je pourrais engranger davantage ». Tel un joueur happé par l’appât du gain je continuais tous les mois à verser la partie excédentaire de mon salaire sur le compte titre. Comme si cela ne suffisait pas, malgré ses réticences, j’étais parvenu à convaincre ma compagne à faire de même. On m’avait bien prévenu de jouer en bourse seulement l’argent dont on n’avait pas besoin à court ou moyen terme et de ne pas utiliser un compte titre comme un compte courant. Mais ces conseils, comme les autres du reste, glissèrent rapidement dans mon esprit dans la case « à mettre aux oubliettes ».

 

Un malheur ne venant jamais seul, j’appris l’existence du système du règlement mensuel (aujourd’hui rebaptisé le SRD). Ce système de prêt / emprunt permet d’investir jusqu’à cinq fois la valeur du portefeuille. Concrètement, cela permet d’acheter des titres à crédit. En contrepartie, à la fin de chaque mois il fallait d’une part payer les intérêts du prêt / emprunt et d’autre part, si la position n’était pas soldée, être en mesure de payer des « appels de marge » (c’est à dire combler la différence entre le prix d’achat et le prix constaté à la fin du mois ; si cette différence est positive, l’investisseur reçoit de l’argent, et dans le contraire il doit mettre la main au portefeuille).

 

Nul besoin de vous dire que cet effet de levier fut le début de ma ruine lorsque les bulles explosèrent. D’ailleurs avec du recul je me dis qu’heureusement que les marchés corrigèrent rapidement après mon arrivée, sinon je crois bien que j’aurais été incapable de régler la facture finale. A une époque pas si lointaine, on mettait les gens en prison pour dettes non remboursées. Et bien je pense que si j’avais vécu à cette époque, j’aurai frôlé le statut de délinquant économique. Parallèlement, en engageant ma compagne dans mes rêves de grandeur, c’était la stabilité de mon couple qui était en jeu. Mais n’allons pas trop vite et revenons au début.

 

Après la période fastueuse, ce fut celui des vaches maigres. Les marchés actions se retournèrent en deux temps au cours de l’année 2000 : une fois en mars sur les valeurs internet et une autre fois sur les TMT en septembre. Aujourd’hui, la mémoire collective à amalgamer ces deux évènements bien distinct sous le terme générique et peu approprié de « dégonflement de la bulle internet ». Mais il s’est bien produit deux chocs. Commençons par nous pencher sur le krach des valeurs internet à travers l’évolution des cours de clôture du nouveau marché en utilisant le graphique ci-dessous :

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On aperçoit qu’entre le 1er octobre 1999 et le 10 mars 2000, la valorisation de ce marché fut multipliée par plus de 5 ! L’indice du nouveau marché est passé de 1451,70 points à 7481,18 points en seulement 112 séances ! Ca faisait tout de même une progression quotidienne moyenne de 1.47 %. Pour ceux qui ne comprennent pas bien je vais prendre un exemple. Imaginez que si vous avez placé l’argent de votre livret A sur toutes les actions composant ce marché cela vous aurait rapporté quotidiennement en moyenne 1.47 % pendant 112 jours consécutifs. Nous étions dans « l’exubérance irrationnelle » dénoncée par Allan Greenspan (président de la Fed de 1987 à 2006).

 

Et puis le lundi 13 mars 2000, vers 14 h 30, c’est à dire au moment de l’ouverture des marchés à New York, le Nouveau Marché était à son zénith à 7 867,12 points lorsque fut donné le coup d’envoi de la curée. Le jour même l’indice clôtura à 7 076,71 points. Il venait de perdre plus de 11 % en deux heures et demie (à cette époque le marché clôturait à 17 h). Le 14 mars fut une journée stable. Les investisseurs, un peu hagards, venaient d’être molestés mais ils n’étaient pas encore totalement sonnés. Le 15 mars, le marché clôtura à 6 347,32 points et le 16 à 6 022,86. En à peine quatre jours le Nouveau Marché avait perdu près de 30 % de sa capitalisation. Deux mois plus tard, il avait corrigé de plus de 50 %.

