Vendredi 23 novembre 2007
L'année dernière, un économiste de Washington, Thomas Palley, a écrit : "Imprimer un billet de 100$ ne coûte presque rien au gouvernement américain, mais les étrangers doivent donner plus de 100$ de leurs propres ressources pour obtenir ce billet. C'est un joli profit pour les contribuables américains."

Ces profits, que l'on peut qualifier de tribut impérial, versés en matière premières de toutes sortes ou en produits manufacturés ont grimpé en flèche depuis que Nixon alors président des Etats Unis a décidé unilatéralement de recevoir quoi que ce soit en échange d'un bout de papier. Désormais, le monde doit se contenter du dollar. Le seul hic est que l'ar.naque ne peut durer indéfiniment.

Il y a quelques jours, Bloomberg annonçait : " le déficit extérieur des Etats Unis s'est réduit de façon tout à fait inattendue en septembre parce que les consommateurs étrangers se sont jetés sur les produits américains compensant ainsi la crise du logement qui ne cesse d'amplifier et entame sérieusement la confiance des consomamteurs américains. Les exportations ont atteint des niveaux record pour chacun des sept derniers mois ce qui pourrait contribuer à expliquer le fait que l'administration Bush a suggéré qu'il ne fallait pas s'inquiéter de la chute du dollar. Bien qu'il ait été constamment en baisse ces cinq dernières années, sauf une, le gouvernement continue de clamer son engagement pour un dollar fort."

Ce que Bloomberg oublie de parler, c'est de l'augmentation en parallèle du prix des importations américaines. Elles augmentent beaucoup plus que l'inflation (9.2% vs 5.2% en octobre). La hausse du prix du pétrole est en partie responsable de cette augmentation. La théorie du Peak Oil commence à faire les gros titres dans les médias. Mais si une nation est inquiète de voir un jour prochain ses puits à sec, comme ce fut le cas au Texas dans les années 1970, n'est-il pas logique qu'elle souhaite en obtenir le prix maximum au moemnt même où le dolalr perd de sa valeur.

Les pays exportateurs de matières premières et de produits manufacturés sont farcies de dollars. Tout le monde se pose la question : "qu'est ce qu'ils vont faire de tous ces dollars?". Dès 1965, Charles de Gaulle avait posé le problème en ces termes : "On peut se demander jusqu'où irait le trouble si les Etats qui détiennent des dolalrs en venaient, tôt ou tard, à vouloir les convertir en or ? Etant donné la secousse universelle qu'une crise survenant dans ce domaine entraînerait probablement, nous avons en effet toutes raisons de souhaiter que soient pris, à temps, les moyens de l'éviter." mais le moyen choisit par Washington en aout 1971 d'abroger le droit de tous les autres Etats d'échanger leurs dollars contre de l'or n'a fait qu'encourager la création de dollar.

La stratégie de Nixon a entrainé une crise de confiance d'une telle ampleur à la fin des années 1970 que le prix de l'or a dépassé les 850$ l'once. Il a fallu des taux d'intérêts à deux chiffres pour renfluoer le dollar et restaurer la confiance que le monde avait mis dans les promesses sur la valeur du papier américain.

En fait, il apparait que la véritable crise résultant du système qui a autorisé les Etats Unis à imprimer indéfinement et à foison une devise que personne ne peut vraiment refuser a été retardée. Vu l'évolution du billet vert, il se peut que nous assistions actuelleemnt à la dernière phase de la domination du roi dollar.

Si les fonds souverains ne peuvent pas se rabattre sur la Fed pour échanger leurs obligations libéllés en USD, il se peut qu'ils les échangent contre autres choses. Si la Chine ou les pays exportateurs de pétrole ne peuvent acheter les fleurons du S&P à cause de loi établissant de fait des batrières douanières, il est fort à parier que les fonds souverains vont tout simplement échanger leurs dollars contre toutes sortes de matières premières et des denrées alimentaires, bref contre tout ce qui a une valeur réelle. Il pourait aussi se contenter d'acheter de l'or. Après tout "c'est la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence", comme l'a dit De Gaulle.

Au fait, De Gaulle a également affirmé qu'une crise amenée par une ruée vers la sortie du dollar pourrait mener le monde à sa perte. En 1980, ce fut moins une. Et aujourd'hui, quelle heure est-il?

Par Dicarno
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Lundi 19 novembre 2007
Chapitre 2 : L’hémorragie
(De septembre 2000 à septembre 2001)
 
 
 
Profitant sans doute de la chance du débutant, je n’avais pas vraiment été affecté par le krach des valeurs de la nouvelle économie de mars 2000. Cependant, si j’étais parvenu à éviter cet écueil, ce n’est pas pour autant que j’avais compris l’enchainement des évènements qui se profilait. Comment en aurait-il pu être autrement puisque je ne m’y étais pas préparé ? J’étais un peu à l’image du Coyote, le personnage de dessin animé qui est toujours en train de courir derrière Bip-Bip. Je ne concevais même pas qu’il puisse y avoir un problème à l’issue de la ligne droite. Je ne voyais pas le précipice vers lequel je me dirigeais inexorablement. Je courrais, de préférence la tête baissée pour avoir l’air d’un coureur, sans vraiment réfléchir. Plus on va vite et plus le champ de vision se rétrécit. Il s’agit d’un phénomène physique. Dans cette course effrénée vers la fortune, je fonçais à vive allure et avant de me rendre compte que j’avais basculé dans le vide, j’ai continué à tourner les jambes. En fait, lorsque le sol s’est dérobé sous mes pieds j’ai fait comme si de rien n’étais. Pendant un certain temps, j’ai nié l’évidence, j’ai refusé d’admettre que je m’étais trompé, que je m’étais fourvoyé. Malgré le « soft landing », le fameux atterrissage en douceur promis par l’industrie financière relayé par les médias, je n’avais pas prévu de parachute. J’étais lamentablement tombé dans le « bull trap ». Le crash était imminent. Il y eut bien quelques branches dépassant le long de la falaise sur lesquelles j’aurais pu essayer de m’accrocher, mais enfermé dans mes idées fixes de hausses éternelles, je fus incapable de les attraper au vol. J’avais choisi de ne pas perdre la face et, finalement, de me suicider financièrement.
 
Comme je l’ai indiqué précédemment, j’étais obnubilée, obsédé par l’idée fallacieuse de faire rapidement fortune sans effort. Même si, comme la très grande majorité du troupeau de moutons prêt à se faire tondre, je ne connaissais pratiquement rien à la finance, j’avais décidé de suivre le mouvement. Les marchés financiers ont toujours été réputés être le lieu où l’on pouvait le plus certainement et le plus rapidement gagner de l’argent. Evidemment, il s’agit également du lieu ou l’on pouvait aussi le plus certainement et le plus rapidement perdre de l’argent, mais lorsque j’y suis allé, je n’imaginais pas une seconde ce deuxième cas de figure. Toute mon énergie, toutes mes pensées étaient mobilisées pour atteindre ce but. J’étais devenu totalement dépendant de cette lubie. J’y pensais toute la journée et j’en rêvais la nuit. Cela dura quelques semaines. Petit à petit, par un processus que je ne saurais expliquer, il émergea dans mon esprit l’idée saugrenue de réaliser le Coup, c'est-à-dire le gros coup qui devait permettre d’établir auprès du petit monde qui m’entoure une réputation de petit génie de la finance. C’est peut être est-ce suite à la lecture d’« Aztèques et Incas, grandeur et décadence de deux empires fabuleux » de William H. Prescott, que cette idée a muri dans mon esprit car finalement, elle s’apparente à la stratégie de Cortez qui fit couler ses navires après avoir accosté sur les côtes du Mexique afin de ne laisser aucune autre alternative à ses associés que de vaincre ou mourir.
 
Autant vous dire tout de suite que cette stratégie binaire de jouer son avenir à pile ou face n’est pas la plus recommandée pour réussir dans la vie. Parfois cette stratégie fonctionne. Je me souviens de l’histoire d’un pari fou réalisé par un anglais. De mémoire, cette histoire s’est déroulée en 2004-2005. Sur un coup de tête, l’anglais en question avait décidé de vendre sa maison et de miser la totalité du produit de la vente sur le rouge ou le noir sur l’une des tables de jeu de l’un des casinos de Las Vegas. Il a parié des années d’économie qui, concrètement, représente des milliers d’heures de travail, sur un simple coup du sort résultant entièrement du hasard. J’imagine le stress de cet individu au moment où le croupier a tourné la roue puis lancé la boule. Il ne devait pas en mener bien large surtout que sa femme à côté de lui n’était pas du tout au courant de ce qui se tramait. Heureusement pour lui, l’histoire c’est bien terminé. Il a joué, il a gagné, il s’en est allé malgré la sollicitation du croupier. Si l’on veut faire fortune, il est certes nécessaire de prendre des risques, mais autant faire en sortes qu’ils soient calculés et maitrisés. Il faut laisser le minimum de place au hasard. A défaut de calcul et de maitrise, le minimum requis exige de connaître au moins les risques encourus lorsque l’on s’engage dans une affaire. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi et de partir avec aucun atout dans son jeu.
 
D’une manière générale, il vaut mieux éviter de trop défier la chance, car tôt ou tard, elle sera immanquablement plus forte que vous. Evidemment, certains vont me rétorquer que la chance sourit aux audacieux. Il arrive comme on vient de le voir, que la chance soit au rendez-vous, mais généralement à ceux là je leur réponds : « pourquoi est ce que les audacieux ne jouent-ils pas toutes les semaines leur salaire au loto ? ». Après tout ce jeu n’est rien d’autre qu’une option exotique avec un énorme effet de levier de type tout ou rien dans laquelle l’audacieux a quasiment toutes les chances de perdre et l’émetteur, l’Etat, a absolument toutes les chances de gagner. Excepté s’il est illuminé ou très pauvre, l’audacieux sait pertinemment qu’il ne peut raisonnablement et continuellement compter sur le hasard pour améliorer son sort. En fait, c’est bien parce qu’il sent que la dissymétrie des chances de gains entre lui et l’émetteur est très en faveur du second nommé qu’il consent, malgré tout, à abandonner quelques pièces comme on le fait pour une assurance pour le « juste au cas où » ou le « dès fois que ça arrive ». D’ailleurs le slogan de la société gérant les paris est tout à fait explicite pour aider les audacieux à ne pas céder au découragement : « et si c’était votre tour ? ». Cette formule appuie directement sur la corde de la peur de passer à côté de la chance d’une vie pour fidéliser la clientèle. Les médias ont beaucoup gloussé sur ce groupe de parieurs belges qui avait cru le temps d’un soir gagner le pactole au jeu Euromillions. Cependant l’une des personnes chargée par le groupe de s’occuper de la validation des tickets avait omis, faute de collecte de fonds suffisant, de jouer la combinaison qui se révéla gagnante. Cette histoire fut une bénédiction pour la société qui gère les paris. Régulièrement dans les diners en ville, quelqu’un entretient la flamme en croyant intelligent et drôle de ressortir cette anecdote.
 
En Septembre 2000, exactement comme ce fut le cas au début de l’année, c’est la fleur au fusil et avec une connaissance limitée des risques que je prenais que je suis naïvement parti à l’assaut des marchés. La valorisation du portefeuille était à peine supérieure à 22 000 euros (7 000 euros en espèces et 15 000 euros en titres). En passant les ordres, je n’ai pas manifesté le moindre soupçon de nervosité. L’habitude de passer des ordres m’avait peu à peu ôté l’appréhension de commettre une bêtise. J’en étais au stade où l’accomplissement de l’acte du passage d’ordres ne m’excitait plus vraiment. C’était devenu une banalité. Pourtant quelques minutes auparavant, j’avais subi une crise de fièvre acheteuse. Il faut bien dissocier le besoin, le désir, l’envi d’accomplir quelques choses et le fait d’accomplir l’acte en lui même. Comme tout le monde, la plupart du temps, je réprime, je refoule mes desiderata, mais parfois, je craque. Ce que j’ai vécu fut exactement identique à ce qu’éprouve toute personne souffrant d’une addiction. Il y a des tas de gens qui souhaitent arrêter de fumer ou de boire. Pendant quelques jours, quelques semaines, quelques mois ils résistent ; mais un jour, pour une raison ou pour une autre, certains cèdent. Une chose est certaine. Au moment où j’ai pianoté sur le clavier pour passer les ordres, j’étais dans le même état d’esprit que celui que l’on a lorsque l’on achète une plaquette de beurre. Je disposais du libre-arbitre. J’étais pleinement conscient de ce que je faisais et je le fis avec trivialité. C’est donc avec un certain relâchement d’esprit que j’ai pris l’une des décisions les plus importantes de ma vie.
 
Même si au cours de l’été 2000 j’étais resté plus ou moins passif pendant quelques semaines, tout à coup à la rentrée, j’ai senti un besoin incompressible d’acheter des titres. Ce fut comme une démangeaison. Il me fallait acheter des titres. C’était plus fort que moi. J’ai commencé à me torturer l’esprit. Je ne voulais plus rester les bras croisés et de voir les plus-values passées sous mon nez. Dans mon esprit, il était évident que plus je tardais à acheter et plus c’était des plus-values potentielles qui s’envolaient. D’ailleurs je pensais avoir assez attendu. Je fus donc subitement pris par une furieuse envie d’acheter. Pourtant, l’acte d’acheter des titres avec effet de levier n’est pas anodin. Mais comme je l’ai dit plus haut, lorsque j’ai acheté, j’étais particulièrement détendu, serein, froid, satisfait de moi-même. Apparemment, il semble que le fait de ne guère ressentir d’émotion aux moments les plus importants de sa vie est partagé par nombre de mes semblables. Un ami, commercial financier dans une banque de réseau, m’a souvent fait part de son étonnement de voir des gens signer des documents pour un emprunt immobilier sans les lire et avec une désinvolture trahissant une certaine insouciance. Pourtant ces personnes viennent de s’engager à rembourser des emprunts de plusieurs centaines de milliers d’euros à taux variable (au moment où les taux montent, dois-je préciser) sur plusieurs décennies. Un autre ami, agent immobilier celui là, m’a lui aussi souvent affirmé qu’en moyenne les gens consacraient moins de temps pour l’achat d’un bien immobilier qu’un téléviseur à écran plat !
 
Jusque là j’avais toujours considéré la rentrée et a fortiori le mois de septembre comme étant le début d’un nouveau cycle. Notre société, du moins dans l’hémisphère nord, est d’ailleurs organisée de telle sorte que le mois de septembre constitue le réel début de l’année. Mais, en fait, c’est complètement faux puisque la fin de l’été marque justement le début de la dégénérescence de la nature. Est-ce un hasard si les krachs se produisent souvent en octobre ? Est-ce le résultat du fait que pendant la soudure jusqu’à la moisson l’ensemble des prix ont tendance à s’apprécier ? Est-ce le fait que la plupart des agriculteurs du middle west américain soient obligés d’emprunter pour financer les moissons ? Cela reste à vérifier. Toujours est-il qu’au début du mois de septembre 2000, j’ai cru que l’on était au seuil d’un nouveau cycle vertueux.
 
Il y a des jours où l’on ferait mieux de rester couché ou d’aller à la pêche. C’est donc dans un état de fièvre acheteuse que le lundi 4 octobre 2000 je me suis rendu sur mon lieu de travail dans le XVIème arrondissement de Paris. J’ai ouvert l’ordinateur puis je me suis connecté sur le site internet hébergeant mon compte-titre. Utilisant le maximum de capacité d’effet de levier sur les espèces  conféré par le SRD, j’ai acheté 200 titres Alcatel à 90 euros, 120 titres France Telecom à 150 euros et 300 actions ST Microelectronic à 68 euros. L’engagement total était légèrement supérieur à 56 000 euros. J’étais donc emprunteur net d’environ 34 000 euros ! Pour beaucoup de boursicoteurs cette somme peut paraître dérisoire, pourtant, au regard du salaire réuni de ma compagne et du mien par rapport à nos dépenses courantes, cela représentait ni plus ni moins deux années d’économies. Sans même vraiment en parler à ma compagne, j’avais décidé de risquer sur l’autel de la spéculation boursière et de mon phantasme de faire fortune sans travailler deux années de travail chacun. Suite à cet achat, j’étais béat. Je me sentis particulièrement léger et pour cause puisque la décision de passer à l’acte avait été prise avec légèreté. J’étais malgré tout fier de moi. Le soir, comme nombre de ceux qui se passe la corde au cou après avoir reçu l’aval de leurs banquiers pour le déblocage de fonds, j’ai amené ma compagne dans un restaurant chic pour fêter l’évènement. On a débouché le Champagne. J’étais certain que l’avenir serait radieux.
 
Je dois bien avouer que cette décision que je pensais alors être mûrement réfléchie de risquer des années d’économies fut particulièrement égoïste de ma part. Ma compagne ne m’avait rien demandé et malgré elle, parce que je jouais à partir d’un compte joint, je l’ai froidement impliqué dans cette triste histoire. Même si je n’en avais pas conscience au moment des faits, nous étions tous les deux, mutuellement, responsables des actes de l’autre. Et à ce titre, nous nous devions d’être solidaires devant la Loi en cas de perte. Je n’avais pas le droit de jouer avec le rapport temps-travail de ma compagne. L’argent dégageait par sa force de travail lui appartenait de plein droit. Depuis, avec du recul, j’ai toujours considéré qu’en jouant son argent, je n’avais rien fait d’autre que de lui voler son argent. Pour réparer ma faute, j’ai mis un point d’honneur à lui rembourser jusqu’au dernier centime, intérêts et inflation inclus, « l’emprunt » que j’ai contracté auprès d’elle. Aujourd’hui encore, même si en tant qu’infirmière, elle gagne beaucoup moins que moi, je continue à faire en sorte d’équilibrer nos comptes pour la remercier d’une part de m’avoir fait confiance et, d’autre part, de ne pas m’avoir laissé tomber au moment le plus sombre de ma vie.
 
Tous les titres que j’avais achetés étaient ou avaient été les stars de la cote de Paris. Certains, comme Alcatel ou ST Microelectronics était au sommet de leur gloire, tandis que d’autres, comme France Telecom était déjà descendu de son piédestal. Comme je l’ai affirmé précédemment, j’avais acheté ses titres suite à un raisonnement sur les fournisseurs de matériels lors des grands rushs. Le problème fut que j’avais fait ce raisonnement après les autres. Bref, au moment même où j’ai acheté ces titres, le marché s’est retourné. Cela peut vous paraître incroyable, mais j’ai massivement acheté le jour où le CAC 40 a atteint son sommet à 6 944.77 points ! J’étais tellement persuadé que le CAC irait au moins jusqu’à 9000 qu’il ne m’était même pas venu à l’idée d’effectuer des achats progressifs afin d’accompagner la tendance. Lorsque j’ai effectué mon achat j’avais pour objectif de vendre Alcatel à 120 euros, France Telecom à 200 euros et ST Microelectronics à 90 euros.
 