 

A cette époque, le NASDAQ était considéré alors comme le baromètre de la bourse américaine. Pour des raisons de coût, c’est le marché sur lequel les valeurs de la « net économie » (les fameuses « dot-com ») venaient se vendre. Avec l’arrivée d’internet dans les foyers, tout le monde s’était convaincu que nous étions entré dans une nouvelle ère économique qui balaierait les fondements de l’ancienne pour la simple et bonne raison que les modes de vie des consommateurs seraient profondément transformés.

 

D’ailleurs pendant des lustres, tout le monde a été conditionné à croire que l’an 2000 serait le début d’un cycle vertueux pour l’humanité. L’an 2000 nous faisait rêver et le formidable développement de l’informatique et d’internet a sans doute bénéficié de cet état d’esprit. De plus, je ne pense pas qu’il faille minimiser les conséquences du fameux « bug de l’an 2000 ». Aussi stupide que cela puisse paraître aujourd’hui, les millénaristes qui prédisaient la fin du monde ont trouvé, à la fin des années 1990, un écho favorable. Leur principal argument tenait en une erreur de programmation sur le calendrier de Microsoft. Au passage de l’an 2000, les vieux ordinateurs étaient censés être en 1900 ce qui devait engendrer un chaos généralisé sur la Terre ! A vrai dire je n’ai jamais vraiment compris cette peur, toutefois, toutes les entreprises ont massivement investi dans le matériel et les logiciels informatiques pour sauver le monde de la catastrophe annoncée.

 

Permettez-moi une petite digression dans la continuité du récit mais je ne peux résister à l’envi de vous raconter comment j’ai vécu le « bug de l’an 2000 ». A l’époque je vivais à Maisons-Alfort dans la banlieue parisienne. Faisant confiance à la RATP qui avait assuré les usagers d’un service nocturne, avec des amis, ma compagne et moi, nous avions décidé de prendre exceptionnellement les transports en commun pour passer la soirée dans les rues de Paris. Nous sommes donc allés voir le feu d’artifice sur le Champ de Mars au pied de la tour Eiffel puis, à l’issue du spectacle, nous avons assisté aux festivités organisées sur les Champs Elysées. Je vous fais grâce des détails sordides inhérents à la soirée mais vers trois du matin, nous avions décidé de rentrer. Nous nous sommes donc naturellement dirigés vers la première bouche de métro et là, à notre grand désarroi, nous nous sommes aperçus que les rideaux de fer étaient baissaient. Faisant mauvaise fortune bon cœur, nous avions repris espoir en nous disant que les RER fonctionnaient peut être. C’est donc en titubant que nous nous sommes dirigés vers les Halles. C’est à l’arrivée aux halles que j’ai pris, moi le provincial, toute la mesure de la signification du sigle RATP : Rentre Avec Tes Pieds. Fourbu par une soirée bien arrosée, je pris le parti d’attendre le premier train comme des centaines d’autres personnes. Après tout, Reste A Ta Place convenait tout aussi bien. Le seul bug de l’an 2000 auquel j’ai assisté fut celui de la RATP. Ainsi, bien que nous fumes en l’an 2000, manifestement, rien n’avait changé. Cet épisode aurait dû me mettre la puce à l’oreille sur les lendemains qui chantent et les promesses d’avenir radieux.

 

Revenons au sujet qui nous intéresse. Comme les Etats-Unis étaient alors de très loin la première puissance économique mondiale et que la « nouvelle économie » était très en avance par rapport à celle de l’Europe, tous les investisseurs avaient les yeux rivés sur le NASDAQ. Cela leurs permettaient de déterminer les tendances générales du marché. Du coup si on se penche sur le graphique ci-dessous comparant l’évolution des cours du NASDAQ à ceux du Nouveau Marché, on s’aperçoit que les mouvements des cours étaient beaucoup plus amplifiés en France qu’aux Etats-Unis. Cela résulte sans doute du fait que les volumes des transactions sur le NASDAQ étaient sans commune mesure plus élevés par rapport à ceux du Nouveau Marché. 

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Qu’est ce qui a donc pu se passer aux Etats-Unis au cours du week-end du 11 et 12 mars 2000 pour que l’opinion alors majoritaire se retourne ? Pourquoi y a t-il eu un retrait massif et simultanée des investisseurs américains lors de la séance du 13 mars ? Quel a été le détonateur ? Pour répondre à ces questions, je pense qu’il faut à la fois se pencher sur le profil de l’investisseur américain, sur le mécanisme de formation des prix à la bourse, et sur la psychologie de marché.

 

Le développement d’internet avait permis de « démocratiser » les marchés. Désormais, tout le monde pouvait piloter son compte titre à partir de son ordinateur. Ce phénomène a contribué à générer un afflux massif de capitaux sur les marchés financiers, d’autant plus que les américains n’hésitaient pas à s’endetter. Avant le krach, près d’un américain sur deux possédait un compte titre. Comme dans la majeure partie des pays riches, le citoyen américain est soumis à l’impôt sur le revenu. Comme les revenus des investisseurs s’étaient très rapidement accrus en 1999, par voie de conséquence, le premier tiers des impôts à acquitter le 15 avril 2000 devaient être plus élevés qu’à l’accoutumée. Il se peut qu’afin de financer leur impôts, beaucoup d’investisseurs aient vendu des titres quelques semaines avant la date butoir. Est ce que les américains ont reçu leurs feuilles d’impôt au cours du week-end ? Je ne saurais l’affirmer avec certitude.

 

Mais après tout, y-a-t-il vraiment eu un déclic ? Nous sommes toujours en train de chercher les causes d’un évènement et de déterminer les responsabilités des uns et d’accuser les autres. Bref nous sommes toujours en train de chercher des bouc-émissaires pour éviter de devoir nous remettre en question. Le double krach de l’an 2000 n’était-il pas tout simplement le résultat de la folie humaine ou la majorité des individus perdent le sens commun des réalités sous l’effet de la cupidité ? N’était-il pas tout simplement le résultat d’une spéculation effrénée issu d’un mouvement de foule ? En réfléchissant un peu, on s’aperçoit très vite que l’idée selon laquelle tout le monde gagne à tous les coups sans se fatiguer n’est pas viable très longtemps. Il y a forcément un biais quelque part. Toute chose a sa contrepartie, son revers de médaille. Il est fallacieux de croire que l’on puisse s’enrichir en dormant. Nous n’obtenons jamais rien sans rien. Il s’agit de lois universelles auxquels nul ne peut déroger. Et pourtant, tel le fameux mouton de Panurge pris dans la tourmente d’une folie collective, j’avais malheureusement choisi de l’ignorer. Spéculer est un travail. Comme on le verra plus loin, il s’agit d’un véritable travail qui nécessite du temps.

 

Généralement, on explique les krachs financiers par le fait que le marché était largement surévalué en raison des spéculateurs qui ont perdu le sens des réalités. En fait, ce n’est pas le spéculateur qui perd le sens des réalités mais la foule de gens qui se prennent pour des spéculateurs. D’ailleurs, à mon sens, cette foule de gens sont des joueurs. Des parieurs. Le véritable spéculateur, c'est-à-dire celui qui brasse des millions d’euros ou de dollars, sait très bien par expérience de quoi il se retourne. En gardant les pieds sur terre, il se contente juste de profiter d’une situation et de prendre sa part du butin. Cependant, comme tout le monde, il leur arrive parfois de se prendre les pieds dans le tapis ; mais à la différence de millions de suiveurs, ils agissent en connaissance de cause et en fonction d’une réflexion. Du moins j’ose croire qu’ils ne se contentent pas de suivre aveuglément la foule. Quoi que. Les premiers chapitres de l’excellent « Mémoire d’un spéculateur » d’Edwin Lefebvre, écrit en 1923, sont farcis d’exemples de spéculateurs qui ont bu le calice jusqu’à la lie. Sans même remonter jusqu’à Mathusalem, le milliardaire Georges Soros reconnu comme grand spéculateur devant l’Eternel, bien que tout fraîchement auréolé d’un retentissant coup d’éclat sur le « sterling », a pris, suite à la crise russe de 1998, une énorme raclée sur le rouble.