Aujourd’hui, je n’investis jamais sur un titre d’un coup d’un seul. La bourse n’est pas un supermarché. Il ne s’agit pas de faire un achat compulsif comme lorsque l’on passe dans le rayon biscuiterie-friandise mais d’un achat réfléchi qui peut avoir des conséquences néfastes. De ce fait, je préfère y aller progressivement, par à coup, afin de jauger le comportement du titre puisque je ne suis jamais à l’abri d’une erreur de jugement. Par contre je ne mégote pas sur le prix. Aussi bien à l’achat qu’à la vente, par rapacité, je me suis trop souvent fait avoir pour quelques centimes, c’est pourquoi, je préfère passer des ordres au prix de marché. Par ailleurs, je n’investis jamais les lundis. Ce n’est pas par superstition ni en commémoration de ce jour funeste où j’ai commencé à creuser ma tombe financière, c’est juste parce que j’ai constaté qu’historiquement, les krachs avaient tendance à se produire des Lundis. D’une manière générale, les gens connaissent le fameux jeudi noir du 24 octobre 1929 (-2,1% en fin de journée sur le Dow Jones malgré une pointe à -22,6%) ; mais la plupart d’entre eux n’ont jamais entendu parler du lundi 28 octobre 1929 (baisse de -13% sur le Dow Jones) ni du lundi 19 octobre 1987 (baisse de 22,6%), ni même du lundi 13 mars 2000.
 
Le lundi 4 septembre 2000 n’a pas constitué un krach épique comme ceux cités précédemment. Le CAC 40 clôtura à 6 922.33 points. Pourtant cette date marque le début du retournement du marché. Il est devenu bearish pour les deux ans et demi qui ont suivi. Entre le point haut en clôture du 4 septembre 2000 à 6 922.33 points et le point bas en clôture du 12 mars 2003 à 2 403.04 points, le CAC 40 a perdu 65.30 % de sa valeur ! Nous avons assisté à un véritable krach  Le graphique ci-dessous est éloquent :
 
CAC40.gif  

Au cours du mois de septembre 2000, le CAC 40 perdit légèrement moins de 10 %. Les bears se passionnèrent pour le débat de savoir si nous allons vivre un « hard landing » ou un « soft landing ». Il faut bien noter que pour les bears, que ce soit brutal ou non, dans les deux cas il était question d’un atterrissage. Quant aux bulls, dont je faisais partie, la question était de savoir si nous étions en train de vivre une « saine correction » nécessaire pour atteindre les sommets. Dans les journaux, il y avait à boire et à manger pour tout le monde, mais comme je l’ai déjà mentionné seuls les articles se référant à la hausse éternelle m’intéressaient. Puis, au mois d’octobre, le CAC 40 est reparti à la hausse ce qui a pu laisser croire aux investisseurs les moins avertis, tel que moi, que nous venions juste de vivre une « saine correction ». Entre le 11 octobre et le 31 octobre, le CAC 40 regagna plus de 400 points.
 
Le vendredi 22 septembre 2000 au soir, j’ai pris mes premiers congés payés. J’ai quitté mon bureau à 9 heures du soir afin de liquider toutes les affaires courantes et de partir l’esprit tranquille. Dans l’après-midi, le frère du patron m’avait alpagué dans un couloir pour me demander de renoncer à mes vacances. Je lui ai répondu qu’il m’était impossible d’annuler mes vacances parce que ma compagne et moi nous avions pris toutes nos dispositions pour nous rendre 15 jours en Egypte. D’ailleurs je lui ai fait remarquer que son frère avait signé mon bon de sortie et qu’il n’était pas très correct de m’informer la veille du départ que finalement il me conseillait de ne pas partir. De plus, pendant la conversation, il ne lui était pas venu un instant à l’idée de me proposer une compensation financière histoire de me dédommager de la déception de ne pas aller voir les pyramides. Evidemment pour quelqu’un qui passait une semaine par mois au Maroc, ce genre de considération lui passait au-dessus de la tête. Sans doute estimait-il que j’étais bien rémunéré et que j’étais corvéable à merci.
 
Il faut dire que l’affaire de mes vacances avait préoccupé la direction de la société dès le mois de juin 2000. En effet, mon responsable direct ayant été muté dans un autre service, je me suis retrouvé à prendre, du fait de mon ancienneté et de mon expérience excédant à peine les six mois, la tête du service. A l’époque, j’occupais un poste de back-office dans une société de gestion de fortune, où si vous préférez, j’étais grouillot au service de deux gérants de fortune. La société en question, M****** Capital Management comptait une dizaine de personne : la directrice et sa secrétaire, les deux gérants susmentionnés, une DRH et sa secrétaire, un informaticien et une stagiaire, et deux back-office. La société faisait partie du groupe M******. Le groupe comptait une autre entité M****** Capital Market. Au grand dam de La COB (aujourd’hui l’AMF), les deux sociétés vivaient sous le même toit. Au cours du printemps 2000, la direction décida de monter une troisième entité pour capter la clientèle internet.
 
Bénéficiant d’une opportunité, la personne qui m’avait recruté et qui était mon responsable hiérarchique, fut affectée en avril 2000 au service de gestion des risques qui était rattaché à M****** Capital Market. Du coup, il fut urgent de recruter une nouvelle personne au back-office. Il trouva rapidement quelqu’un pour le remplacer. Cette personne était compétente mais au retour du congé maternité de la directrice, elle fut impitoyablement congédiée à l’issue de sa période d’essai. Cette personne avait juste eu le défaut de ne pas plaire à la directrice ! Passablement irrité, mon ancien responsable fut à nouveau parachuté au back office en attendant l’arrivée d’un nouveau collaborateur. A la différence de la première fois, je fus associé au recrutement. Un jour nous avons reçu une candidate d’origine nord-africaine. Elle était tout à fait taillée pour le poste. Cependant à l’issue de l’entretien, le frère du patron, rôdant dans les couloirs, a croisé cette candidate. Furieux, il a déboulé dans notre bureau et nous a pris à parti pour avoir accueilli quelqu’un qui ne correspondait pas à l’image qu’attendait ses clients. Le message était clair. Je venais d’être confronté à une discrimination à l’embauche. Même si j’ai trouvé méprisable ce discours sortant de la bouche d’un juif séfarade défiscalisant une partie des bénéfices de la société au profit d’une synagogue, j’ai lâchement acquiesçait puis j’ai téléphoné au candidat suivant.
 
Il se trouva que le candidat suivant fut retenu. La directrice et le frère du patron étaient ravis de sa présence. Mon ancien responsable retourna à la gestion des risques et je fus promu, officieusement, après six mois d’ancienneté et d’expérience, responsable du back office. Nous étions au mois de juin 2000. Tout naturellement, j’ai commencé à songer à poser mes vacances. Le mois de septembre me semblait tout désigné puisque cela me donnait le temps de former le nouveau collaborateur. Cependant, à la fin juillet, ce dernier m’annonça, tout penaud, que ce travail ne lui plaisait pas vraiment et qu’il comptait démissionner. Après avoir alerté ma hiérarchie, j’ai immédiatement lancé les recherches pour le remplacer. On a rapidement trouvé quelqu’un. En fait, une middle office de M****** Capital Market avait accosté une jeune fille dans le métro ou le RER qui avait déclaré avoir le rêve de travailler dans un back office. Avouez que c’est la perle rare puisqu’en principe, personne ne rêve de faire un travail de grouillot. Nous avons donc proposé un travail de back office à l’ambitieuse mais cette dernière était disponible seulement à partir de la fin septembre. Mon projet égyptien sentait de plus en plus le roussi. 
 
Face à mon désarroi, la directrice eu une brillante idée qui se révéla être un désastre. Elle décida de muter temporairement l’une des middle offices de M****** Capital Market et de faire revenir mon ancien responsable. Ni l’un, ni l’autre fut spécialement ravi de faire les bouches trous de services. C’est donc en traînant des pieds, voire en venant à reculons, que la middle office accepta que je lui dispense une formation expresse. Depuis le début, il était évident que cette solution était bancale et donc forcément voué à l’échec. Ce n’est qu’avec du recul que j’en ai vraiment pris conscience, la seule solution viable aurait été que la direction annule purement et simplement mes vacances. Cependant, comme je l’ai dit, ce n’est que la veille de mon départ, entre deux portes, qu’il m’a été suggéré de ne pas partir. Ainsi, lorsque je suis revenu au bureau le lundi 9 octobre 2000, la direction me convoqua pour me signifier conformément au droit du travail, une mise à pied conservatoire qui ne constitue rien d’autre que l’antichambre du licenciement. On m’a reproché toute une série de fautes toutes plus ou moins tirées par les cheveux. J’imagine que sous la pression de la direction, mon ancien responsable a monté un dossier pour me virer.
 
Après consultation d’un avocat, et vu mon ancienneté dans l’entreprise, j’ai jugé financièrement inintéressant de donner suite à cette histoire. Il n’empêche, j’ai gardé un fort ressentiment contre cette entreprise et notamment contre le frère du patron et la directrice. Je suis encore aujourd’hui traumatisé par cet évènement. Je crois qu’il m’a marqué à vie. A chaque fois que je pose un congé, ne serait-ce qu’une journée, je manifeste une petite appréhension de ne pas retrouver mon siège à mon retour. Même si je fais le nécessaire pour que cela ne se reproduise pas, je ne pars jamais vraiment l’esprit tranquille, et je ne reviens jamais vraiment l’esprit serein. Un licenciement pour faute grave fait particulièrement mal pour son égo. Je puis vous dire que l’on se sent vraiment diminué, humilié. Mais finalement, tout bien considéré, cet évènement fut une bénédiction. Bien que je disposais d’un contrat à durée indéterminé, qui au passage dans une société comme M****** Capital Management n’avait pas grande valeur, j’aurais sûrement posé ma démission dans le semestre ou l’année qui a suivi. Je me voyais mal me lier à une entreprise où je n’étais pas très bien payé et pour laquelle mon avenir aurait forcément été très rapidement limité. Par ailleurs, en me faisant virer, j’ai reçu le solde pour tout compte qui m’a été fort utile comme nous allons le voir.
 
En prévision de la liquidation du règlement mensuel qui s’est déroulée à la clôture du 22 septembre 2000, j’ai vendu à 178 euros mes 70 titres Highwave Optical que j’avais acheté à 85 euros en juillet. Le produit de la vente, soit environ 12 500 euros, a permis de régler la facture du roulement des positions. Alcatel valait, 70 euros, France Telecom 115 euros et ST Microelectronics 59 euros. Je devais 10 500 euros plus les frais de report-déport. Je venais donc de perdre en une vingtaine de jours plus de 10 000 euros sans compter la dépréciation du titre Highwave Optical. Au soir du 22 septembre, mon compte titre était créditeur d’environ 9500 euros soit juste assez pour couvrir le ratio de mes positions d’achat à découvert. Pour accepter de tout vendre à ce moment, il aurait fallu admettre que je m’étais trompé, mais j’ai refusé d’avouer que je pouvais faire fausse route. En fait, je n’étais pas encore prêt à conclure cette expérience. Ce n’était pas encore assez douloureux. C’est donc en jusqu’au-boutiste que je me suis fermement tenu, contre vents et marées, au ridicule mais rassurant adage : « pas vendu, pas perdu ». J’ai malheureusement conservé cette attitude d’autiste jusqu’au naufrage final. La seule chose positive lors de cette journée du 22 septembre fut la vente des 70 Highwave Optical. Heureusement que je n’ai pas conservé cette valeur en portefeuille car, dans les mois qui ont suivi, elle est descendue jusqu’en enfer.
 
Au commencement du mois d’octobre 2000, j’étais vraiment dans le pétrin. J’étais endetté à hauteur de 24 000 euros et je venais de perdre mon emploi. Cette situation était plutôt inconfortable. J’eu vraiment l’impression d’incarner la cigale de la fable de La Fontaine, vous savez celle qui a chanté tout l’été et se trouva fort dépourvu l’hiver venu. J’étais à poil mais j’étais malgré tout optimiste sur l’avenir. Pour paraphraser Winston Churchill, « j’avais perdu une bataille mais pas la guerre ». J’étais intimement persuadé que j’allais me refaire. Pour moi, c’était juste une question de temps. J’ai été élevé pour faire face à l’adversité en toute circonstance. Ce n’était donc pas le moment de flancher, alors, je n’allais pas me démonter pour si peu. Même si je tentais de me donner de la prestance et de la consistance, entre nous, je n’en menais pas large. J’avais reçu un terrible coup de massue derrière les oreilles. Malgré ça, mes certitudes n’ont pas volé en éclats. Il aurait peut être mieux valu. Quoi que, je n’aurai sans doute jamais fait tout ce travail sur moi-même et votre serviteur n’aurait jamais eu besoin de tout vous raconter. Bref, j’étais plus que jamais hypnotisé par le miroir aux alouettes d’un CAC 40 à 9000 points.
 
Le 25 septembre 2000, le Service à Règlement Différé (SRD) remplaça le Règlement Mensuel (RM). Désormais le portage n’était plus gratuit. Au cours de la deuxième quinzaine du mois d’octobre, le CAC 40 est reparti à la hausse,  ce qui a pu laisser croire aux investisseurs les moins avertis que la correction était finie. Entre le 11 octobre et le 31 octobre, le CAC 40 regagna plus de 400 points. Voici des commentaires de professionnels de la finance, publié sur Boursorama, sur France Telecom et Alcatel :
 
France Telecom, le 19 octobre 2000 :
 
"Les opérateurs télécoms européens en général, et France Telecom en particulier, sont sous-valorisés. Le potentiel de hausse à moyen terme peut atteindre 30% pour certains d’entre eux. Les valorisations dépendent toutefois beaucoup des perspectives de développement de l'Internet mobile. Or, pour ce type de services, nous ne disposerons pas d'éléments tangibles sur le potentiel de ce marché avant 18 mois. Pour France Telecom, l'expérience actuelle du Wap peut s’apparenter à un banc d'essai permettant de valider des concepts en vue du prochain marché UMTS. Même constat pour le GPRS pour lequel la croissance du nombre d'abonnés risque de prendre du temps. Aussi, le cours de l’action France Telecom pourrait manquer d’orientation au cours de ces prochains mois d'incertitudes. Notre objectif à six mois reste toutefois fixé à 130 euros."
Joël Raffin-Peyloz
KBC Securities
 
Alcatel, le 26 octobre 2000
 
"L'action vient de subir le contre coup des déboires du canadien Nortel, dont la croissance des ventes de réseaux optiques (+90% au troisième trimestre) a été jugée décevante. Cette réaction me semble largement injustifiée. Tout d'abord, la filiale réseaux optiques du groupe français, Alcatel Optronics, ne représente que 10% de sa capitalisation boursière. Surtout, les perspectives d'Alcatel Optronics ne sont absolument pas remises en cause : la société, qui a été la première à développer les composants pour câbles sous-marins dispose d'un avantage technologique pour le passage au terrestre. La grande aventure de l'optique est loin d'être terminée : sur les trois prochaines années, ce marché devrait croître de 45% par an. Au total, la chute de l'action Alcatel présente à mon sens une excellente occasion pour rentrer sur le titre, pour lequel je vise un objectif de 100 euros à court terme."
André Chassagnol
International Capital Bourse
 
Voici quelle fut l'une des analyses des résultats d’Alcatel, le 1er novembre 2000 :
 
« Les cassandres avaient tort. Les déboires des concurrents Nortel et Lucent ces dernières semaines ne présageaient en rien des performances d'Alcatel. C'est par un concert de louanges qu'une communauté financière soulagée a accueilli la publication, hier, des comptes trimestriels du groupe français.

Une batterie de chiffres rassurants. Le net redressement - le bénéfice opérationnel a plus que doublé, à 619 millions d'euros - a dépassé les prévisions les plus optimistes. Serein, le groupe a surtout revu à la hausse ses perspectives : la croissance du chiffre d'affaires devrait cette année dépasser les 35 % initialement attendus. En 2001, la progression de l'activité "sera supérieure à celle du marché", soit un minimum de 25%, assure Serge Tchuruk.

Sur des marchés en plein essor, Alcatel compte en effet tirer son épingle du jeu. Ses atouts ? Une position très forte dans les commutateurs, un secteur en déclin qui constitue toutefois une vache à lait considérable. De quoi financer les frais de recherche et développement des technologies de demain. Les positions du groupe sont aujourd'hui solides et diversifiées : leader mondial de l'ADSL et des réseaux optiques sous-marins, le groupe vise également la première place du marché émergent de la boucle locale radio large bande (LMDS). Dans l'internet mobile, Alcatel a des ambitions plus modérées : le groupe vise 12 à 15% du marché des réseaux de troisième génération (UMTS), largement occupé par les Nokia et autres Ericsson.

Mutation accomplie. Au fil des mois, Alcatel a donc pris sa revanche. Il y a 5 ans encore, les observateurs ne donnaient pas cher de la peau du groupe, véritable conglomérat touchant aussi bien à la presse qu'à l'équipement électrique. A coup de cessions d'actifs non stratégiques et d'acquisitions en série (l'américain Newbridge, racheté 7,1 milliards de dollars, ayant été la plus spectaculaire), Alcatel a fait sa mue. Aujourd'hui, le groupe est redéployé géographiquement, notamment vers le marché américain (20% de son activité, au lieu de 8% en 1995). Surtout, Alcatel est recentré à quasiment 100% sur les télécommunications. Quasiment ? Il lui reste en effet à se défaire de son activité câbles de cuivre, baptisé Nexans. La branche devait être introduite en Bourse d'ici à la fin de l'année, mais "les conditions de marché nous freinent dans notre élan", a indiqué hier Serge Tchuruk. Elle sera introduite l'année prochaine, ou vendue si l'occasion se présente d'ici là.

Heurs et malheurs de l'action. Parallèlement, la rentabilité du groupe a tracé sa route. La marge opérationnelle - 4,7% en 1998, 5,5% en 1999 et 7,8% au dernier trimestre - se situe toutefois loin des 12% en moyenne affiché par les leaders. Résultat : l'action Alcatel se paye 3 fois son chiffre d'affaires 2000, au lieu de 6 à 8 fois pour Cisco, Ericsson ou Lucent.

A cette décote de l'action s'ajoute une volatilité importante ces dernières semaines. L'exemple le plus éloquent aura été fourni par la séance d'hier. Le titre a figuré en forte hausse jusqu'en début d'après-midi, puis s'est brusquement retourné. Une folle rumeur courrait sur le marché : Alcatel aurait "manipulé" ses comptes trimestriels. Le spectre de la journée noire de septembre 1998 - l'action avait plongé de 38% en une seule séance après des résultats (très) décevants - semblait planer irrationnellement. Le marché a joué à se faire peur mais la spéculation a fait long feu : le titre a conclu en hausse (+1,3%). »

 

focus-boursorama@finance-net.fr
Par Dicarno - Publié dans : Mémoire
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Jeudi 25 octobre 2007

Les marchés ont souvent tendance à réagir rapidement à la publication d'un chiffre ou d'une statistique. Pourtant, prendre un chiffre brut, cela ne signifie pas grand chose. Il est nécessaire de le replacer dans son contexte. Voici un exemple concret où un chiffre semble, a priori, avoir l'apparence d'une bonne nouvelle mais qui, après analyse, se révèle être beaucoup moins bon.

article paru dans les Echos du 25 octobre 2007.

"L'économie japonaise menacée par le trou d'air américain."

Il y a deux façons opposées de lire les statistiques sur le commerce extérieur japonais publiées hier. Malheureusement, la plus enthousiaste n'est probablement pas la plus réaliste. Si l'on se focalise sur l'excédent comemrcial du mois de septembre, il y acerte de quoi se réjouir pour l'Archipel. Celui-ci a augmenté de 62.7% par rapport à septembre 2006 (...), un chiffre nettement au-dessus des prévisions des économistes.

Mais un fort excédent comemrcial peut avoir deux types d'explications : il traduit soit de vigoureuses exportations, soit un tassement des importations. Dans le cas présent, ce sont surtout les importations qui fléchissent. Pour la première fois depuis plus de trois ans, elles ont décéléré en en septembre (-3.2%). Les achats de pétrole brut, notamment ont fléchi de 12.4% sur un an, ce qui est symptomatique d'une baisse de la demande intérieure.

Déjà hésitante, la consommation des ménages japonais ne donne d'ailleurs pas de signes réellement encourageants. Après une contre performance de l'économie au cours du deuxième trimestre 2007 - la croissance ne fut que de 0.1% - le Japon aurait bien besoin d'un sursaut interne pour rééquilibrer une expansion économique tirée quasi exclusivement par les exportations. or ce besoin se fait de plus en plus présent si l'on en croit les chiffres des exportations d'hier.

C'est l'autre mauvaise nouvelle qui se cache derrière le boom de l'excédent comemrcial : en réalité les exportations, même si' elles continuent de croître, le font à un rythme particulièrement lent - du jamais vu depuis deux ans. Or l'analyse des destinations des exportations est très claire : le poste Etas-Unis baisse de 9.2%, la plus forte décélération depuis quatre ans. La crise des subprimes s'exporte au Japon via la chute des commandes des équipements de cosntruction. Et même si les autres destinations semblent encore solides, on peut s'interroger : dans quelle proportion la demande chinoise, par exemple, risque t-elle de diminuer elle aussi à la suite de la baisse des commadnes américaines ?

L'excédent comerrcial du Japon traduit donc paradoxalement le caractère critique d'une économie incapable d'enclencher son moteur interne et qui voit celui de l'extérieur traverser un trou d'air.

Par Dicarno - Publié dans : Articles de presse
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Jeudi 25 octobre 2007

Nul besoin d'entrer dans de grandes considérations macro-économique, un simple calcul de bon sens suffit pour se rendre compte que l'augmentation de la mase monétaire va atteindre des sommets et être la source de grands désordres économiques.

Prenons l'exemple de l'US Dollar (j'aurai très bien pu prendre l'euro puisque ça ne change rien à l'affaire). Admettons que le taux de croissance de la masse monétaire (M3) reste constant à 10% et prenons une base 100. Concrêtement cela signifie quoi ?

Au bout de 7 ans la masse monétaire va doubler (= 100*ln(2)/10)
Au bout de 11 ans la masse monétaire va tripler (=100*ln(3)/10)
Au bout de 14 ans la masse monétaire va quadrupler (=100*ln(4)/10)

etc.

Qu'est ce que l'on constate ? Primo, le temps de doublement de la masse monétaire a tendance à racourcir de plus en plus rapidement. Secundo, à chaque fois que la masse monétaire double, cela implique une création monétaire aussi importante que tout ce qui avait été jusqu'alors créé.

On s'aperçoit donc que d'une simple inflation de la masse monétaire, la croissance de la masse monétaire débouche inévitablement à terme, et quelque soit le taux de croissance de ladite masse monétaire, sur un phénomène d'emballement et donc d'hyperinflation. Ce phénomène est le lot commun des monnaies-papiers. De l'Assignats de la Révolution Française aux Zlotys polonais, toutes expériences de monnaies-papiers a toujours fini de la même manière.

Pour information, je rappel que la Fed ne publie plus l'agrégat M3 depuis mars 2006. Depuis quelques années déjà, cet agrégat augmentait tous les ans de plus de 10%.

Nous avons tous entendu que la crise du crédit de l'été 2007 était la conséquence d'une surabondance de monnaie. Les causes faisant les mêmes effets, si le taux de croissance de la masse monétaire de l'USD, qui est, je le rappelle, la monnaie de réserve internationale et la monnaie par laquelle s'effectue la majorité des échanges internationnaux, ne faiblit pas, alors nous courrons à une catastrophe monétaire INTERNATIONALE.

Par Dicarno - Publié dans : Banque centrale
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Vendredi 19 octobre 2007
Le SEBC est composé de le Banque Centrale Européenne (BCE) qui prend les décisions de politique monétaire et les Banques Centrales Nationales (BCN) des pays de la zone euro qui assurent la mise en œuvre de ladite politique monétaire. L’indépendance du SBEC est un principe de base en vue de la réalisation de l’objectif qui lui a été assigné. En principe nul gouvernement ou institution communautaire n’a le droit de s’immiscer dans l’orientation de la politique monétaire menée par le SEBC.
 
1. Les objectifs et les missions du SEBC

L’objectif principal fixé au SEBC dans le Traité d’Union Européenne est de maintenir la stabilité des prix. De ce fait, la stratégie monétaire est strictement axée sur la stabilité des prix. Cependant, dans le Traité, rien n’est dit sur les moyens d’y parvenir. Toutefois, il a été convenu que le SBEC est chargé des missions suivantes :
 
- définir et mettre en œuvre la politique monétaire de la communautés
- conduire les opérations de change
- détenir et gérer les réserves officielles de change des Etats membres
- promouvoir le bon fonctionnement des systèmes de paiement
 
Pour parvenir à maintenir la stabilité des prix, le SBEC s’appuie à la fois de manière prédominante sur un objectif quantifié de l’agrégat monétaire M3 (qui comprend : la monnaie fiduciaire en circulation, des dépôts à vue, des dépôts à terme, des titres de créances d’une durée inférieure à deux ans et des titres d’OPCVM monétaires) et sur la prise en considération de l’évolution d’une large gamme d’indicateurs économiques (tel que le salaire horaire, le prix des matières premières, les capacités de production, les taux d’intérêts à long terme, etc) et financiers (évolution des prix des actifs financiers tant sur le marché obligataire que sur le marché des actions).
 
Les décisions de la BCE ne sont donc pas prises uniquement et systématiquement en fonction de l’évolution de M3. En effet, le Conseil des Gouverneurs est également attentif à l’évolution des indicateurs économiques et financiers de la zone euro.
  
2. Les instruments de la politique monétaire du SEBC

Pour réaliser l’objectif de stabilité monétaire qui lui a été assigné, le SBEC dispose de trois grandes catégories d’instruments :
 
- les facilités permanentes
- les opérations d’open market
- les réserves obligatoires
 
2.1 Les facilités permanentes
 
Les facilités permanentes permettent :
 
- de gérer la liquidité au jour le jour
- d’encadrer les taux au jour le jour
- de fournir accessoirement des signaux sur l’orientation de la politique monétaire
 
La SEBC dispose de deux facilités permanentes, d’échéance à 24 heures, qui sont accessibles à l’initiative des intervenants :

- La facilité de prêt marginal permet aux établissements financiers d’obtenir auprès des Banque Centrales Nationales, des liquidités au jour le jour, contre des garanties éligibles (des titres). Le taux d’intérêt de la facilité de prêt marginal constitue normalement le plafond du taux du marché au jour le jour (le JJ).
 
- La facilité de dépôt permet aux établissements financiers de déposer quotidiennement les liquidités non placées auprès des BCN. Le taux d’intérêt de la facilité de dépôt est normalement le plancher du taux du marché au jour le jour. 
 
Le taux du JJ se situe donc entre le taux de prêt marginal et le taux du dépôt.
 
2.2 L’open market
 
Les opérations d’open market sont utilisées par le SEBC :
 
- comme instrument de pilotage des taux d’intérêts
- pour gérer le niveau des liquidités en circulation sur le marché
- pour fournir aux acteurs du marché des signaux sur l’orientation de la politique monétaire
 
Pour mener ses opérations d’open market, le SBEC dispose d’instruments pour ajouter ou retirer de la liquidité au marché : les pensions et les prêts garantis, les opérations fermes, les swap de change, les émissions de certificats de dettes et les reprises de liquidités en blanc ou collecte de dépôts à terme fixe.
 
Les opérations du SBEC peuvent être regroupées en 4 grandes catégories :

2.2.1. Les opérations principales de refinancement à court terme (le « REFI »)
 
Elles prennent la forme de prises en pensions ou de prêts garantis aux banques. Elles ont pour but d’injecter de la liquidité au marché en re-finançant les prêts effectués par les banques. La fréquence de ces opérations est hebdomadaire et leur échéance est de deux semaines.
 
Pour exécuter ces opérations, les BCN procèdent à des appels d’offres auprès des établissements de crédits habilités à y répondre. Le taux de ces opérations, appelé le « taux de refi » est rapidement devenu l’un des taux directeurs de la BCE, aux côtés des deux taux de facilités permanentes.
 
La BCE est susceptible de modifier le taux de « REFI » tous les mardis. C’est ce taux auquel les médias font régulièrement référence lorsqu’ils dissertent sur les intentions de la BCE de baisser ou monter les taux d’un quart ou d’un demi-point.
 
Le taux de « REFI » est le taux minimum auquel une banque peut demander le refinancement de sa dette en empruntant de l’argent auprès de la BCE. Par ce biais, les établissements financiers couvrent les prêts accordés à d’autres établissements de crédits.
 
Exemple :
 
Une banque X prête à une banque Y. La banque X va demander à la BCE de lui financer ce prêt à 2 % et prêter à la banque Y à un taux plus élevé. Pourquoi la banque Y ne peut-elle s’adresser directement à la BCE ? Le montant du prêt dépend du montant mis en garantie. Plus le montant mis en garantie est important et plus le prêt accordé par la BCE est susceptible d’être élevé. De ce fait, en vertu du principe que l’on ne prête qu’aux riches, seules les banques ayant une taille et une notoriété suffisantes peuvent accéder aux opérations de « refi » et donc obtenir des facilités de crédits.
 
Pour les adjudications, le volume de liquidité est annoncé par avance tous les mardis, et les BCN les exécutent tous les mercredis sous forme d’appels d’offres en servant d’abord les intervenants proposant les taux d’emprunt les plus élevés.
 
Exemple :
 
La BCE souhaite injecter 250 millions d’euros. Une banque X demande 100 millions d’euros à 2,05% et une banque Y demande 200 millions d’euros à 2,04%. Depuis juin 2000, la BCE utilise l’adjudication à « la hollandaise » en procédant comme suit :
 
La BCE va servir en totalité la banque X puisqu’elle a proposé un taux plus élevé, soit 100 millions d’euros à 2,05%, puis la BCE va donner ce qui lui reste à la banque Y, soit 150 millions d’euros à 2,04%. Le taux le plus faible est appelé le « taux marginal ».
 
Lorsque la BCE injecte des liquidités, cela signifie qu’elle intègre des liquidités supplémentaires à celles déjà injectées. En effet, il ne faut pas oublier que toutes les semaines, les banques remboursent leurs prêts augmentés des intérêts. 
 
Exemple :
 
La BCE décide d’injecter 10 millions d’euros le 31/03. La BCE avait prêté 224 millions d’euros la semaine précédente. Quel est le montant qui sera prêter par la BCE le 31/03 ? Réponse : Le 31/03, la BCE va prêter 234 millions d’euros, soit 224 +10

2.2.2.
Les opérations de refinancement à plus long terme
 
Elles prennent également la forme de prises en pensions ou de prêts garantis aux banques. Leur fréquence est mensuelle et leur échéance est de trois mois. Ces opérations représentent une faible part des opérations de refinancement. La SBEC n’utilise pas ce type d’opérations pour fournir des signaux de sa politique monétaire au marché.

2.2.3. Les opérations de réglage fin
 
Elles sont menées pour éviter toutes conséquences néfastes sur les taux et les fluctuations imprévues de liquidités. Par définition, ces opérations n’ont pas de fréquences régulières ni de durée normalisée. Les intervenants sont contactés individuellement et directement par les BCN.
 
Les instruments utilisés sont surtout les pensions et les prêts garantis, les opérations fermes (la BCE achète ou vend des titres), les swap de change (euros contre devises) et les collectes de dépôts à terme fixe (appels d’offres ou transactions bilatérales) peuvent également être utilisées.

2.2.4 Les opérations structurelles
 
Elles servent plus à modifier la position du secteur financier vis-à-vis du SEBC, qu’à influencer le niveau des taux d’intérêts. Les instruments retenus pour ces opérations sont les pensions sous forme d’appels d’offres et les émissions de certificats de dettes pour le retrait de liquidité.
 
3. Les réserves obligatoires
 
Les établissements de crédit de la zone euros sont assujettis aux réserves obligatoires. L’objectif de constitution des réserves obligatoires est de permettre à la BCE de contrôler la masse monétaire en circulation.
 
Les réserves obligatoires sont constituées auprès des BCN. Elles sont calculées à partir des éléments du bilan et sont constituées à partir du premier mercredi suivant la réunion des gouverneurs qui a lieu tous les premiers jeudis du mois.
 
Le montant calculé restera en réserve jusqu’au prochain calcul de constitution des réserves. Cependant, le montant des réserves ne reste pas figé pendant un mois. En fait, les réserves doivent correspondre à une moyenne de 2 % des exigibilités sur un mois.
 
Les réserves sont rémunérées à un taux égal à la moyenne des taux marginaux appliqués dans le cadre des opérations principales de refinancement au cours de la période de constitution, c’est à dire sur un mois.
Par Dicarno - Publié dans : Banque centrale
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Jeudi 18 octobre 2007
Les ambiguïtés du "dollar fort" servent bien les Américains


En dépit de la baisse inexorable de leur monnaie, les Etats-Unis réaffirment régulièrement leur politique du "dollar fort", à la fois parce que les ambiguïtés de ce message servent leurs intérêts et parce qu'ils ont peu de marge de manoeuvre. En cinq ans, le dollar a perdu près d'un tiers de sa valeur par rapport à l'euro. Pourtant, le Trésor américain n'a pas dévié de son message. Juste avant le G7 Finances de vendredi, le secrétaire au Trésor Henry Paulson a redit qu'"un dollar fort est dans l'intérêt de (son) pays" mais que la valeur de la monnaie doit être fixée dans un marché compétitif, sur la base des fondamentaux économiques.

C'est la formulation officielle, que les responsables américains répètent à intervalles réguliers. Elle permet d'envoyer le message ambigu que les Etats-Unis se satisfont de la valeur du dollar tant que la dépréciation se fait de façon ordonnée. Le Fonds monétaire international (FMI) a d'ailleurs abondé dans leur sens en assurant mercredi que le billet vert restait "surévalué" par rapport aux fondamentaux. Reste que l'affaiblissement du dollar "est dans leur intérêt, mais personne ne va le reconnaître publiquement. Personne ne veut avoir l'air de dire que la faiblesse du dollar est voulue", assure John Lonski de Moody's Investors Services.

Un dollar faible permet de réduire sans douleur les énormes déséquilibres commerciaux américains, qui devraient cette année diminuer pour la première fois en six ans. Mais avec l'accélération de la dépréciation du billet vert depuis l'été, cette formulation semble de plus en plus absurde. "Je doute qu'ils vont continuer longtemps à parler d'une politique du dollar fort", estime James Dorn, vice-président chargé des affaires économiques à l'institut libéral Cato.

L'économiste souligne qu'il faut distinguer entre valeur intérieure et valeur extérieure du dollar. "La valeur intérieure est toujours assez forte, parce que nous avons une inflation faible. Mais la valeur extérieure est appelée à baisser", affirme-t-il. Il y a plusieurs raisons à cela : les déséquilibres des comptes américains, la surabondance de dollars sur les marchés... "Les investisseurs étrangers vendent du dollar pour acheter de l'euro, donc la pression à la baisse va s'accentuer" sur le billet vert, estime M. Dorn.

Cette situation fait de plus en plus grincer les dents en Europe, qui se voit pénalisée par l'appréciation de sa monnaie. Elle semble aussi commencer à inquiéter la banque centrale américaine, comme le notait le Financial Times dans un éditorial la semaine dernière. Au cours de sa dernière réunion, la Fed a souligné que "les risques d'inflation pourraient augmenter si le dollar continuait à se déprécier de façon importante". Mais les économistes jugent fort peu probable que les Américains agissent pour contrer cette faiblesse. Parce que cela les arrange bien, mais aussi parce qu'ils ont peu de moyens d'action.

"Les Etats-Unis ne peuvent pas faire grand chose. Les marchés des capitaux brassent des sommes énormes et les sommes qu'il pourraient consacrer à intervenir seraient dérisoires comparées aux flux en circulation", note M. Dorn. Reste l'arme des taux d'intérêt, qui pourraient être relevés pour rendre les actifs rémunérés en dollar plus attractifs. Mais "vu la situation de l'immobilier aux Etats-Unis, la dernière chose que veut faire la Fed est de relever ses taux", estime M. Lonski. Les Américains "préfèreraient que ce soit la banque centrale européenne qui agisse et soulage l'euro, ce qui pourrait aller jusqu'à une baisse des taux de la BCE", ajoute-t-il.

En gros, la célèbre formule lâchée en 1971 par le secrétaire du Trésor d'alors, John Connally, aux Européens inquiets des parités de changes, reste valable : le dollar est "notre monnaie, mais votre problème".

Article paru sur Boursorama le 18/10/2007
Par Dicarno - Publié dans : Articles de presse
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Mercredi 17 octobre 2007
A la Une du New York Times du 22 décembre 1913, on pouvait lire : « Le projet de Loi sur la Finance peut être adopté aujourd’hui – Les parlementaires se sont ajusté sur presque toutes les différences à 1 h 30 ce matin – Aucun Dépôt de garantie – Le Sénat cède sur ce point mais institue beaucoup d’autres changements. « Avec une rapidité sans précédent, la discussion pour ajuster les différences entre la Chambre des Députés et le Sénat sur le projet de Loi de la réforme monétaire a pratiquement abouti tôt ce matin. Samedi, les parlementaires avaient fait un peu plus que jeter les préliminaires, laissant 40 différences essentiels en suspends pour le dimanche … Aucune autre législation d’importance sera débattue cette semaine dans aucune des chambres du Congrès. Les membres des deux chambres sont déjà prêts à quitter Washington. »
 
Le New York Time parle d’une rapidité sans précédent. Nous voyons la finesse de Paul Warbourg dans la stratégie finale. Certains des opposants les plus bruyants au projet de Loi avaient déjà quitté Washington au moment du vote. C’était une vielle pratique politique qu’une loi importante ne soit pas adoptée durant la semaine précédant Noël, mais cette tradition fut brisée afin d’imposer le Federal Reserve Act aux citoyens américains.
 