 

D’une manière générale, vous constaterez que les gens ne font guère la distinction entre jouer et spéculer. Et pourtant ce n’est pas tout à fait la même chose. Jouer c'est faire des paris sur des micro-fluctuations. On achète et on vend rapidement. On évite de garder la position en portefeuille. A ce jeu, personne ne peut battre le marché bien longtemps. Ca ressemble davantage à du casino ou, invariablement, on se brûle tôt ou tard les ailes car la loi des nombres est contre le joueur. On peut être sûr que pour ce type de stratégie, les seuls grands vainqueurs restent le courtier. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les courtiers encouragent cette façon de placer son argent. A quoi croyez-vous que servent toutes ces analystes graphiques et tous les conseils boursiers qu’ils produisent ? N’oubliez pas qu’ils vivent avant tout des commissions. A chaque fois que vous passez un ordre, ils ouvrent le tiroir caisse pour encaisser la monnaie. Plus souvent vous passez les voir et mieux ils se portent. Comme dans tout commerce, la vente de certains produits est plus rémunératrice que d’autres. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que les produits en question sont les produits dérivés dont les joueurs sont très friands tels que les warrants ou les options exotiques. D’ailleurs, si vous avez l’intention de faire carrière dans la finance de marché, c’est dans ce type de service où il faut être car les bonus de fin d’année sont particulièrement généreux.

 

Spéculer c'est prendre des positions et les tenir en fonction de l'évolution tendancielle du marché. Peu importe les micros-fluctuations si le marché est globalement haussier ou baissier. Il faut bien avoir à l’esprit qu’une tendance ne peut être linéaire. Elle est forcément faite de hausse et de baisse. Il n’est donc pas nécessaire de s’affoler à la première prise de bénéfice venue pour liquider sa position. La trajectoire d'une baisse ressemble, par exemple, à une balle de tennis que l'on lance du haut d'un escalier. La balle va forcément descendre mais avant d'atteindre le sol, elle aura fait plusieurs rebonds. Le nombre de rebonds dépendra évidemment de la taille de l'escalier. Les mathématiciens modélisent les hausses et les baisses en fonction de ce principe. Ils vont vous calculer la probabilité des points hauts et des points bas. Cependant, ce qu'ils ne peuvent calculer avec certitude, c'est le facteur humain qui va amplifier ou non les mouvements. De ce fait, parier sur l'ampleur de ces mouvements en essayant de sortir au plus haut ou au plus bas ne peut être efficient.

 

Se positionner sur la tendance générale est beaucoup moins aléatoire. C'est la raison pour laquelle, il me semble que spéculer et plus profitable que jouer. Cependant, dans cette stratégie, le plus difficile est de tenir la position contre vents et marées. Dès lors, ça nécessite d'avoir une vue globale du marché afin de deviner qu'elle sera sa probable évolution future. Bien entendu, il faut aussi avoir un petit peu de chance. En septembre 2006, j’avais acheté à 22 euros du Business Object, une société éditant des logiciels sur laquelle des rumeurs d’OPA de la part d’une société allemande SAP court depuis l’an 2000. Deux mois plus tard, j’ai vendu ma position à 28 euros pour arbitrer Business Object au profit de Maurel & Prom, une société d’exploration pétrolière, sur laquelle la rumeur d’OPA d’ENI une société italienne semblait plus insistante. Résultat des course, en octobre 2007 SAP a fait une offre sur Business Object à 41 euros, tandis qu’ENI s’est juste contenté d’acheter l’une des concessions de Maurel & Prom au Congo.

 

La prime à la patience peut être très rentable mais encore faut-il entrer et sortir au bon moment sur une valeur. Celui qui continue aujourd’hui à porter à bout de bras l’action Alcatel achetée en septembre 2000 à 97 euros, en se tenant au fameux « pas vendu, pas perdu », n’est pas prêt de récupérer sa mise (à l’heure où je vous parle, elle vaut moins de 7 euros). Comme je l’ai dit plus haut, spéculer c'est prendre des positions et les tenir en fonction de l'évolution tendancielle du marché. Il ne s’agit pas de les porter ad vitam aeternam pour avoir un jour la fierté de dire « vous voyez, c‘est moi qui avait raison ». Si l’évolution tendancielle n’est pas favorable, alors il faut savoir se couper un bras. Parfois, il est nécessaire de faire le bilan sur une position et d’admettre que l’on s’est trompé. Il n’est pas vraiment évident de faire le ménage dans son portefeuille, d’autant plus que l’on garde toujours à l’esprit cet infime espoir d’un retournement hypothétique d’une situation mal engagée.