Le Times ne mentionna pas la déclaration du Député Lindbergh pour qui « cet acte établit le plus gigantesque trust sur Terre. Quand le Président signera ce projet de Loi, le gouvernement invisible du pouvoir financier sera légalisé. Le peuple ne s’en rendra pas bien compte maintenant, mais il s’en apercevra dans quelques années. Les trusts réaliseront bientôt qu’ils sont allés trop loin même pour leur propre bien. Le peuple doit faire une déclaration d’indépendance pour se délivrer eux-même du pouvoir financier. Ils pourront faire ça en prenant le contrôle du Congrès. Les Wall Streeters ne pouvaient pas nous berner si vous les Sénateurs et les Députés n’avaient pas fait du Congrès une vaste escroquerie … Le plus grand crime du Congrès est son système financier. Le pire crime législatif de tous les temps a été commis par l’adoption de ce projet de Loi de réforme monétaire. »
 
Le 23 décembre 1913, l’éditorial du New York Times fit des commentaires en opposition aux critiques du Député Lindbergh sur le projet de Loi : « Le Loi de réforme monétaire et bancaire est la meilleure et la plus aboutie de tous les temps. (…) Dans la préparation de la Loi, le Congrès a travaillé sous la supervision du public. » Apparemment, par « supervision du public », le Times parle sqns le savoir de Paul Warburg, qui depuis quelques jours avait utilisé un petit bureau au Capitol, où il travailla à faire voter la Loi, et où les Sénateurs et les Députés venaient constamment prendre ses ordres pour exécuter sa stratégie.
 
La « rapidité sans précédent » avec laquelle le Federal Reserve Act fut voté par le Congrès au cours de ce qui est connu comme « the Christmas massacre » fut l’un des aspects imprévus. Woodrow Wilson fut pris au dépourvu, comme beaucoup d’autres, alors qu’il avait été assuré que le projet de Loi ne serait pas débattu avant Noël. Il refusa de le ratifier parcequ’il constestait les dispositions pour la nomination des gouverneurs. William L. White relate dans sa biographie de Bernard Baruch que Baruch, l’un des principaux collecteurs de fonds de la campagne de Wilson, fut très surpris d’apprendre que Wilson refusait de signer le Federal Reserve Act. Il accourru à la Maison Blanche et assura Wilson que c’était un problème mineur qui pourrait être arrangé plus tard à traver les procédures adminsitratives. La chose la plus importante était la ratification immédiate du Federal Reserve Act pour qu’il devienne aussitôt force de Loi. Réconforter, Wilson ratifia le Federal Reserve Act le 23 décembre 1913. L’histoire a prouvé qu’à partir de ce jour, la Constitution cessa d’être la garantie de l’exercice du pouvoir par le peuple Américain, et nos libertés furent accaparées par un petit groupe de la finance internationale.
 
Le 23 décembre 1913, le New York Times afficha en lettre capitalee à la Une : « WILSON RATIFIE LA LOI MONETAIRE ! » En dessous, toujours en lettre capitale, il y avait deux manchettes : « LA PROSPERITE POUR ETRE LIBRE » et « AIDERA TOUTES LES CLASSES ». Qui pouvait objecter qu’une loi n’était pas faite pour le bénéfice de tous ?  Le Times décrivit l’atmosphère festive autour de Wilson pendant qu’il signait cette Loi. Le Times était réjouit par « L’esprit de Noël qui émanait de cette assemblée ».
 
Dans sa biographie de Carter Glass, Rixey Smith déclare que les personnes présentes lors de la signature de l’acte étaient le Vice-Présidant Marshall, le secrétaire d’Etat bryan, le Sénateur Owen, le Secrétaire d’Etat McAdoo, le porte-parole du gouvernement Champ Clark et d’autres officiels du Trésor. Aucun des véritables auteurs de la Loi, les ébaucheurs de Jekyll island, ne furent présents. Ils s’étaient eux-mêmes prudemment retirés de la scène de leur victoire. Rixey Smith a aussi écrit : « c’était comme si Noël arriva deux jours plus tôt ». Le 24 décembre 1913, Jacob Schiff écrivit au Colonel House : « Mon cher Colonel House, je veux vous dire un mot sur le travail discret, mais o combien précieux, que vous avez effectué dans l’intérêt de la réforme monétaire et je vous félicite que le projet soit en fin de compte décrêté comme Loi ».
 
Le député Moore du Kansas, commentant le vote de l’acte, déclara à la Chambre des Représentants : « Le Président des Etats-Unis détient maintenant le pouvoir absolu sur toutes les finances du pays. Il désigne un comité de surveillance de sept hommes qui, tous, sont issus de son parti politique, même si c’est une minorité. Le Secrétaire du Trésor peut intervenir à tout moment dès qu’il y a une différence d’opinion entre lui-même et le conseil des gouverneurs de la Réserve Fédérale. Un seul membre du conseil peut passer outre l’avis du Secrétaire du Trésor, il s’agit du Président lorsqu’il fait partie du conseil. »
 
La durée du mandat de 10 ans des membres du conseil des gouverneurs de la Réserve Fédérale fut allongée, par le Banking Act de 1935, à 14 ans ; ce qui signifia que ces gouverneurs des finances de la nation, bien qu’ils ne soient pas élus par le peuple, pouvaient rester en poste plus longtemps que trois présidents. Alors que le Colonel House, Jacob Schiff et Paul Warburg se gloussaient du travail bien fait, les autres acteurs du drame eurent, plus tard, quelques remords. Woodrow Wilson écrivit en 1916 : « notre système de crédit est concentré dans le système des Réserves fédérales. Le développement de la nation, et donc de nos activités économiques et financières, sont dans les mains de quelques hommes.[1] »
 
Quand il répondit à la question de Clarence W. Barron s’il approuvait le projet de Loi tel qu’il fut finallement voté, Warburg fit la remarque suivante : « Il n’y avait pas exactement tout ce que nous voulions, mais il sera toujours possible d’ajuster plus tard la Loi par des procédures administratives. »
 
Pour de nombreux historiens, Woodrow Wilson a joué un rôle important dans le vote de l’Act, mais parmi toutes les personnes concernées par le projet, Wilson fut l’un des moins actifs. George Creel, un ancient correspondent à Washington, a écrit dans Harper’s Weekly du 26 juin 1915 : « Pour la parti démocrate, Woodrow Wilson était sous influence, sauf pour pour ceux qui le soutiennent. C’était Bryan qui domina le Congrès sur les questions des lois sur les taxes, sur les péages du canal de Panama, et sur la réforme monétaire. » Plus tard, Mr. Bryan a écrit : « l’une des choses que je regrette durant ma carrière politique fut le travail que j’ai accompli pour assurer le vote du Federal Reserve Act. »
 
Le 25 décembre 1913, le journal La Nation montra que : « le marché action de New York a commencé à monter fermement suivant la rumeur que le Sénat était prêt à voter le Federal Reserve Act. » Ca contredit l’affirmation que le Federal Reserve Act était un projet de réforme monétaire. Le New York Stock Exchange est générallement considéré comme un baromètre précis de la veritable signification de chaque legislation financière votée à Washington. Le Sénateur Aldrich a aussi montré qu’il n’avait pas eu beaucoup d’attermoiement vis-à-vis du Federal Reserve Act. Dans un magazine qui lui appartenait, et qu’il appela The Independent, il écrivit en juillet 1914 : « Avant le vote de cet Loi, les banquiers New Yorkais pouvaient seulement dominer les réserves de New York. Maintenant, nous sommes en mesure de dominer toutes les réserves du pays. »
 
H.W. Loucks a dénoncé le Federal Reserve Act dans “ La Grande Conspiration de la Maison Morgan“ : « Dans la Loi sur les Réserves Fédérales, ils ont arraché au peuple et se sont accaparés pour eux-mêmes le pouvoir constitutionnel d’émettre la monnaie et, en conséquence, de réguler la valeur. » A la page 31, Loucks écrit : « la Maison Morgan possède désormais le contrôle suprême de notre industrie, de notre commerce et des afafire spolitiques. Ils ont un total contrôle sur les parts démocrate, républicains et Progressiste. L’extraordianire propagande actuelle pour la préparation militaire est davantage plannifiée pour desraisons qui leurs sont propres plutôt que pour la défense contre une agression étrangère.[2] »
 
La signature du Federal Reserve Act par Woodrow Wilson a représenté le point culminant de la complicité avec ses amis intimes, le Colonel House et Paul Warburg. Une des personnes avec qui le Colonel house a fait connaissance dans l’Administration Wilson fut Franklin D. Roosevelt, l’assistant du Secrétaire de la Marine. Dès qu’il remporta les primaires du parti démocrate lors de l’élection présidentielle de 1932, Franklin D. Roosevelt fit un pèlerinage à la Maison de House à Magnolia dans le Massachusset. Roosevelt, après le hiatus des républicains des années 1920, mit en oeuvre les desseins socialistes de Philipp Dru, Administrateur[3], que Wilson fut incapable d’accomplir, tel que le programme de sécurité sociale, les taxes sur les profits et le développement des impôts progressif sur le revenu.
 
Le biographe de House, Charles Seymour, a écrit : « il était épuisé par les sollicitations des partis politiques et les rendez-vous. Même le parti qu’il a pris dans l’évolution de la législation (le Federal Reserve Act, la révision des taxes douanières et les amendements sur les impôts sur le revenu) ne le satisfaisait pas. Au commencement de l’année 1914, il consacra de plus en plus de temps à ce qu’il considérait comme la forme la plus noble de la politique et pour laquelle il était particulièrement fait : les affaires internationales.[4] »
 
En 1938, peu de temps avant sa mort, House confia à Charles Seymour : « durant les quinze dernières années, j’ai été proche du centre des décisions, bien que peu de gens le savent. Aucun étranger d’importance n’est venu aux Etats-Unis sans me parler. Roosevelt m’a donné libre cours pour le conseiller. Tous les ambassadeurs venaient fréquemment me solliciter. »
 
Une comparaison du Federal Reserve Act de 1913 voté par la Chambre des Représentants et celui modifié par le Sénat montre des différences frappantes. L’article : « Pour suspendre les responsables des Réserves Fédérales pour faute grave, il faut le lui déclarer par écrit et lui donner l’opportunité de se défendre lors d’une audience ; cela exige le dépôt d’une plainte officielle par écrit pour incompétence, abandon des responsabilités, fraude ou dissimulation ; tel dépôt doit être sujet à l’approbation du président des Etats-Unis. », fut changé par le Sénat en : « Pour suspendre ou renvoyer tout cadre ou directeur des Réserves Fédérales, la cause de l’expulsion devra être communiquée immédiatement par écrit par la direction des Réserves Fédérales. » Ca altère complètement les conditions dans lesquelles un cadre ou un directeur pourrait être renvoyé. Nous ne savons plus quelles peuvent être les conditions ou les causes des renvoies. Apparemment l’incompétence, l’abandon des responsabilités, la fraude ou la dissimulation ne sont pas un problème à la direction des Réserves Fédérales. Aussi, les personnes renvoyées n’ont pas la possibilité de faire appel auprès du Président. En réponse à une question écrite, l’assistant du Secrétaire de la direction des Réserves Fédérales a répondu que seul un cadre a été renvoyé en 36 ans.
 
Le système des Réserves Fédérales a commancé ses opérations en 1914 avec la mise en place du Comité d’Organisation dont les membres furent nommés par Woodrow Wilson. Il était composé du Secrétaire du Trésor William McAdoo qui était le gendre de Wilson, du Secrétaire à l’Agriculture Houston et du Controlleur des changes John Skelton Williams. Le 6 janvier 1914, J.P. Morgan fut accueilli par le Comité d’Organisation à new York. Il les a informés qu’il ne devrait pas y avoir plus de 7 districts régionals dans le nouveau système. Le Comité devait sélectionner les emplacements des Réserves. Ils étaient habilités à sélectionner huit des douzes Réserves, bien que J.P. Morgan leur avaient dit qu’il ne devrait pas en sélectionner plus de quatre. Le choix de la localisation des sites des Réserves a fait l’objet de nombreuses tractations politiques, puisque les douze villes choisies deviendraient de fait d’importants centres de la finance. New York, fit bien sûr l’unanimité. Richmond fut le choix suivant à cause de Carter Glass et Woodrow Wilson, les deux Virginiens qui avaient apporté le soutien politique pour le Federal Reserve Act. Les autres choix du Comité furent Bosto,, Philadelphie, Cleveland, Chicago, St Louis, Atlanta, Dallas, Minneapolis, Kansas City et San Francisco. La conséquence de ce choix fut que toutes ces villes sont devenues depuis d’importants centres financiers.
 
Cependant, au regard de la domination de la Réserve Fédérale de New York, les petites batailles locales font pales figures. Ferdinand Lundberg a montré, dans “America’s Sixty Families”, que : « En pratique, la Réserve Fédérale de New York est devenu la tête pensante du système des 12 banques régioanles parce que New York était La place financière de la nation. Les 11 autres banques étaient autant de mausolées cherement érigés pour sauvegarder la fierté locale et soulager les craintes jacksoniennes de l’Amérique profonde. Benjamin Strong, le president de Bankers Trust (J.P. Morgan) devint le premier gouverneur de la Réserve Fédérale de New York. Rompu à la haute finance, Strong manipulait, depuis de nombreuses années, le système monétaire du pays. Sous Strong, le système des reserves entretint des relations très étroites avec la Banque d’Angleterre et la Banque de France. Benjamin Strong resta à la tête de la Réserve Fédérale de New York jusqu’à sa mort soudaine, en 1928, durant l’enquête du Congrès sur la rencontre secrète entre les gouverneurs des Réserves Fédérales et les gouverneurs des banques centrales européennes qui amena la Grande Dépression de 1929-1931. [5]»
 
Strong avait été marrié à la fille du president de Bankers Trust, ce qui l’amena directement à participer aux intrigues qui jouent un rôle important dans le monde de la haute finance. Il fut aussi un membre du groupe de Jekyll Island, ce qui le qualifia pour prendre la tête du système des Réserves Fédérales en tant que gouvernenur de la Réserve Fédérale de New York qui dominait l’ensemble du système.
 
Paul Warburg aussi est mentionné dans le dernier volume de J. Laurence Laughlin, "The Federal Reserve Act, origines et objectifs" : « Mr. Paul Warburg de Kuhn, Loeb Company a offert en mars 1910 un plan remarquablement bien pensé connu sous le nom de Banque de Réserve Fédérale des Etats-Unis. Ce fut publié dans le New York Times du 24 mars 1910. le groupe intéressé par l’objectif de la Commission Nationale Monétaire s’est rencontré secrètement à Jekyll Island pendant deux semaines en décembre 1910. il s’est concentré sur la préparation d’un projet de loi devant être présenté au Congrès par la Commission Nationale Monétaire. Les homems présents à Jekyll Island furent le Sénateur Aldrich, H. P. Davison de J.P. Morgan Company, Paul Warburg de Kuhn, Loeb Company, Frank Vanderlip de la National City Bank, et Charles D. Norton de First National Bank. Nul doûte que le maitre à penser de ce groupe fut Paul Warburg, qui avait eu une formation de finance en Europe. Le Sénateur Aldrich n’était pas spécialement qualifié dans ce domaine.[6] »
 
Harold Kelloch fait référence à Paul Warburg dans un article intitulé : "Warburg the Revolutionist" paru dans le Century Magazine de mai 1915. Kelloch écrit : « Il a imposé ses idées à une nation d’une centaine de millions de personnes … Sans Mr. Warburg, il n’y aurait pas eu de Federal Reserve Act. La Maison de Courtage Warburg and Warburg à Hambourg a toujours été strictement une affaire de famille. En 1895, il se maria à la fille du dernier Solomon Loeb de Kuhn Loeb Company. Il devint membre de Kuhn Loeb Company en 1902. Le salaire de Mr. Warburg pour ses activités privées est d’environ un demi-million de dollars par an. Les motivations de Mr Warburg ont été purement celle d’une abnégation à visée personnelle. »
 
Le Federal Reserve Act ne tarda guère à décevoir beaucoup de ceux qui avaient cru en ses mérites initials. W. H. Allen a écrit dans Moody’s Magazine en 1916 : « l’objectif du Federal Reserve Act était d’emprêcher la concentration des pouvoir dans la banque de New York et devait être avantageux pour toutes les autres banques, mais depuis la prise d’effet de la Loi, il s’avère que la banque de New York a toujours été gagnante par rapport aux autres banques. Seul New York a connu une stabilisation des taux d’intérêts. Partout ailleurs, la hausse des taux d’intérêts continue. L’Acte, qui devait dépouillait Wall Street d’une partie de ses ressources utilisées pour la spéculation, a, au conraire, donné aux Bulls et aux bears un soutien tel qu’ils n’en avaient jamais eu auparavant. La vérité est que plutôt que d’avoir obstrué le flux de cash en direction de Wall Street, comme Mr Glass le clamait avec certitude, en fait il a accentué le flux déjà existant et en a créé deux autres. Le premier de ces nouveaux flux de cash vient directement de Washington et donne à Wall Street tout le surplus de cash du Trésor des Etats-Unis ; de plus, l’émission des reconnaissances de dettes fournit une inépuisable réserve d’argent frais. Le deuxième nouveaux flux de cash vient des banques centrales européennes qui achètent les reconnaissances de dettes garantis par le gouvernement des Etats-Unis. Ainsi, en vendant les reconnaissances de dettes aux banque centrales européennes, Wall Street est désormais protégé contre les demandes étrangères pour obtenir de l’or ce qui avait toujours été la source des grandes crises monétaires de notre histoire. »
 
Depuis de nombreuses années, il plane un mystère sur l’indentité des propriétaires des actions des Réserves Fédérales. Le député Wright Patman, dirigeant la critique du Système, a essayé de découvrir qui étaient les actionnaires. Le capital des douze banques composant le Système des Réserves Fédérales a été acheté par des banques nationales de ces douze régions. Comme la réserve de New York établit les taux d’intérêts et dirigent les opérations d’open market, alors elle contrôle la quantité et le prix de l’argent de tous les Etats-Unis. Ceux sont donc les actionanires de cette banque qui dirigent véritablement le Système des Banques Féderales.
 
Pour la première fois, nous pouvons révéler qui sont les actionnaires. L’auteur possède un organigramme de l’organisation des douze banques fédérales avec les noms des propriétaires pour chacun des districts. La banque de New York a émis 203 053 parts, et, comme indiqué par le controlleur de la monnaie le 19 mai 1914, les plus grandes banques de New York possèdent plus de la moitié des parts. Les Rockefeller, Kuhn et Loeb controllant la National City Bank, avec 30 000 parts, possèdent le plus grand nombre de parts. J.P. Morgan’s First National Bank possède 15 000 parts. Quand ces deux banques ont fusionné en 1955, ils disposaient d’un block d’actions représentant presque le quart du capital de la banque fédérale de New York. La Chase National Bank possède 6 000 parts. La Marine Nation Bank de Buffalo, connu plus tard comme la Marine Midland, possède également 6 000 parts. Cette banque était la propriété de la famille Schoellkopf qui controlle la Niagara Power Company et d’autres grandes entreprises. La National Bank of Commerce de New York City dispose de 21 000 parts.
 
Les actionnaires majoritaires de ces banques qui possèdent le capital de la banque fédérale de New York sont les mêmes que ceux qui dirigent notre destinée politique et économique de puis 1914. Ceux sont les Rothschilds d’Europe, les frères Lazard, les Kuhn, les Loeb, les Warburg, les frères lehman, les Goldman, les Sachs, les Rockefeller et les J.P. Morgan. Récemment, les intérêts de ces gens là ont fusionné ou se sont consolidés ce qui a accru leur domination. La National Bank of Commerce de New York City a été absorbée par Morgan Guaranty Trust Company. Lehman Brothers a fusionné avec Kuhn, Loeb Company, First National Bank a fusionné avec National City Bank. Les mêmes actionnaires possèdent indirectement ou non une partie du capital des onze autres banques de réserve. Le reste du capital est la propriété de quelques familles localement bien implantées qui possèdent ou dirigent les principales industries de ces régions. En finançant activement les campagnes électorales, ces familles pèsent sur la vie politique locale : elles nomment les candidats qui, redevables, s’opposent rarement à leurs plans.
 
Avec la création des douzes districts financiers délimitant le territoire des banques de réserves fédérales, la division traditionnelle des Etat-Unis était bouleversée. Avec la création des douzes districts, nous avons entériné l’ère du « régionalisme » qui n’a pas de lien avec les frontières traditionnelles des états.
 
Les développents qui ont suivi le vote du Federal Reserve Act ont prouvé que chacune des allégations de Thomas Jefferson qu’il a fait contre le principe d’une banque centrale en 1791 : que les souscripteurs au capital de la Federal Reserve Bank ont formé une corporation, dont le capital pouvait être et appatenait à des étrangers ; que ce capital serait transmis à une certaine lignée successorale ; qu’il serait protégé au-delà de la confiscation et de la déshérence ; qu’ils constitueraient un monopole bancaire qui aura le pouvoir de prendre des décisions. Aucune législature d’Etat ne peut annuler une décision prise par le Conseil des gouverneurs des réserves fédérales au bénéfice de ses actionnaires. Ce Conseil prend des décisions qui ont force de loi comme le niveau des taux d’intérêts (= le prix de l’argent) ou la quantité de monnaie en circulation. Tous ces pouvoirs abrogent les pouvoirs législatifs des Etats et leurs responsabilités vis-à-vis des citoyens de ces Etats.
 
Le New York Times a declaré que les banques de reserves fédérales seraient prêtes à fonctionner à partir du 1er août 1914. En fait elles commencèrent leurs opérations le 16 novembre 1914. A ce moment, la somme totale des actifs étaient de 143 000 000 de dollars provenant de la vente des parts des banques de reserves fédérales aux banques nationales qui avaient souscrit.
 
La véritable quantité de ces 143 000 000 dollars qui furent payés pour ces ventes reste enveloppée de mystères. Certain historiens pensent que les actionnaires ont seulement payé la moitié du montant en espèces ; d’autres croient qu’ils n’ont pas du tout versé d’espèces mais juste envoyé un document certifiant qu’ils étaient propriétaires des banques natioanles. Il semble plus probable qu’au commencement, les opérations de la banque centrale étaient une émission de papier contre du papier, que comptablement les entrées se composaient seulement de titres qui changeaient de mains.  
 
Les hommes qui furent choisi par le président Woodrow Wilson pour former le premier Conseil des gouverneurs des réserves fédérales étaient des hommes qui appartenaient aux milieux bancaires. Woodrow Wilson avait été nommé pour la présidence par le parti démocrate parce qu’il prétendait représenter les intérêts commun contre les intérêts particuliers. Selon Wilson lui même, il fut autorisé à choisir seulement une personne au Conseil des reserves fédérales. Les autres furent choisis par les banquiers de New York. Le choix de Wilson fut Thomas D. Jones, un
Adminsitrateur de Princeton et directeur de « International Harvester » et d’autres entreprises. Les autres membres furent Adolph C. Miller, un économiste de l’université Rockefeller de Chicago et de l’université Morgan de Harvard, qui fut aussi adjoint du Secrétaire de l’Intérieur ; Charles S. Hamlin, qui fut adjoint du Secrétaire du Trésor pendant huit ans ; F.A. Delano, un parent de Roosevelt, qui en tant qu’opérateur de marché s’était emparé d’un certain nombre de société de chemain de fer pour le compte de Kuhn, Loeb Company ; W.P.G. Harding, était le president de la First National Bank of Atlanta ; et Paul Warburg de Kuhn, Loeb Company. Selon les mémoires de colonel House, Warburg fut nommé parce que « le Président avait accepté sa suggestion de nommer Warburg à cause de son intérêt et de son expérience pour les problèmes monétaires survenus à la fois sous les administrations républicaines et démocrates.[7] » Comme Warburg, Delano, bien que citoyen américain, n’était pas né sur le sol des Etats-Unis. Frédéric Delano naquit à Hong Kong en 1863. Son père, Warren Delano, selon le docteur Josephson et d’autres autorités, fut actif à Hong Kong dans le commerce chinois de l’opium.
 
Dans “The Money Power of Europe”, Paul Emden écrit : “Les Warburgs ont acquis leur exceptionnelle richesse durant les vingt dernières années du 19ème siècle, simultanément avec la croissance de Kuhn, Loeb Company à New York, avec qui ils ont établi des unions personnels et des relations familiales. Paul Warburg, avec une magistrale réussite, a réalisé en 1913 la reorganisation du système bancaire américain. Réorganisation à laquelle il avait travaillait, avec le Sénateur Aldrich, depuis 1911. Il a ainsi contribué à renforcé considérablement la monnaie et les finances des Etats-Unis.[8] »
 
Le New York Times avait noté le 6 mai 1914 que Paul Warburg avait été « mis à la retraire » de la Kuhn, Loeb Company afin d’exercer une fonction dans le Conseil des réserves fédérales, bien qu’il n’avait pas démissioné des conseils d’administration de American Surety Company, de Baltimore and Ohio Railroad, de National Railways of Mexico, de Wells Fargo, or de Westinghouse Electric Corporation. Le "Who’s Who" l’a listé comme actionnaire principal des sociétés suivantes: American I.G. Chemical Company (branch of I.G. Farben), de Agfa Ansco Corporation, de Westinghouse Acceptance Company, de Warburg Company of Amsterdam ; mais aussi comme étant le president du Board of International Acceptance Bank et de nombreuses autres banques, de chemins de fer et de diverses compagnies. "Avec Warburg, Kuhn Loeb & Co. disposait de quatre voix, c'est-à-dire la majorité du Conseil des reserves fédérales.[9]"
 
Malgré son retrait de Kuhn, Loeb Company en mai 1914 pour servir au conseil des gouverneurs de la réserve fédérale, on demanda à Warburg d’apparaître, en juin 1914, devant une sous-commission du sénat pour répondre à une série de questions sur le rôle qu’il avait joué en coulisse sur le vote du Federal Reserve Act par le Congrès. Warburg refusa la convocation. Le 7 juillet 1914, il écrivit une lettre à G.M. Hitchcock, le president de la commission bancaire et financière du Sénat, dans laquelle il déclare que cela affaiblirai sa position dans le Conseil des gouverneurs s’il était obligé de répondre aux questions, et donc, qu’il devrait démissionner. Il a semblé que Warburg s’était preparé à bluffer la commission du Sénat pour éviter de répondre à un certain nombre de questions. Le 10 juillet 1914, le New York Times a soutenu Warburg dans son éditorial et a dénoncé “l’Inquisition Sénatoriale“ ». Après le 10 juillet, Warburg n’a jamais eu besoin de répondre directement de ces actes devant une quelconque commission. L’imbroglio fut résolu lorsque la sous-commission sénatoriale, dans une réddition abjecte, accepta d’une part de donner à l’avance à Mr Warburg la liste des questions, et d’autre part, de lui permettre de ne pas répondre à toute question qui pourrait affaiblir sa position au sein du Conseil des gouverneurs. Le journal Nation rapporta le 23 juillet 1914, que « Mr Warburg avait finallement accepté une conférence avec le Sénateur de l’Etat de New York O’Gorman, connu comme étant le « Sénateur de Wall Street » et de rencontrer de manière informelle les membres de la sous-commission sénatoriale. L’opinion à Washington est que la confirmation de Mr Warburg est assurée. » Le journal Nation était dans le vrai. Mr Warburg fut confirmé dans ses fonctions le 8 août 1914. Le Sénateur Robert L. Owen avait auparavant prévenu que Warburg était le représentant américain de la famille Rothschid, mais lui poser des questions à ce sujet avait en effet été frappé par "l’Inquisition". Il est vrai que ce type de Sénateurs étaient trop civilisés pour se livrer à une telle barbarie.
 
Le 1er août 1914, durant l’audition au Sénat devant la commission bancaire et financière il y eu l’échange suivant entre le Sénateur Bristow et Paul Warburg :
 
BRISTOW : « J’ai entendu dire que vous étiez républicain, mais quand Mr Theodore Roosevelt s’est présenté, vous être devenu un sympathisant de Mr. Wilson. L’avez-vous soutenu ? »
WARBURG : « Oui. »
BRISTOW : « Alors que votre frère (Felix Warburg) supportait Mr Taft ? »
WARBURG : « Oui. »
 
Donc trois des principaux associés de Kuhn, Loeb Company ont soutenu trois candidats différents pour la présidence des Etats-Unis. Paul Warburg soutenait Wilson, Felix Warburg soutenait Taft et Otto Kahn soutenait Theodore Roosevelt. Paul Warburg a explqiué cette situation curieuse en disant à la Commission qu’il n’avait aucune influence sur les idées politiques de cahcun des candidtas. « La finance et les politiques ne se mélangent pas. »
 
Les questions sur la nomination de Warburg furent ignorées à cause de la nomination par Wilson de Thomas B. Jones au Conseil des gouverneurs. Les journalistes ont découvert que Jones, au moment de sa nomination, était sour le coup d’une accusation par un procureur des Etats-Unis. Wilson pris la défence de son candidat en disant aux journalistes que : « la majorité des hommes liée à ce que nous avons l’habitude d’appeler les « affaires du pays » sont honnêtes, incorruptible et patriote. » Malgré les protestations de Wilson, la Commission bancaire et monétaire du Sénat projeta des auditions pour examiner l’éligibilté de Thomas D. Jones comme mebre du Conseil des Gouverneurs. Wilson écrivit une lettre au Sénateur Robert L. Owen, le president de cette Commission :
 
Maison Blanche, le 18 juin 1914
 
« Cher Sénateur Owen :
 
Mr Jones a toujours combattu les droits du peuple contre les nantis. Sa relation avec la Harvester Company était pour le service public et non pour ses intérêts privés. Il est l’homme de la situation qui représente mon choix personnel.
 
Sincèrement,
 
Woodrow Wilson. »
 
Woodrow Wilson a dit : « Il n’y a pas de raison de croire qu’un rapport défavorable est représentatif de l’avis du Séant lui-même. » Après quelques semaines, Thomas D. Jones se retira et le pays eut à faire sans ses services.
 
Les autres membres du premier Conseil des gouverneurs étaient le Secrétaire au Trésor, William McAdoo qui était le gendre de Wilson, et le Controlleur de la Monnaie John Skelton Williams qui était aussi le président de Hudson-Manhattan Railroad, une entreprise controlé par Kuhn, Loeb Company.
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Le 16 novembre 1914, lorsque les banques de réserves fédérales commencèrent leurs opérations, Paul Warburg déclara : « Cette date peut être considérée comme le 4 Juillet de l’histoire économique des Etats-Unis. »
 
 

[1]National Economy and the Banking System, Sen. Doc. No. 3, No. 223, 76th Congress, 1st session, 1939
[2]H.W. Loucks, The Great Conspiracy of the House of Morgan, Privately printed, 1916
[3]E.M. House, Philip Dru, Administrator, B. W. Heubsch, N.Y., 1912
[4]Col. E.M. House, The Intimate Papers of Col. House, 4 v. 1926-1928, Houghton Mifflin Co.
[5]Ferdinand Lundberg, America’s Sixty Families, 1937
[6]J. Laurence Laughlin, The Federal Reserve Act, It’s Origins and Purposes
[7]Charles Seymour, The Intimate Papers of Col. House, 4 v. 1926-1928, Houghton Mifflin Co
[8]Paul Emden, The Money Power of Europe in the 19th and 20th Century, S. Low, Marston Co., London, 1937
[9]Clarence W. Barron, More They Told Barron, Arno Press, New York Times, 1973, June 12, 1914. p. 204
Par Dicarno - Publié dans : Banque centrale
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Mercredi 17 octobre 2007
« Notre système financier est bancal et constitue un immence fardeau pour le peuple … Cet act établit le plus gigantesque rust sur terre », député Charles Augustus Lindbergh, Sr.
 
Les discourse du sénateur LaFolette et du depute Lindbergh sont devenus, en 1912, les points de ralliement de l’oppostion au plan Aldrich. Ils avaient aussi excité l’opinion publique contre le Tust Financier. Le député Lindbregh a dit, le 15 décembre 1911 : « le gouvernement entame des procédures contres d’autres Trusts, mais soutien le Trust Financier. J’ai attendu patiemment depuis plusieurs années une oppotunité pour révéler le critère d’une fausse monnaie, et montrer que le plus grand de tous les favoritismes est celui déployé par le gouvernement pour le Trust Financier. »
 
Le sénateur LaFolette a publiquement accusé qu’un trust financier de 50 personnes controllait les Etats-Unis. Le « Nation Magazine » répondit dans un article au Sénateur LaFolette que « s’ils y avait un money Trust, il ne serait pas facile d’établir que l’exercice de son influence soit bon ou mauvais. » Dans ses mémoires, le sénateur LaFolette soutient que son discour contre le Trust Financier lui avait coûté la présidence des Etats-Unis, alors que le soutien récent de Woodrow Wilson pour le plan Aldrich lui avait apporté la considération de l’establishment.
 
En fait, le Congrès fit un geste pour apaiser l’opinion publique en nommant une commission d’enquête sur le contrôle de la création monétaire aux Etats-Unis. Cette commission, plus connue sous le nom de la « Commission Pujo », conduisit, en 1912, la célèbre audition du « Money Trust », sous la direction du député de Louisiane Arsène Pujo qui était considéré comme le porte-parole des intérêts pétroliers. Les auditions furent délibérément trainées en longueur pendant cinq mois, et donnèrent lieu à 6 000 pages de témoignages publiées en quatre volumes. Mois après mois, les banquiers firent le voyage en train entre New York et Washington, témoignés devant la commission d’enquête, puis retourné à New York. Les auditions étaient hautement sans-intérêt, et aucune information surprenante ne fut reveler au cours des sessions. Les banquiers avouèrent solennellement qu’ils étaient effectivement des banquiers opérant toujours dans l’intérêt public, et clamant qu’ils étaient seulement animés par les plus hauts idéaux du service public, à l’image des députés devant qui ils étaient en train de témoigner.
 
La nature paradoxale des auditions de la commission Pujo sur le Trust Financier peut être mieux comprise si nous examinions l’homme qui a poursuivi à lui seul ces auditions : Samuel Untermye. Il fut l’un des principaux collecteurs de fonds de la campagne présidentielle de Woodrow Wilson, et il possédait l’un des plus riches cabinets d’avocats d’affaire de New York. Il déclare dans son autobiographie du Who’s Who de 1926, qu’il avait reçu une fois 775 000 $ d’honoraires pour la fusion réussi de la Compagnie du Cuivre de l’utah et la Boston Consolidated and nevada Company, une entreprise qui a une valeur de marché d’une centaine de millions de dollars. Il refusa de demander au Senateur LaFolette ou au Député Lindbergh de témoigner dans l’enquête qu’ils avaient réclamé au Congrès. Comme conseiller spécial de la Commission Pujo, Untermyer dirigea les audiences comme une affaire personnelle. Les membres de la commission, dont le président, le député Arsène Pujo, semblent avoir tous été frappés de crétinisme du début à la fin des auditions. L’un de ces fonctionnaires silencieux fut le Député de Caroline du Sud, James Byrnes qui, plus tard, devint célèbre comme "Baruch’s man" en tant que responsable de la mobilisation militaire durant la deuxième guerre mondiale.
 
Bien qu’il fut spécialiste de ces questions, Untermyer n’intérrogea aucun des banquiers sur le système d’interaction des conseils d’administration à travers lesquels ils controllaient l’industrie. Il n’a pas non plus abordé les questions des mouvements internationaux sur l’or, qui étaient connus comme étant un facteur des paniques monétaires, ou des relations entre les banquiers américains et européens. Les maisons de courtage d’Eugène Meyer, Lazar Frères, J. & W. Seligman, Ladenburg Thalmann, Speyer Brothers, M. M. Warburg, and the Rothschild Brothers n’ont pas éveillé la curiosité de Samuel Untermyer, bien qu’il fut bien connu sur la place de New York que tout ces établissements bancaires avaient des ramifications ou controllaient des filiales à Wall Street. Lorsque Jacob Schiff apparu devant la commission Pujo, l’adroit questionnaire de Mr Untermyer permi à Mr Schiff de parler quelques minutes sans révéler la moindre information sur les opérations de la maison de courtage Kuhn Loeb Company, dont il était le principal associé, et que le Sénateur Robert L. Owen avait identifié que c’était le représentant des Rothchilds aux Etats-Unis.
 
Le vieux J.P. Morgan, qui n’avait plus que quelques mois à vivre, apparu devant la commission d’enquête pour expliquer les transactions de finances internationales qu’ils pratiquent depuis des décennies. Il déclara à Mr Untermyer que l’argent est une denrée. C’est un stratagème des créateurs de monnaie que de faire croire au public que la création d’argent est une occurrence naturelle identique à celle d’un champ de maïs, bien que c’était en fait un privilège conféré aux banquiers par le gouvernement sur lequel ils avaient pris le contrôle. J.P. Morgan dit également à la Commision Pujo que, en consentant un prêt, il prenait réellement en compte un seul facteur, le caractère de l’homme ; la capacité de l’individu à rembourser son prêt était de peu d’importance. Cette étonnante observation surpris même les membres blasés de la commission.
 