 

Je me souviens d’une situation qui s’est produite au milieu des années 1980. Je crois que c’était lors des vacances de Pâques 1986. Un matin, vers 9 heures, mon frère aîné et moi, nous étions partis à la pêche sur l’un des canaux de l’étang de Salses dans le Roussillon. Après trois bonnes heures à regarder désespérément notre bouchon rester à la surface, nous avons décidé de lever le camp. Un quart d’heure auparavant, un individu quelconque s’était positionné un peu plus loin. Nous voyant plier bagages, il nous a cordialement demandé s’il pouvait prendre notre place. Naturellement, même si nous étions de mauvaises humeur, nous lui avons céder notre place. Sitôt arrivé, le festival commença. Pendant environ 10 minutes, cet individu pêcha près d’une trentaine de poissons. A peine envoyait-il sa ligne dans le canal qu’une daurade affamée mordait l’appât. C’était à croire que toutes les daurades de l’étang avaient rendez-vous à cet endroit à ce moment là. Excité comme les enfants face à une vitrine de grands magasins en période de Noël, on fit volte-face. On se dépêcha de nous réinstaller avec nos cannes à pêche à moulinets sophistiquée. Cela pris 5 minutes. Trop tard. La fête était finie. Poséidon avait décidé de nous donner une leçon.

 

Si on se positionne dans une logique de pure spéculation à court terme, la question de savoir si un marché est sous-évalué ou surévalué n’est donc pas la question centrale. Ne dit on pas qu’un titre n’est jamais trop haut pour être acheter et trop bas pour être vendu ? En fait si l’on choisit la logique du court terme, la seule et unique question à se poser est de savoir où se situe l’opinion majoritaire des investisseurs au moment où l’on achète un titre. Après tout, sur un marché, seule l’opinion générale, le « consensus de place », compte. En effet, si vous achetez un titre considéré comme sous-évalué, dans le fonds vous avez raison, mais si personne n’en veut, vous ne serez pas plus avancé dans votre projet de faire fortune rapidement. En revanche, si vous achetez un titre surévalué qui a bonne presse, alors vos chances de faire une plus-value seront augmentées surtout si vous avez la chance de l’acheter juste avant les autres. Mais, comme on l’a vu précédemment, ce genre de stratégie mène immanquablement à la ruine. Inversement, si vous vous positionnez dans une logique de moyen-long terme, alors il vaut mieux fuir les stars de la cote et vous intéresser justement aux titres délaissés et surtout sous-évalués.

 

Lors de la constitution de la bulle internet, dans la pratique, de nombreux « investisseurs » achetaient des titres sans même s’intéresser à sa situation économique. Ils achetaient des titres internet parce que c’était la mode d’acheter des titres internet. La valeur des titres dépendit donc de l’engouement du public. Cet effet de mode provoqua une fièvre acheteuse qui, peu à peu, déboucha sur une crainte des joueurs d’acheter des titres le lendemain à des prix supérieurs à ceux d’aujourd’hui ; si bien qu’à force de monter, les prix atteignirent un niveau sans rapport avec les logiques habituellement utilisées pour la valorisation des actifs. Cette décorrélation entre les prix et les fondamentaux économiques fut l’un des facteurs à l’origine de la bulle internet, et la peur des joueurs « de ne pas en être », l’alimenta.

 

- Efficience des marchés

 

Suivant la théorie de l’efficience des marchés qui suppose que tout individu est rationnel et égal face à l’information, les prix d’un marché ne sont que la représentation d’un équilibre entre partisans d’une future hausse, les acheteurs, et les partisans d’une future baisse, les vendeurs. De ce fait, quelles que soient les motivations au moment même où une transaction est conclue, tout le monde a trouvé son intérêt en pensant que le prix est le « bon prix » ou le « juste prix ». Cette théorie est contestable car d’une part,, comme je le développerais plus loin, nous n’avons pas vraiment un comportement rationnels, et d’autre part, nous ne sommes pas égaux face à l’information.

 

En temps normal, les prix d’un marché reflètent seulement les probabilités d’évènements futurs. Autrement dit, les marchés financiers sont des marchés d’anticipation ; mais dès lors que l’on sort de cette logique, les modèles classiques deviennent inappropriés. D’ailleurs, on voit ici toute la limite de ce modèle puisque personne n’est en mesure d’évaluer avec certitude le futur. Quant bien même quelqu’un le pourrait, alors c’est l’essence même des marchés financiers et, donc, leurs existences qui seraient contestées. Qui aurait encore intérêt à vendre ou acheter un titre en sachant pertinemment que le cours actuel va monter ou descendre ? Les acheteurs et les vendeurs reporteraient continuellement leurs décisions. De ce fait, l’une des raisons d’être des marchés financiers se justifie à cause de l’incertitude. Si tel n’étais pas le cas, alors les marchés financiers disparaîtraient.

 

- Les experts

 

Malgré ce constat d’une grande simplicité, les banques n’ont cessé de s’étoffer pour s’attacher les services d’experts se vantant de défricher l’avenir. Je suis d’ailleurs perplexe face à toute la débauche d'énergie et d’argent consentie par les banques pour défricher le futur. D’ailleurs le problème des rémunérations mirobolantes n’est pas l’apanage des grandes banques d’affaires (cf. les multiples scandales des rémunérations des PDG). Toutes ces professions visent à déterminer la voie la plus probable en étayant leurs rapports, histoire de faire sérieux et compétent, de toutes sortes de graphiques, de tableaux et de discours en se référant à des théories économiques démontées depuis longtemps. Tout leur procédé opérationnel n'est que du vent. Quand au responsable du service, il n’est rien d’autre qu’un chef d'orchestre dirigeant une équipe de virtuoses dans les instruments à vent. Toutes ces professions d'analystes, de chartistes, de stratèges sont, pour moi, à peine plus respectables que celle d’astrologue.

 

Outre le problème des conflits d’intérêts entre les commerciaux et les traders, aucun de ces présumés spécialistes n’ont démontré leurs capacités réelles à décrypter l’avenir. Pire, les nombreuses affaires, telle la désormais célèbre mais fumeuse affaire Enron, qui ont émaillé la chute des marchés au cours de l’année 2002 ont jeté le discrédit sur l’honnêteté de ces services. Vous n’avez peut être jamais eu l’occasion de lire la fameuse tirade de Goldman Sachs publiée le 9 octobre 2001 à propos d’Enron :

 

« Nous estimons que la période actuelle offre une opportunité extrêmement rare d'acheter les actions d'une entreprise qui demeure extrêmementbien positionnée pour croître à un rythme substantiel ... Nous sommes convaincus que les rumeurs négatives autour de l'entreprise sont fausses, non fondées sur des éléments concrets (...) Nous estimons que les cours actuels intègrent les pires craintes des investisseurs (...) Dans le passé, la discipline financière n'était pas la priorité essentielle de l'entreprise qui a dépensé ce qu'il fallait pour construire sa position sur le marché. Il apparaît aujourd'hui que cette discipline financière s'est singulièrement améliorée (...) »

 

Le 2 décembre 2001, Enron se déclara en faillite ! Le titre Enron tomba en chute libre de 90 à 1 dollar. Plus de 4000 salariés furent aussitôt licenciés. Ils ne perdirent pas seulement leur travail mais aussi, pour beaucoup d’entre eux, l’essentiel de leur capital retraite qui avait été investi sur des parts de l’entreprise. Ce qui était alors la septième capitalisation américaine dégageait alors un chiffre d’affaire de 100 milliards de dollars. L’enquête a montré que derrière ce chiffre mirifique, il se cachait un mensonge énorme masqué par 3 000 sociétés écrans. L’enquête a également montré que beaucoup de monde sur la place savaient que cette société était une bombe à retardement : outre Andersen Consulting la société chargé d’auditer les comptes, il y avait les banques d’affaires Citigroup, JP Morgan, Deutsche Bank, Barclays, Merryl Lynch. Quand à Goldman Sachs, cette banque avait un intérêt particulier à magnifier le joyau Enron : elle participait à toutes les opérations financières d’Enron et de ses innombrables filiales dont les très rentables émissions de titres obligataires. Bref l’armée d’analystes était en situation de conflits d’intérêts. Depuis les autorités financières ont cru bon d’élever la « Muraille de Chine » entre les analystes et les salles de marché. Désormais ils n’ont plus le droit de siéger dans les mêmes bâtiments. Tout le monde aura compris que cette disposition est une coquille vide et que les banques continuent à émettre des analyses en fonction de leurs propres intérêts.