La farce de la Commission Puje se termina sans qu’un contradicteur bien connu des créateurs monétaires soiet autorisé à apparaître ou témoigner. Pour Untermyer, ce fut comme si le Sénateur LaFolette et le Député Charles Augustus Lindbergh n’avaient jamais existés. Pourtant, ce Député avait fait en sorte de convaincre le peuple des Etats-Unis que les banquiers New Yorkais avait le monople de la création monétaire du pays. A l’issue des auditions, les banquiers et les journaux qu’ils financent ont prétendu que la seule façon de casser ce soit disant monopole était d’adopter dès maintenant la législation financière et monétaire proposée au Congrès. Il s’agissait du projet de Loi qui fut voté un an plus tard par le Congrès sous le nom de Federal Reserve Act. La presse exigea réellement que le monopole des banquiers de New York soit brisé par l’adoption du nouveau système financier proposé par le banquier le plus instruit, Paul Warburg.
 
La campagne présidentielle de 1912 fut marquée par l’une des défaites les plus inattendues de l’histoire politique américaine. Le tenant, William Howard Taft, était un president populaire, et les Républicains, dans une période de prospérité générale, gouvernait avec la majorité au Congrès (réunion du sénat et de la chambre des députés). Le challenger du Parti Démocrate, Woodrow Wilson, alors Gouverneur du New Jersey, n’avait pas la reconnaisance nationale, et était un homme rigide et austère qui n’avait pas le soutien du petit peuple. Les deux partis avaient chacun inclus un projet de réforme monétaire dans leur programme. Les Républicains soutenanit le plan Aldrich qui avait été dénoncé comme étant un plan de Wall Street, et les Démocrates soutennait le Féderal Reserve Act. Aucun des deux partis n’avait informé le public que les projets de Loi étaient identiques à l’exception du nom. Rétrospectivement, il semble évident que les banquiers de New York avaient décidé de lacher Taft et de soutenir Wilson. Comment le savons-nous? Taft semblait certain d’être réelu et Wilson retournerait dans les pénombres de l’histoire. Soudain Theodore Roosevelt entra dans la danse. Il annonça qu’il se lançait dans la course à la présidentielle comme candidat d’un troisème parti. Sa candidature aurait été absurde s’il n’y avait eu le fait qu’il était exceptionnellement bien financé. En outre, il a reçu une couverture médiatique supérieure à Taft et Wilson réunis. En tant qu’ancien président élu sous l’étiquette républicaine, il était évident que Roossevelt confisquerait une grosse partie des voix de Taft. Ce cas de figure s’avéra vrai et Wison gagna l’élection. A ce jour, personne ne peut dire ce qu’était le programme de Theodore Roosevelt ni pourquoi il sabota son propre parti dans ces élections.
 
Puisque les banquiers avaient financé les trois candidats, ils seraient gagnant, quel que soit le résultat. Plus tard, des témoignages faient auprès d’une commission du Congrès montrèrent qu’au sein de la firme Kuhn Loeb Company, Félix Warburg avait soutenu Taft, Paul Warburg et Jacob Schiff avait soutenu Wilson, et Otto Kahn avait soutenu Roosevelt. Le résultat fut qu’un Président Démocrate fut élu et que le Congrès changea de majorité et surtout que la législation sur la création d’une banque centrale serait voté. Il semble probable que l’identification du Plan Aldrich comme une opération de Wall Street prédisait un passage difficile devant le Congrès à cause de la farouche opposition des Démocrates aux Républicains. En revanche, une victoire des Démocrates à la présidentielle et au Congrès pouvait permettre la création de la banque centrale. Taft fut sacrifié parce que les banquiers doutaient qu’il puisse tenir parole sur le plan Aldrich,e t Roosevelt fut l’instrument de sa mort politique.
 
Pour davantage désorienter les américains et les aveugler sur la véritable raison d’être du Federal Reserve Act, les architectes du Plan Aldrich, le puissant nelson Aldrich bien qu’il ne fut plus sénateur, et Frank Vanderlip, le président de la National City Bank, s’écrièrent contre le projet de Loi. Ils donnèrent des interviews dès qu’ils pouvaient trouver un auditoire pour dénoncer le projet du Fereal Reserve Act comme étant défavorable pour les banques et bon pour le gouvernement. La menacee de l’inflation fut pointée du doigt en raison de la prévision d’impression des billets à ordre de la Federal Reserve. La Nation du 23 octobre 1913 montra : « Mr Aldrich, en personne, s’est emporté sur l’émission par le gouvernement de nouveaux dollars ne reposant pas sur l’or ou des lingôts d’argent, bien qu’une loi, portant le nom d’Aldrich, son auteur, autorise précisément ce qui a été fait, avait été voté en 1908. » Les discours de Frank Vanderlip étaient si bizarres que le Sénateur Robert L. Owen, président de la nouvelle Commission Financière et Monétaire qui avait été formé le 18 mars 1913, l’accusa d’orquestrer ouvertement une campagne de désinformation sur le projet de Loi.
 
Les intérêts des citoyens, selon un discour prononcé le 10 septembre 1913 par Carter Glass au Congrès, seraient protégés par un conseil consultatif de banquiers. « Rien de sinistre ne peut sortir des négociations. Quatre fois par an, le conseil éxecutif des banquiers représentant chaque district régional des réserves se réunira. Comment pouvons-nous avoir un plus grand gage de sureté sur les intérêts publics ? » Glass affirma que le projet de Conseil Fédéral Exécutif forcerait le Conseil des Gouverneurs de la Réserve Fédérale à agir dans le meilleur intérêt de la nation.
 
Le Sénateur Root remonta le problème de l’inflation, en déclarant qu’en fonction du Federal Reserve Act, la diffusion des bons du trésor se développerait toujours indéfiniment, ce qui provoquerait une grande inflation. Cependant, l’histoire du système des Réserves Fédérales a montré que l’émission des bons du trésor n’a pas seulement provoqué l’inflation, puisque la restriction de l’émission des bons du trésor pouvait aussi provoquée de la déflation, comme ce fut le cas entre 1929 et 1939.
 
L’une des critiques du projet de système décentralisé émanait d’Alfred Crozier un juriste de Cleveland dans l’Ohio. Crozier fut appelé à témoigner devant la Commission du Sénat parce qu’il avait écrit un livre provocateur en1912 : « L’argent des Etats-Unis contre l’industrie financière »[1]. Il dénonça le Aldrich-Vreeland Act de 1908 comme étant un instrument de Wall Street, et il souligna que dès que notre government avait émis de l’argent reposant sur des fonds privés, nous avions perdu notre liberté.
 
Crozier déclara devant la Commission du Sénat que : « On devrait interdire l’allocation ou l’appel à l’emprunt en raison de l’influence sur les prix de cotation des actions et des obligations, où l’augmentation à l’unisson des taux d’intérêts par les banques pour influencer l’opinion publique ou l’action des corps législatifs. Au cours des derniers mois, William McAdoo, le Secrétaire du Trésor des Etats-Unis avait rapporté à la presse qu’il y avait une conspiration parmi les tenants des grands intérêts financiers pour contracter la masse monétaire et augmenter les taux d’intérêts dans le but de faire pression sur le public pour forcer le Congrès à voter la législation monétaire désirée par ces intérêts. La prétendue gestion de la masse monétaire contenue dans le Federal Reserve Act correspond juste à ce que Wall Street et les grandes banques avait, depuis 25 ans, recherché pour leurs propres intérêts. Le Federal Reserve Act, au lieu d’établir un contrôle public de l’argent, est comme le projet de loi d’Aldrich. Ces deux projets dépouillent le gouvernement et le peuple de tout contrôle effectif sur l’argent public, et donne exclusivement le pouvoir aux banques de diffuser, abondamment ou non, de l’argent dans la population. Le projet de Loi d’Aldrich donnait ce pouvoir à une banque centrale. Le projet de la Federal Reserve Act donne ce pouvoir à 12 banques centrales régionales, appartenant toute exclusivement à des intérêts privés. Le président Garfield a déclaré brièvement avant d’être assassiné que quiconque contrôle la création monétaire controlerait le business et les activités des gens. Thomas Jefferson nous avait mis en garde il y a une centaine d’année qu’une banque centrale privée émettant l’argent public était une plus grande menace sur les Libertés du peuple qu’une dictature militaire. »
 
Il est intéressant de noter combien d’assassinats de président des Etats-Unis résultent de leur intérêt avec l’émision de l’argent public ; Lincoln avec son dollar américain, et Garfield faisant un discour sur les problèmes monétaires juste avant d’être assassiné.
 
Nous commençons maintenant à comprendre pourquoi ce genre de longue campagne de déception planifié fut nécessaire entre la conférence secrète de Jekyll Island et les plans de réformes identiques proposés par les partis Démocrates et les Républicains sous des noms différents. Les banquiers ne pouvaient pas arracher le contrôle de l’émission de la monnaie des citoyens des Etats-Unis sans que ce soit inscrit dans la Constitution par le Congrès. Evidemment ils ne pouvaient agir ouvertement, c’est pourquoi ils exercèrent en coulisse leurs influences pour obtenir le vote du Federal Reserve Act. Ce fut principalement l’œuvre de deux personnes non élus : Paul Warburg et le Colonel Edward Mandell.
 
En apparence, Paul Warburg fit, en 1913, devant la Commission Financière et Monétaire, dans un bref résumé de son passé : « Je suis membre de la banque Kuhn, Loeb Company. J’ai émigré dans ce pays en 1902. Je suis né et j’ai été éduqué dans le milieu financier de Hambourg en Allemagne. J’ai étudié la finance à Londre et Paris et je suis allé un peut partout dans le monde. Au cours de la panique de 1907, la première suggestion que j’ai fait fut : laissez-nous mettre en place une chambre de compensation sur le plan national. Le plan Aldrich contient certaines choses qui sont tout simplement fondamentales dans le fonctionnement de la finance. Votre objectif dans ce plan (Le projet de loi Owen-Glass) doit être la même centralisation des réserves mobilisant le crédit commercial et obtenant une élasticité de l’émission des bons du trésor. »
 
L’expression de Warburg, « mobilisant le crédit » est d’une grande importance à cause de l’imminence d’une guerre généralisée en Europe, or l’une des premières tâches du système des Réserves Fédérales fut de financer la guerre. Les nations européennes étaient déjà ruinées, parce qu’elles avaient entretenu, grâce à leurs banques centrales, de grandes armées depuis presque cinquante ans et donc, elles ne pouvaient pas financer une longue guerre. Une banque centrale impose toujours une charge extraordinaire à une nation pour le réarmement et la défense, dans le but de créér artificiellement une dette inextricable asservissant les peuples pour payer les intérêts.
 
Dans le débat au Sénat sur le Federal Reserve Act, le Sénateur Stone a dit le 12 décembre 1913 : « les grandes banques ont, depuis des années, chercher à avoir et à controler des représentants du Trésor pour servir leurs intérêts. Laissez-moi vous citer un article du World, ‘Dès que que Mr McAdoo est venu à Washington, une femme dont la National City Bank l’avait installé dans l’un des Services du Trésor pour obtenir des informations confidentielles sur l’état des banques, et d’autres questions relatives aux intérêts des grands groupes de Wall Street, fut déplacée. Immédiatement, le Secrétaire du Trésor et l’adjoint du Secrétaire du Trésor furent sévèrement critiqués par les représentants de Wall Street.’ » Stone poursuivi : « J’ai moi-même eu connaissance à plusieurs occasion du refus d’accorder des crédits par les banquiers à des personnes qui s’opposaient à leurs vues politiques et à leurs intérêts. Lorsque le Sénateur Aldrich et d’autres étaient allés partout dans le pays pour promouvoir leur projet, les grandes banques de New York et de Chicago furent invités à contribuer généreusement à un fonds pour soutenir la propagande d’Aldrich. J’ai demandé aux banquiers de mon propre Etat pourquoi ils avaient participé aux contributions à ce fond d’exploitation. Ils m’ont répondu qu’ils avaient contribué parce qu’ils avaient peur d’être blacklisté ou boycotté. Il y a des banquiers dans ce pays qui sont les ennemis de la sécurité publique. Dans la passé, peu de grandes banques avait suivi les politiques et les projets qui ont paralysées le dynamisme industriel du pays pour perpétuer leur immense pouvoir sur la finance et l’industrie des affaires d’Amérique. »
 
Carter Glass declares dans son autobiographie qu’il fut convoqué par Woodrow Wilson à la Maison Blanche, et que Wilson lui dit qu’il avait prévu de faire la réforme monétaire et financière. Glass dit : « Je suis d’abord resté sans voix. Puis j’ai protesté qu’il n’y avait pas d’engagement gouvernemantal à ce sujet. Wilson répondit qu’il avait eu un compromis sur ce point pour garder le projet de Loi. »
 
L’expression « un compromis sur ce point » est venue directement de Paul Warburg. Le colonel Elisha Ely Garrisonn, dans ‘Roosevelt, Wilson et la Loi sur la Réserve Fédérale’, a écrit : « En 1911, Lawrence Abbot, le secrétaire privé de Mr Roosevelt, m’a donné une copie du soit-disant plan Aldrich pour la réforme monétaire. Je ne pouvais pas croire que Mr Warburg en était l’auteur. Ce plan n’est rien de plus que la Loi Aldrich-Vreeland. Une fois, je suis allé le voir et je lui ai posé des questions sur ce sujet. Il m’a répondu que c’est la vérité, que c’est lui qui avait écrit ça. Pourquoi, lui ai-je demandé. Il m’a répondu que c’était un compromis.[2] » Garrison affirme que Warburg lui avait écrit le 8 février 1912 : « Je n’ai pas de doûte qu’à la fin de la discussion exhaustive, soit vous le verrez à ma façon ou soit je le verrais à la vôtre, mais j’espère vraiment que vous le verrez à la mienne. » C’était une autre expression de Warburg qui, lorsqu’il influençait secrètement les députés pour soutenir ses intérêts, employait la menace voilée « voir à ma façon » qui signifiait ceux qui ne parviennent pas à réunir de grosses sommes face à leurs adversaires pour les prochaines élections sombrent généralement dans la défaite.
 
Le colonel Garrison, un représentant des banquiers Brown Brothers devenu par la suiste Brown Brothers Harriman, avait ses entrées un peu partout dans la communauté financière. A la page 337 de ‘Roosevelt, Wilson et la Loi sur la Réserve Fédérale’, il écrit sur le colonel House : « Le colonel House est entièrement d’accord avec ce qu’a écrit récemment Mr Warburg. » Il cite le colonel House : « Je conseille aussi que l’administration centrale soit augmentée de quatre à cinq membres et leurs mandats soient allongé de huit à dix ans. Cela donnerait de la stabilité et soustrairerait aux pouvoirs du Président à changer le personnel au cours d’une simple mandature. »
 
L’expression de House « soustrairerait aux pouvoirs du Président » est importante car, plus tard, les Présidents se trouvèrent eux-même impuissants à changer la direction du Conseil du Federal Reserve parce qu’il n’avait pas le pouvoir d’en changer la composition. Garrison a aussi écrit dans son livre : « Paul Warburg est l’homme qui a obtenu le Federal Reserve Act après le rejet du Plan Aldrich qui avait suscité une opposition et une rancoeur nationale. Le cerveau de ces deux plans était le Baron Alfred Rothschild de Londres. » Le colonel Edward Mandell House s’était réferré à l’autobiographie du Rabbi Stephen Wise qui le définissait comme un « Secrétaire d’Etat non officiel ». House nota que lui et Wilson savaient qu’en votant le Federal Reserve Act, ils avaient créé un instrument plus puissant que la Court Suprême. Le conseil des gouverneurs de la Réserve Fédérale constituait, en fait, une sorte de Court Suprême des Finances dont les décisions étaient irrévocables.
 
En 1911, avant que Wilson devienne Président, House retourna au Texas où il compléta un livre appellé « Philippe Dru, Administrateur ». En apparence il ressemblait à un roman, mais en fait, il s’agissait d’une description détaillée du plan du futur gouvenement des Etats-Unis. Ce roman prédisait la disposition d’élever progressivement les impôts pour asservir les masses. En résumé, c’était le modèle qui fut plus tard suivi par les administrations Woodrow Wilson et Franklin D. Roosevelt. Il fut publié anonymement par B. W. Huebsch de New York, et il circula largement parmi les officiels du gouvernement qui n’eurent aucun doûte sur sa paternité. George Sylvester Viereck, qui connaisait House depuis des années, écrivit plus tard un récit sur les relations entre Wilson et House, « L’histoire d’une étrange amitié[3] ». En 1955, Westbrook Pegler, l’éditorialiste du Hearst entre 1932 et 1956, avait entendu parler du « Philippe Dru, Administrateur », et appela Viereck pour lui demander s’il n’avait pas une copie. Viereck lui envoya une copie et Pegler écrivit dans son editorial : “L’une des institutions décrites dans Philip Dru est le Système des Réserves Fédérales. Les Shiffs, les Warburgs, les Kahns, les Rockefellers et les Morgans ont placé tous leurs espoirs dans House. Les intérêts des Shiffs, Warburgs, Rockefellers et Morgans furent personellement représentés dans la mystérieuse conférence de Jekyll Island. »
 
Comme de nombreux protagonistes de ce livre, le Colonel Edward Mandell House avait le soutien moral de la « London Connection ». Issu d’une famille hollandaise nommée "Huis", ses ancêtres avait vécu en Angleterre pendant trois cents ans. Après quoi, son père s’installa au Texas où il fit fortune dans la contrebande au cours de la guerre civile en exportant du coton et d’autres marchandises aux britanniques et en important des fournitures aux Texans assiégés. Son père, n’ayant pas confiance dans la situation volatile du Texas, avait prudemment investit tous ses profits de « briseurs de blocus » en or qu’il déposa à la Baring Bank de Londres. A la fin de la guerre, il était l’un des hommes les plus riches du Texas. Selon Arthur Howden Smith, lorsque le père de House décéda en 1880, sa fortune fut distribuée parmi ses fils comme suit : Thomas William obtint les affaires bancaires ; John les plantations de sucre ; et Edward M. les plantations de coton qui lui assurèrent une rente de 20 000 $ par an[4].
 
A 12 ans, le jeune Edward Mandell House eu la méningite et, plus tard, il fut sujet à de violentes migraines. Il était à moitié valide et son état maladif lui donnait l’apparence d’être asiatique. Il n’a jamais eu de profession déclarée, cependant il utilisa l’argent de son père pour devenir le faiseur des hommes politiques du Texas en faisant élire successivement cinq gouverneurs entre 1893 et 1911. En 1911, il commança à soutenir Wilson pour la présidence en lui apportant le soutien de la délégation du Texas qui assura sa nomination au sein du parti Républicain. House rencontra Wilson pour la première fois à l’hôtel Gotham, le 31 mai 1912.
 