 

Malgré l’épisode malheureux d’Enron, les professions d’analystes continuent d’avoir bonne presse auprès des médias et du grand public. Pour les médias qui ont besoin de vendre leurs papiers, ça permet de remplir leurs feuilles de choux de quelques lignes supplémentaires ; quand au grand public, il est toujours friand de connaître la météo des marchés. En se présentant comme "spécialistes" ou comme "experts", cela donne aux analystes un blanc-seing pour raconter tout et son contraire. Pourtant leurs sciences n'a absolument rien de scientifique ! Le pire est que tout ces gens ont reçu les enseignements hérités de Descartes. Ils savent pertinemment qu'un marché n'existe qu'en raison de l'incertitude qui l'entoure. Et pourtant ils continuent à débiter inlassablement, tels les charlatans dans les foires ou les diseurs de bonnes aventures sur la place du village, leurs inepties sans même se préoccuper du ridicule. Louvoyant tantôt entre le blanc et le noir en fonction de leurs humeurs et de la manière dont ils ont ressenti et interprété la dernière nouvelle. La lecture de leurs avis suite à la publication du dernier chiffre sur l’évolution du chômage, de la croissance économique, de l’inflation ou autres choses, constitue toujours un grand moment d’hilarité. Quand à leurs commentaires sur la dernière intervention de Greenspan, qui n’a cessé de clamer durant tout son mandat : « si vous avez compris quelques choses à mon discours, c’est que je me suis mal exprimé », provoquent toujours chez moi quelques remarques caustiques sur le bienfondé de leurs démonstrations. Mais comment faire autrement que réagir par l’humour face à de telles manifestations de mauvaises fois ?

 

Je ne sais plus qui a dit : « un expert est avant tout un homme qui se trompe avec autorité ». D’une manière générale, notre société est régie par l’expertise. Plus personne ne veut prendre de responsabilité sans avoir reçue au préalable le sceau bienveillant d’un expert lui garantissant une éventuelle couverture en cas de problème. D’ailleurs, quel que soit le domaine d’activité, nulle décision ne peut être prise sans l’aval d’un expert, ou d’un collège d’expert. Les experts sont les oracles des temps modernes. Les grands prêtres de la pythie de Delphes doivent être verts de jalousie face aux pouvoirs extralucides des experts économiques. Dans nul autre domaine que l’économie on peut trouver une telle concentration d’experts. Mais si l’économie recèle la crème des experts, à la Bourse on y trouve la crème de la crème.  

 

Les experts boursiers ont pris la mauvaise habitude de se sentir obligés de trouver immédiatement une explication à tout évènement même lorsque parfois il n’en existe pas. Ils se doivent d’avoir réponse à tout. Après tout ils sont rémunérés pour donner leur avis. Alors, pourquoi se gêneraient-ils ? Peu importe s’ils doivent dire le contraire de ce qu’ils avaient dit la veille puisqu’il n’y a pas de honte à se tromper surtout si la communauté financière oublie aussi rapidement le dernier bulletin que le menu du repas de la veille. Nulle part ailleurs qu’en finance on peut trouver une telle capacité d’oubli et donc, de pardon. Les experts bénéficient de l’éphémère mémoire financière pour conserver leurs pouvoirs et leur auras sur leurs auditoires. A leurs heures de gloires, les experts sont parfois portés aux nues, mais lors de débâcles financières, ils ne sont jamais portés aux gémonies. Au plus fort de l’affaire Enron, je n’ai pas entendu dire que les analystes de Goldman Sachs avaient souffert de la vindicte populaire. Je suis même sûr qu’ils ont, à la fin de l’année, été particulièrement bien récompensés pour leur travail par un généreux bonus. Pourtant, dans d’autres domaines, les experts défaillants subissent le discrédit et la honte éternelle.

 

Peu importe que l’expert doive renier ses convictions profondes puisqu’il est convenu et, semble t-il, lui-même convaincu que le marché à toujours raison. Voici le genre de raisonnement que l’on peut entendre de leurs bouches : « Pourquoi le Dow Jones est-il à son plus haut niveau historique alors que dans le même temps l’immobilier, l’un des pilier de la croissance économique aux Etats-Unis s’effondre ? Si l’économie ralentie, la FED va devoir baisser ses taux. Or une baisse des taux est une bonne nouvelle pour les actions ! » Pour le plaisir je vous en mets une autre du même acabit : « Pourquoi le CAC 40 monte t-il alors que l’US dollar baisse ? Si le dollar baisse, les entreprises américaines vont pouvoir davantage exporter, donc c’est bon pour les actions américaines. Or ce qui est positif pour les actions Américaines sera aussi positif pour les actions Françaises ». Il faut vraiment rien comprendre aux mécanismes économiques pour accepter ce genre d’intervention. Et pourtant les journaux sont truffés par ces inepties. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples.

 

Je me suis souvent fait la réflexion suivante. Si tous ces experts en lecture du futur étaient aussi doués qu’ils le prétendent, pourquoi ont-il besoin de l’argent des autres pour faire fortune ? Après tout, s’ils étaient logiques avec eux-mêmes, tous ces spécialistes auraient dû appliquer leurs principes à leurs propres portefeuilles et ainsi placer leurs argents afin de gagner à tous les coups. Ils devraient tous être millionnaires ; mais je vais vous donner un scoop et surtout ne le répétait pas : même si la plupart d’entre eux sont bien rémunérés, tous souffrent de la comparaison avec les fortunes des « self-made men » de la net économie.

 

Les experts financiers n’ont pas le monopole de la bêtise. La bêtise des experts est universelle et intemporelle. Je ne vais pas ici vous reprendre l’exemple des experts qui nous expliquaient doctement l’impossibilité du franchissement de nos frontières par le nuage contaminé de Tchernobyl. Je préfère plutôt vous citer quelques exemples devenus célèbres notamment à cause de l’identité de l’expert (exemples trouvés sur le blog de Marc Aragon) :

 

« Tant de siècles après la Création, il est improbable que quiconque trouve dans l'Océan, des terres de la moindre valeur dans cette direction » - Comité d'évaluation du projet de Christophe Colomb pour Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, 1490.

« L'idée que le Soleil puisse être au centre et non pas tourner autour de la terre est farfelue, absurde, fausse et hérétique » - Extrait du jugement de l'Inquisition contre Galilée, 1632.

« La circulation du sang est paradoxale, inutile à la Médecine, fausse, impossible, inintelligible, absurde et nuisible à la vie de l'Homme » - Guy Papin, doyen de la Faculté de Médecine, 1628 objectant contre la théorie émise par William Harvey.

« Un bateau propulsé par l'arrière à l'aide d'un moteur serait impossible à diriger » - Sir Symonds, Ingénieur en chef de la Royal Navy, 1837.

« Personne ne paiera jamais pour se rendre de Berlin à Postdam en une heure alors qu'on peut faire le trajet en moins d'un jour à cheval » - Guillaume de Prusse, s'exprimant au sujet des trains, 1864.

« Nul ne peut faire voler des machines plus lourdes que l'air » - Lord Kelvin, Président de la Royal Society, 1895.

« Les avions sont des gadgets amusants mais sans aucun intérêt militaire » - Maréchal Foch, 1911.

« Si l'Europe perdait ses colonies, la dépression économique et sociale qui en résulterait la ramènerait plusieurs siècles en arrière et provoquerait la paralysie de sa civilisation » - Albert Serraut, Président du Conseil, 1931.

« Nous n'avons aucune raison de penser que l'énergie nucléaire devienne un jour accessible. Cela supposerait que l'atome puisse être brisé à volonté ! » - Albert Einstein, 1932.

« L'énergie nucléaire pourrait être aussi efficace que nos explosifs actuels, mais il est peu vraisemblable qu'elle puisse produire une arme plus dangereuse » - Winston Churchill, 1939.

« Il y a un marché mondial d'environ cinq ordinateurs » - Thomas Watson, président d'IBM, 1958.

 

Aujourd’hui, nous avons beau jeu de sourire à ces assertions en dehors du contexte de l’époque. Mais sommes-nous si sûr que nous n’aurions pas parlé ou agi autrement en l’état des connaissances au moment des faits ?  

Publié dans Mémoire

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