Dans « L’histoire d’une étrange amitié », George Sylvester Viereck a écrit : « J’ai demandé à House : « Qu’est ce qui a scéllé votre amitié ? », il m’a répondu : « la nature de nos tempéraments et de nos idées politiques ». « Quel était votre objectif et le sien » ? « Intégrer dans la Legislation certaines idées libérales et progressistes.[5] » House raconta à Viereck que lorsqu’il rencontra Wilson à la Maison Blanche, il lui donna $35000. C’était l’excédent des $50000 que Bernard Baruch avait donné à Wilson. Les idées du programme de House n’avait pas échappé à d’autres collaborateurs de Wilson. A la page 157 du volume 1 des mémoires du Colonel House, il déclare : « les membres du cabinet comme MM. Lane et Bryan ont commenté l’influence de « Philippe Dru, Administrateur » sur le Président[6]. »
 
Dans ses mémoires, House notifia certain de ces efforts sur le nom du Federal Reserve Act : « Le 19 décembre 1912, j’ai parlé au téléphone avec Paul Warburg à propos de la réforme monétaire. Je lui ai raconté mon voyage à Washington et ce que j’avais fait pour le mettre à l’odre du jour. Je lui ai dit que le Sénat et les députés avaient l’air anxieux de faire ce qu’il désirait, et que le Président Wilson semblait confiant concernant l’issue du projet.[7] » 
 
Nous avons donc un agent de Warburg à Washington, le Colonel House, qui lui assure que le Sénat et les députés ferait ce qu’il désire, et que le président élu « semblait confiant concernant l’issue du projet » D’après ses propos, il semble que les instances représentatives ont cessé d’exister. Dans ses mémoires, House poursuit: « Le 13 mars 1913, Warburg et moi avions eu une discussion privée concernant la réforme monétaire … Le 27 mars 1913, Mr JP Morgan Jr et Mr Denny sont venus à cinq heures. McAdoo arriva 10 minutes plus tard. Morgan avait déjà un plan de réforme imprimé. J’ai pensé qu’il l’avait dactylographié, ainsi, ça ne paraissait pas trop préarrangé, et l’avait envoyé à Wilson et moi-même … Le 23 jullet 1913, j’ai essayé de montrer au Maire de Boston, Quincy, l’erreur stupide des banquiers de l’Est de prendre une attitude antagoniste vis-à-vis du projet de réforme monétaire. J’ai expliqué au Major Henry Higginson (le plus eminent banquier de Boston) avec quel précaution le projet avait été encadré. Juste avant qu’il arrive, je finissais une vérification avec le professeur Sprague de Harvard à propos de la critique de Paul Warburg sur le projet de loi Glass-Owen … Le 13 Octobre 1913, Paul Warburg fut mon premier interlocuteur de la journée. Il est venu discutter de la réforme monétaire. Il y a beaucoup de points du projet de loi Owen-Glass qu’il n’approuve pas. J’ai promi de le mettre en contact avec McAdoo et le Sénateur Owen pour qu’il puisse discutter avec eux … Le 17 novembre 1913, Paul Warburg m’a téléphoné pour m’informer de son voyage à Washington. Plus tard, lui et Mr Jacob Schiff sont venus quelques minutes. Warburg fut celui des deux qui a le plus parlé. Il avait une nouvelle suggestion à propos du rassemblement des Réserves habituels pour obtenir une entité soudée leur permettant d’être plus facilement en contact avec la direction des Reserves Fédérales. »
 
Dans « L’histoire d’une étrange amitié », George Sylvester Viereck a écrit : « Les Shiffs, les Warburgs, les Kahns, les Rockefellers et les Morgans ont placé tous leurs espoirs dans House. Lorsque la législation sur la Réserve Fédérale adopta sa forme définitive, House fut l’intermédiaire privilégié entre la Maison Blanche et les Financiers.[8] » A la page 45, Viereck declare : « Le Colonel House regarde la réforme du système monétaire comme une victoire de l’Adminsistration Wilson.[9] »
 
Le 18 décembre 1913, la Chambre des Députés vota le Glass Bill (la version de la chambre des députés du Reserve Federal Act) par 287 voix contre 85. Le 19 décembre 1913, le Sénat vota sa version par 54 voix contre 34. Quarante différences ont été dénombrées entre la version votée par la Chambre des Députés et celle du Sénat, et les opposants au projet de Loi du Congrès étaient convaincus que de nombreuses semaines s’écouleraient avant que le projet soit examiné. Les députés s’étaient préparés à quitté Washington pendant les fëtes de Noël en étant certain que les débats sur le projet de Loi ne commenceraient pas avant l’année suivante. C’est à ce moment là que les banquiers ont préparé et exécuté la partie la plus brillante de leur plan. En une seule journée, ils réussirent le tour de force de modifier quarante points du projet de Loi, puis à le soumettre au vote des deux chambres dont les représentants étaient pressés de s’en aller. Le Lundi 22 décembre 1913, le « nouveau » projet de Loi fut voté par la Chambre des Députés avec 282 voix contre 60 et par le Sénat avec 43 voix contre 23.
 

[1]Crozier’s book exposed the financiers plan to substitute "corporation currency" for the lawful money of the U.S. as guaranteed by Article I, Sec. 8 Para. 5, of the Constitution
[2]Elisha Ely Garrison, Roosevelt, Wilson and the Federal Reserve Law, Christopher Publications, Boston, 1931
[3]George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship in History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932
[4]Arthur Howden Smith, The Real Col. House, Doran Company, New York, 1918
[5]George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship in History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932
[6]Col. Edward Mandell House, The Intimate Papers of Col. House, edited by Charles Seymour, Houghton Mifflin Co., 1926-28, Vol. 1, p. 157
[7]Idem. Vol. 1, p. 163
[8]George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship In History, Woodrow Wilson and Col. House, Liveright, New York, 1932
[9] Idem
Par Dicarno - Publié dans : Banque centrale
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Mercredi 17 octobre 2007
« Nelson Aldrich considère la Finance et les taxes comme relevant de son domaine de compétence et de sa juridiction. Mr Aldrich fait tout son possible pour échafauder, à travers la Commission national des Fincnaces, une loi sur la finance et la monnaie. Des centaines de milliers de personnes sont résolument convaincus que Mr Aldrich renferme dans sa personnalité la plus grande et la plus sinistre menace sur le bien-être des Etats-Unis. Ernest Newman affirma récemment : “Ce à quoi le Sud fait subir aux Nègres, Aldrich l’infligerai aux Mudsills du Nord, s’il pouvait concevoir une façon concrête et sûr d’y parvenir“. » - Harper’s Weekly, le 7 mai 1910.
 
Les participants à la conférence de Jekyll Island revînrent à New York pour diriger au niveau national une campagne de propagande en faveur du plan Aldrich. Trois des principales universités : Princeton, Harvard et University Of Chicago, furent utilisé comme point de ralliement pour diffuser la propagande. Cinq millions de dollars furent réunis par les banques nationales dans une caisse noire pour persuader les citoyens américains que ce plan de banque centrale devrait être décrêté par une loi voté par le Congrès.
 
Woodrow Wilson, alors gouverneur du New Jersey et ancien president de l’université de Princeton, fut enrolé comme porte-parole du plan Aldrich. Durant le krach de 1907, Wilson avait déclaré : « Tous ces ennuis pourrait être évité si nous avions nommé un comité de six ou sept homme publique comme J.P. Morgan s’est chargé de le faire pour notre pays. »
 
Dans sa biographie de Nelson Aldrich, Stephenson écrit : « Un pamplhet nommé ‘Plan proposé pour une législation monétaire’ fut distribué le 16 janvier 1911 par Nelson Aldrich. Il fut établi à partir des conclusions de Jekyll Island ». Stephenson dit à la page 388 : « une organisation pour l’évolution financière a été formé. Mr Warburg recommanda l’utilisation des établissements universitaire et notamment la création de ce qui est devenu plus tard la Ligue Nationale des Citoyens … Le professeur Laughlin de l’université de Chicago avait pris la responsabilité de la propagande à travers cette association[1] ».
 
 Il est notable que Stephenson caractérise le travail de la ligue de citoyen comme une « propagande », ce qui est en adéquation avec la description de Seligman sur le travail de Warburg visant progressivement « à éduquer le pays » et « à briser les préjugées ».
 
La majeure partie des cinq millions de dollars de la caisse noire des banquiers fut dépensée par la Ligue Nationale des Citoyens qui était composé de professeurs d’université. Les deux promoteurs les plus inlassables du plan Aldrich furents les professeurs O.M Sprague de Harvard, et J Lawrence Laughlin de l’université de Chicago.
 
Le député Charles A. Lindbergh sénior, nota : « J. Laurence Laughlin, le president du comité executive de la Ligue Nationale des Citoyens, est retourné depuis à sa fonction de professeur d’économie politique à l’université de Chicago. En juin 1911, le professeur Laughlin avait pris une année sabbatique, afin de consacrer tout son temps pour la campagne d’éducation entreprise par la Ligue … Il travailla inlassablement, et c’est grandement grâce à ses efforts et sa persistance que la campagne s’engagea dans l’étape finale avec la flateuse perspective d’un résultat brillant … Le lecteur sait que l’université de Chicago est une institution qui a été dotée de presque 50 million de dollars par John D. Rockefeller[2] ».
 
Dans sa biographie de Nelson Aldrich, Stephenson révèle que la Ligue de Citoyens fut aussi un produit de Jekyll Island. Dans le chapitre 24, nous trouvons que : « le plan d’Aldrich fut présenté au Congrès comme étant le résultat de trois années de travail, d’analyses et de voyages des membres de la Commission National des Finances, dépensant au passage plus de 300 000 $. » En 1911, le plan d’Aldrich fut ajouté au programme du Parti Republicain (pour les présidentielles de 1912).
 
Après que le plan d’Aldrich eu été présenté au Congrès, le député Lindbergh déclara le 15 décembre 1911 devant le Comité de l’adoption des Loi : « Notre système financier est bancal et constitue un immence fardeau pour le peuple. J’ai allégué qu’il y a un Trust Financier. Le plan Aldrich est une combine discrète de ce Trust … Pourquoi est ce que maintenant le Trust Financier pousse t-il si fort le Plan Aldrich ? »
 
Lindbergh poursuit son discours: « Le plan d’Aldrich est le plan de Wall Street. C’est un immense défi lancé par le champion du Trust financier au Gouvernenemnt. Ca signifie un autre krach, si nécessaire, pour intimider le peuple. Aldrich, payait par le gouvernement pour représenter le peuple, propose un plan avantageux pour le Trust. Ce fut par un très ingénieux stratagème que la Commission nationale des Finances fut créée. En 1907, la nature fut très généreuse en donnant à ce pays la plus belle moisson qu’il n’a jamais eu. D’autres industries ont, elles aussi, été très occupées, et d’un point de vue économique toutes les conditions étaient réunies pour une année exceptionnelle. Cependant, un krach financier généra des pertes énormes pour nous. Wall Street savait que le peuple américain avait réclamé un remède contre la récurrence des paniques monétaires. Beaucoup de Sénateurs et d’élus sont tombés dans le piège de Wall Street et voté pour le projet de loi d’Aldrich-Vreeland sur l’urgence monétaire. Mais le véritable objet était de créér une commission financière qui charpenterait une proposition de modification de notre loi financière et monétaire qui conviendrait au Trust Financier. Ils ont maintenant intérêts à éduquer le peuple en faveur du plan Aldrich. Ca suppose qu’une grosse somme d’argent a été collectée pour atteindre ce but. Les spéculations de Wall Street ont amené le krach de 1907. Les banques d’épargne avait prêté à des spéculateurs et tout le monde voulait en profiter. Puis quand les épargnants souhaitèrent récupérer leur argent, les banques furent dans l’incapacité de le rendre. Cela a provoqué la panique. »
 
Edward Vreeland, le co-auteur du projet de loi, a écrit dans l’Indépendent (qui était la propriété d’Aldrich) du 25 août 1910 : « dans le plan proposé par le sénateur Aldrich, les monopoles disparaîtront, parce qu’ils seront incapable de faire plus de 4% d’intérêts et les monoples ne peuvent continuer à susbsiter avec des taux aussi bas. Aussi, ça marquera le détachement du gouvernement des banques d’affaires. »
 
Les fantasques prétentions de Vreelan étaient typiques du flot de propagande déclenché pour adopter le plan d’Aldrich. Les expressions « les monopoles disparaîtront » ou « le détachement du gouvernement des banques d’affaires » sont des tartes à la crème.
 
Dans Le Nation Magazine du 19 janvier 1911, il est noté : « le nom de Banque Centrale est prudemment évité, mais le nom donné au projet « Système des Réserves Federales », est équivalent puisqu’il est doté des mêmes pouvoirs et responsabilités que les banques centrales européennes. »
 
Après que la Commission nationale des Finances revint d’Europe, elle a tenu, pendant près de deux ans, des consultations privées. Aucun rapport ni minute de ces réunions ne montrent qu’elle était l’auteur du plan Aldrich. D’ailleurs, les membres de la Commission Nationale des Finances pouvaient difficilement proclamer le Plan comme le leur. L’unique résultat tangible de l’expédition de la Commission, qui a coûté 300 000 $, était une collection de 30 volumes consacrés aux banques centrales européennes. Dans cette collection, il figurait un ouvrage d’un millier de pages d’histoire de la Reichbank, la Banque Cenrale qui controllait la création monétaire en Allemagne et dont les principaux actionnaires était les Rothchild et la famille de Paul Warburg. Les rapports de la Commission montrent qu’elle n’a jamais fonctionné comme une assemblée délibérative. Et pour cause, puisque seules les conclusions de la réunion secrète de Jekyll Island, qui ne fut mentionné dans aucune publication de la Commission, ont été imposées. Le 8 janvier 1912, le sénateur Cummins transmis une résolution au Congrès ordonnant à la Commission de rendre-compte du résultat de ses trois années de travaux. Suite à cette initiative, La Commission Nationale des Finances fut dissoute.
 
Avec leur cinq million de dollars, les promoteurs du plan Aldrich faisait des tirs de barrage contre l’opposition. Andrew Frame témoigna devant la Comission Monétaire et Bancaire à propos de l’Association des Banques Américaines. Il représentait un groupe de banquiers de l’Ouest qui s’opposait au plan Aldrich :
 
- Président de la Commission Carter GLASS : « Pourquoi les banquiers de l’Ouest ne s’étaient-ils pas eux-mêmes fait entendre quand l’Association des Banquiers Américains a donné cet inqualifiable et, nous en sommes assurés, unanime approbation au plan proposé par la Commission National des Finances ? »
- Andrew FRAME : « Je suis content que vous pointez mon attention sur ça. Lorsque ce projet de Loi sur la réforme monétaire avait été présenté au pays, ce fut quelques jours avant la réunion de l’Association des Banques Américaines tenue à la Nouvelle-Orleans en 1911. Il n’y avait pas un banquier sur cent qui avait lu le projet de loi. Nous étions à peine douze à nous y être intéresser. Le general Hamby, d’Austin au Texas, a écrit une lettre au Président Watts pour demander une audience contre le projet de Loi. La réponse qu’il reçu ne fut pas très courtoise. J’ai refusé de voter pour le projet de Loi et de très nombreux autres banquiers ont fait pareillement. »
- MR. BULKLEY : « Cela signifie t-il qu’aucun membre de l’Association pouvait être entendu pour manifester son opposition ? »
- Andrew FRAME : « Ils étouffaient chaque arguement. »
- MR. KINDRED : « Mais le compte-rendu qui fut émis dit que ce fut presque à l’unanimité. »
- Andrew FRAME : « le projet de Loi avait déjà été préparé par le Sénateur Aldrich et présenté au conseil éxécutif de l’Association des Banques Américaines en mai 1911. En tant que membre de ce conseil, j’ai reçu une copie du projet une journée avant qu’ils prennent une décisiosn sur ça. Lorsque le projet de Loi parvint à la Nouvelle-Orléans, les banquiers ne l’avaient pas lu. »
- MR. KINDRED : « Le préposé à la présidence écartait-il simplement ceux qui voulait discutter de ça négativement ? »
- Andrew FRAME : « Ils empéchaient quiconque n’était pas en faveur du projet de Loi de s’exprimer. »
- Président de la commission Carter GLASS : « Quelle portée a le fait qu’au cours de la réunion suivante de l’Association des Banques Américaines, tenue à Détroit en 1912, l’Association n’a pas réitéré son soutien au plan de la Commission Nationale des Finances, connu comme le plan Aldrich ? »
- Andrew FRAME : « Ils n’ont pas réitéré le soutien pour le simple fait que les commanditaires du plan Aldrich savait que l’Association ne le soutenait plus. »
 
Andrew Frame exposa la connivence qui en 1911 assura un soutien du Plan Aldrich de la part de l’Association des Banques Américaines mais qui, en 1912, n’osa pas rénouveller son soutien, de peur d’une discussion sincère et ouverte sur les mérites du plan.
 
Pour promouvoir le projet de loi du Parti Démocrate sur la réforme monétaire, Carter Glass dénonça publiquement le déplorable compte-rendu de la Commission Nationale des Finances dirigée par le Sénateur Républicains Aldrich. Il affirma dans son rapport de 1913 : « Le Sénateur MacVeagh a comptabilisé au 12 mai 1911, la dépense de la Commission nationale des Finances à 207 130 $. Depuis, ils ont encore dépensé 100 000 $ de l’argent des contribuables. Le travail fourni pour ce prix ne peut être ignoré, mais, ayant examiné l’abondante littérature produite par la Commission, la Comission Monétaire et Bancaire a trouvé peu d’élément qui pèseront sur le présent état du marché du crédit aux Etats-Unis. Nous rejetons le plan Aldrich sur les points suivants :
 
-         son manque de contrôle du gouvernement ou du public sur le mécanisme
-         sa disposition à concentrer le control du pouvoir dans les mains des grandes banques
-         l’extrême danger de l’inflation de la monnaie inhérente au système
-         l’hypocrisie des obligations de financement pourvu par la mesure, qui constitue une insolente mignardise que ce système ne coûtait rien au gouvernement
-         les dangereux aspects monopolistiques du projet de Loi
 
Notre commission, à l’issue de son travail, était partagée sur le bien fondé d’une banque centrale qui était l’objectif manifeste du travail qui a été fait par la Commission Nationale des Finances. »
 
La dénonciation, par Carter Glass, du projet de loi d’Aldrich comme étant une banque centrale n’a pas empêché que le Federal Reserve Act, promu par le même Carter Glass, remplisse toutes les fonctions d’une banque centrale. Son capital appartiendrait à des actionnaires privés qui pourrait utiliser la réputation du Gouvernement pour leur propre profit ; elle aurait le contrôle de la création monétaire ; elle serait une banque d’émission qui ouvrirait les vannes du crédit en temps de guerre. Dans « La logique d’une banque centrale », Vera C. Smith (de la Commission pour la Recherche Monétaire et l’Education, juin 1981) écrit : « la définition primaire d’une banque centrale est un système bancaire dans lequel une simple banque a un monopole complet ou partiel sur la création monétaire. Une banque centrale n’est pas un produit naturel du développement bancaire. Il s’agit d’un outil imposé par l’extérieur ou venant du résultat des grâces gouvernemantales. »
 
Donc une banque centrale obtient sa position dominante de son gouvernement qui lui accorde le monopole de la création monétaire. C’est la clé de son pouvoir. Aussi, l’acte d’établir une banque centrale a directement un impact inflationniste à cause du sytème des réserves, qui permet d’émettre des emprunts et donc, de diffuser de l’argent, tant que la banque dispose en dépôt ou en réserve du véritable « argent ».
 
Le plan Aldrich n’a jamais était soumis au vote du Congrès parce que les Républicains ont perdu la chambre des députés en 1910, le Sénat et la Présidence en 1912.
 

[1]Nathaniel Wright Stephenson, Nelson W. Aldrich, A Leader in American Politics, Scribners, N.Y. 1930
 
[2]Charles A. Lindbergh, Sr., Banking, Currency and the Money Trust, 1913, p. 131
Par Dicarno - Publié dans : Banque centrale
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Mercredi 17 octobre 2007
“La question d’une réduction des taux d’intérêts fut discutée et résolue à Jekyll Island”
 Paul M. Warburg.
 
Dans la nuit du 22 novembre 1910, les journalistes présents dans la gare de chemin de fer de Hoboken dans le New Jersey venaient de manquer un scoop. Ils venaient de voir passer sous leur nez une délégation de financiers de haut vol de Wall Street prendre le train pour mener une mission secrète. Il faudra des années pour découvrir quel était l’objet de cette mission secrète et comprendre comment cela influa sur l’histoire des Etats-Unis.
 
La délégation quitta la gare dans un wagon privé, cachée derrière des rideaux sombres pour une destination inconnue. Ce groupe était dirigé par le sénateur Nelson Aldrich alors responsable de la commission monétaire du sénat. Suite au krach financier de 1907, le président Théodore Roosevelt avait jugé utile de stabiliser le système monétaire. Il signa l’année suivante un décret visant à créer cette commission monétaire. Aldrich dépensa 300 000 $ pour diriger pendant deux ans les membres de la commission dans une tournée des capitales européennes. Il n’avait pas encore rédiger de rapport sur les résultats de ce voyage que déjà, il recommandait un plan pour une réforme bancaire.
 
Outre le sénateur Aldrich, dans le train qui quitta Hoboken, il y avait son secrétaire particulier, Shelton ; A. Piatt Andrews, l’adjoint du ministre des finances, et accessoirement adjoint de la commission monétaire ; Frank Vanderlip, le président de la National City Bank de New York ; Henry P. Davison, le principal associé de J.P. Morgan Company ; Charles D. Norton, le président de la First National Bank de New York. Juste avant le départ du train, deux autres invités se joignirent au groupe. Il s’agit de Benjamin Strong, connu comme l’homme de confiance de J.P. Morgan, et Paul Warburg, un immigré allemand qui venait juste de s’associer à la banque Kuhn, Loeb & Compagny de New York
 
Six ans plus tard, un journaliste financier nommé Bertie Charles Forbes (qui plus tard fonda Forbes Magazine) écrivit : « Une partie des plus grands banquiers des Etats-Unis se sont discrètement dérobés de New York dans un wagon privée qui a couvert furtivement des centaines de kilomètres vers le sud. Puis, ils se sont embarqués sur un bateau en direction d’une île désertée par tous, excepté quelques domestiques, pour y passer une semaine entière. Le souci de conserver le secret était tel que les noms des participants n’étaient pas prononcé de peur que les domestiques, apprennant leur véritable identité, divulguent au monde entier la plus étrange expédition de l’histoire financière des Etats-Unis. Je ne suis pas romancier mais je vais vous raconter l’histoire de la fondation de notre nouveau système de change … La prédominance du secret fut ordonné à tous. Le public ne devait pas soupçonner un seul instant de ce qui se tramait. Le sénateur Aldrich avait notifié à chacun des invités de monter séparément dans le train privé qui avait été délibérément placé sur un quai peu fréquenté. Ainsi, la vigilance des journalistes, omniprésents à New York, fut déjouée … Nelson (Aldrich) avait révélé à Henry, Frank, Paul et Piatt qu’il allait les isoler à Jekyll Island, un endroit coupé du monde, jusqu’à ce qu’ils développent et composent un système de change sophistiqué pour les Etats-Unis. Cette réunion de travail consista ni plus ni moins à ébaucher et définir un plan de mise en œuvre de l’actuel système de la Réserve Fédérale … Warburg fut le lien qui cimenta le système d’Aldrich au système actuel. Il fit en sorte, plus qu’aucun autre, que la mise en œuvre du projet soit possible. »
 
La bibliographie officielle du sénateur Nelson Aldrich affirme : « A l’automne 1910, six hommes sont allés à la chasse aux canards, Aldrich, son secrétaire Sheldon, Andrews, Davison, Vanderlip et Warburg. Des journalistes attendaient à la gare de Brunswick (Georgia). Mr Davison vint leur parler. Les journalistes se dispersèrent et le secret fut conservé. Mr Aldrich lui demanda comment il avait fait pour ne dévoiler aucune information importante. »
 
Davison avait la réputation d’être un homme qui pouvait concilier des factions rivales. Il avait joué un rôle prédominant pour J.P. Morgan durant la période du krach de 1907. Un autre associé de Morgan, T.W. Lamont déclara : « Henry P. Davison a servi d’arbitre au cours de l’expédition sur l’île Jekyll. »
 
A partir de toutes ces références, il fut possible d’assembler les pièces du puzzle pour recomposer l’histoire de l’île jekyll. Le train privé d’Aldrich qui avait quitté Hoboken avait amené les banquiers à Jekyll Island au large de la Géorgie. Quelques années plus tôt un groupe de millionnaires, conduit par J.P. Morgan, avait acheté l’île pour servir de lieux de villégiature durant les mois d’hiver. Ils baptisèrent eux mêmes l’île “le club de chasse de Jekyll”. A l’origine, l’île fut utilisée exclusivement pour la chasse mais ils réalisèrent rapidement que la douceur du climat offrait une retraite à la rigueur de l’hiver à New York. Ils construisirent à l’usage de leurs familles respectives de splendides demeures qu’ils appellèrent “cottages”. L’île, elle-même très isolé, était quelque fois utilisée pour des enterrements de vie de garçon ou pour des passes-temps sans rapport avec la chasse. A quelques occasions, les membres du club qui n’étaient pas invité à ces excursions étaient priés de ne pas venir pendant un certain nombre de jours. Avant que les invités de Nelson Aldrich quitte New York, les membres du club avait été avertis que l’île serait occupé pendant deux semaines.
 
Ce n’est pas seulement à cause de l’isolement que L’île Jekyll fut choisi comme le lieux pour ébaucher le plan visant à controler la création monétaire des Etats-Unis, mais aussi parce que c’était le lieu de villégiature des personnes qui avaient ébauché le plan. Plus tard, le 3 mai 1931, le New York Times écrivit un commentaire sur la mort de George F. Baker, un des associés les plus proches de J.P. Morgan : « le club de l’île Jekyll a perdu l’un de ses membres les plus distingués. Les membres du club de l’île Jeyll concentrait un sixième du total des richesses du monde. » L’adhésion au club se fait seulement par héritage.
 
Le groupe d’Aldrich n’éprouvait aucun intérêt pour la chasse. L’île de Jekyll avait été choisi comme site de prépartion pour la création de la banque centrale parce qu’elle offrait une absolue confidentialité. Aucun journaliste n’était présent dans un rayon de plus de 50 miles (80 km). La nécessité de conserver le secret était tel que les invités s’était accordés, avant leur arrivée sur l’île Jekyll, que les noms de familles ne devaient être utilisés en aucun cas pendant toute la durée du séjour. Ils décidèrent de s’appeler seulement par leur prénom. Tous les domestiques habituels travaillant sur l’île reçurent un congé de 15 jours, et d’autres servant venant du continent, furent spécialement embauchés pour l’occasion. Ces dispositions s’avéra être si satisfaisante que les membres, limité à ceux qui avait en fait été présent à Jekyll Island, eurent plus tard un certain nombre de réunion informel à New York.
 
Pourquoi ont-ils pris autant de précautions à conserver le secret ? Pourquoi avoir fait ce voyage de plusieurs milliers de kilomètres dans un wagon privé en directon d’un club de chasse isolé ? Apparemment, c’était pour mettre en œuvre un programme de service public, pour préparer une réforme bancaire ordonnée par la commission monétaire du sénat qui serait une révolution pour le peuple américain. Les participants étaient réputés comme étant de généreux donateurs. Générallement, leurs noms étaient inscrits sur les plaques de laiton ou à l’extérieur des immeubles des associations à qui ils avaient fait des dons. Mais, bizarrement, à Jekyll Island, aucune plaque de laiton ne fut posée pour marquer les actions désintéressées de ceux qui se sont réunis dans ce club privé en 1910 dans le but d’améliorer le sort de millions de citoyens des Etats-Unis.
 
En fait, il n’y a eu aucun acte de générosité à Jekyll Island. Le groupe d’Aldrich séjournèrent là pour rédiger un projet de loi sur les banques et les devises que la Commission National de la Monnaie du sénat avait choisi de présenter au public. Ce qui était en jeu, c’était le contrôle de la création monétaire des Etats-Unis. Si une véritable réforme monétaire avait été préparée et présenté au Congrès, ça aurait mis un terme à la puissance des banquiers d’affaires. Le groupe de travail de Jekyll Island s’assura que la création d’une banque centrale aux Etats-Unis puisse convenir à ce qu’ils avaient toujours désiré : contrôler eux-même la création monétaire.
 
Paul Warburg, qui était tchniquement le plus compétent du group, fut chargé de faire plus qu’une ébauche de plan. Son travail fut discutté et bien accueilli par le reste du groupe. Le sénateur Nelson Aldrich était là pour voir si le plan final pouvait sortir sous une forme qu’il puisse être accepté par le Congrès, et les autres banquiers étaient là pour inclure tout les détails nécessaires afin d’être certain de pouvoir obtenir ce qu’ils désiraient. Il leur fallait absolument bien ficeler leur projet car, une fois de retour à new York, ils ne pouvaient espérer disposer d’une seconde chance pour le retravailler.
 
Le groupe resta neuf jours sur Jekyll Island, travaillant sans relâche sur leur tâche. Malgré les intérêts communs des participants, il apparut quelques frictions. Le sénateur Aldrich, faisant toujours preuve d’autorité, se considéra lui-même comme le leader du groupe. Il n’admettait pas que quelqu’un d’autre puisse jouer ce rôle. Aldrich, qui était le seul non banquier du groupe, sentait aussi qu’il était quelque peu hors jeu. Il s’était intéressé au monde bancaire à travers sa carrière professionnelle, mais ce fut toujours avec l’idée d’en profiter en tant qu’actionnaire. Il connaissait peu de choses sur les techniques des opérations financières. A l’opposé, Paul Warburg, pensait que toute question posé par le groupe exigé, pas seulement une simple réponse, mais un exposé complet. Il perdait rarement l’occasion de donner aux membres du groupe un long sermon conçu pour les impressionner sur l’étendue de ses connaissances dans le domaine bancaire. Cette attitude n’était pas très bien vécu par les autres, et souvent Aldrich lançait des remarques acerbes. La diplomatie naturelle d’henry P. Davison s’avéra être un catalyseur utile pour les ramener à l’objet principal de leur travail. Les tics de langage de Warburg (il avait un accent allemand très prononcé) les agaçaient, et il devait constamment se souvenir qu’ils avaient accepté sa présence seulement parce que la conception de la future banque centrale garantirait leurs futurs profits. Warburg faisait peu d’effort pour calmer leurs préjugés ; il contestait à chaque occasion les questions de techniques financières qu’il considérait comme étant sa chasse gardée.
 
“Dans toute conspiration, il doit y avoir de grands secrets”
 
Le plan de la réforme monétaire préparé à Jekyll Island devait être présenté au Congrès comme étant le travail final de la Commission Monétaire. Il était impératif que les véritables auteurs du projet de loi ne soient pas connus. Depuis la panique financière de 1907, le ressentissment populaire contre les banquiers étaient si grand, que nul membre du Congrès aurait osé voter pour un projet de loi émanant de Wall Street. Le plan de Jekyll Island étaint un plan pour la création d’une banque centrale, or aux Etats-Unis, il y avait une longue tradition d’opposition à la mise en place d’une banque centrale. Ca avait commencé avec Thomas Jefferson qui s’opposa au plan d’Alexander Hamilton à propos de la première banque des Etats-Unis soutenu par James Rothchild. Ca avait continué avec le président Andrew Jackson qui s’opposa également à Alexander Hamilton mais à propos de la deuxième banque des Etats-Unis, dans laquelle Nicholas Biddle était intervenu en tant qu’agent opérant pour James Rothchild de Paris. Le résultat de cette lutte fut la création du “Système d’Indépendance de la Sous-Trésorerie” (of the Independent Sub-Treasury System), qui avait prétendument servi à conserver les fonds des Etats-Unis hors de portée des banquiers. Une étude des krachs de 1873, 1893 et 1907 démontra qu’ils furent tous le résultat d’opérations financières émanant des banques d’affaires de la City. En 1908, l’opinion publique fit pression sur le Congrès pour décréter une loi visant à prévenir la récurrence des krachs causées artificiellement par des paniques monétaires. A partir de là, la réforme financière sembla inévitable. Ce fut pour diriger et controler cette réforme que la Commission National des Finances fut créée et que le leader dela majorité du séat, Nelson Aldrich, fut nommé à sa tête.
 
Le principal problème, comme Paul Warburg le mentionna à ses collègues, était d’éviter le nom de “Banque Centrale”. Pour cette raison, il avait décidé de la désigner sour le nom de “Système de Réserve Fédéral” afin de duper les gens sur le fait que c’était justement, comme le prévoyait le plan établi sur Jekyll Island, d’une part une banque centrale possédant tous les attributs d’une banque centrale, et d’autre part, qu’elle était la propriété d’actionnaires privés bénéficiant de l’inestimable privilège de battre monnaie.
 
Dans le chapitre relatif à l’île Jekyll, le biographe d’Aldrich écrivit à propos de la conférence : « Comment les réserves de la banque était-elles controllées ? Elles auraient dû être controllées par le Congrès … Le gouvernement était représenté dans le conseil d’administration, il avait entièrement connaissance de la structure de la banque et de son mode de fonctionnement, mais une majorité des directeurs étaient choisis, directement ou non, par les banques actionnaires. »
 
Donc, la Federal Reserve Bank projeté devait être “controllé par le Congrès” et être redevable au gouvernement, mais la majorité des directeurs étaient choisis, “directement ou non” par les banques actionnaires. Dans le plan raffiné de Warburg, le conseil supérieur de la “Fed” devait être nommé par le Président des Etats-Unis, mais le véritable travail de l’administration serait controllé par un conseil consultatif, siégeant à côté du gouverneur. Les membres de ce conseil devait être choisis par les directeurs des 12 banques des réserves fédérales, et devaient rester inconnu du public.
 
Il fut également nécessaire de dissimuler le fait que le projet de mise en place du système des Reserves Fédérales serait exclusivement dominé par les grands argentiers de New York. Les membres du Congrès venant du Sud et de l’Ouest de l’Union étaient politiquement finis s’ils votaient pour un plan émanant de Wall Street. Les fermiers et les petits hommes d’affaire de ces zones furent ceux qui avaient le plus souffert des krachs financiers. Il y avait un très fort ressentiment contre les banquiers de l’Est. Les notes privées de Nicholas Biddle montrent que les banquiers New Yorkais étaient parfaitement au courant de l’étendue de l’opposition du public contre eux.
 
Paul Warburg perfectionna à Jekyll Island la première supercherie qui éviterait aux citoyens de reconnaître que ce plan créait une banque centrale : c’était le système des réserve régionale. Il proposa un système de quatre (plus tard 12) banques de réserves situées dans diverses régions du pays. Warburg perfectionna également l’idée sur la manière de sélectionner les administrateurs pour les banques régionales. Le sénateur Aldrich avait insisté sur le fait que les officiels devraient être nommés et non élus, et que le Congrès ne devrait avoir aucun rôle à jouer dans le procesus de sélection. Son expérience au Capitole lui avait appris que l’opinion du Congrès serait inamicale aux intérêts de Wall Street, notamment de la part des élus de l’Ouest et du Sud toujours très désireux de montrer à leurs élécteurs qu’ils les protégeaient contre les banquiers de l’Est.
 
Warburg réagit en proposant que le pouvoir des administrateurs des banques centrales devraient être assujeti à l’approbation du Président. Cette disposition visait de manière évidente à retirer tout contrôle du Congrès sur le système. L’idée d’écarter le Congrès signifia que le projet des Réserves Fédérales était inconstitutionnel puisque le système des Réserves Fédérales permettait la création monétaire. Or l’Article 1, Sec. 8, Par. 5 de la Constitution donne expressément au Congrès “le pouvoir de frapper la monnaie et de réguler en conséquence la valeur”. Le plan de Warburg visait à dépouiller le Congrès de sa souveraineté, et les systèmes de vérification et de controle des pouvoirs établis par Thomas Jefferson dans la Constituion seraient détruites. Dans le système projeté, les administrateurs controleraient la création monétaire avec la bénédiction du gouvernement.
 
Plus tard, Paul Warburg écrivit un compte-rendu de 1750 pages de son plan. Le nom de Jekyll Island apparaît nul part dans son texte. Cependant il notifia à la page 58 du volume 1) : « La conférence se termina, après une semaine d’âpres discussions, sur l’ébauche préliminaire de ce qui plus tard devint le projet de Loi Aldrich. Un plan avait été défini pour mettre en œuvre une organisaton de réserve centrale ayant la possibilité d’émettre des billets reposant sur l’or et les obligations d’état. »
 
A la page 60, Warburg écrit : « les résultats de la conférence furent entièrement confidentielles. Même le fait de dire qu’il y avait eu une réunion de travail ne devait pas être rendu publique.” Il ajouta dans une note en bas de la page : “bien que 18 ans se sont écoulés depuis, je ne me sens pas libre de donner une description de ce qui fut le plus intéressant lor de la conférence car le sénateur Aldrich a fait juré le secret à tous les participants. »
 
Les révélations de B.C. Forbes sur l’expédition secrète à Jekyll Island a eu, étonnament, peu d’impact. Comme les révélations de B.C. Forbes ne purent être dévoilées que deux ans après l’adoption, par le Congrès, de la Loi sur la Réserve Féderal, elle n’eurent aucun effet lors des débats sur le projet de loi. L’histoire de Forbes fut rejeté par ceux qui, justement, était dans le secret, la qualifiant de fable absurde. Stephenson mentionne à la page 484 de son livre sur Aldrich[1] : « Le curieux épisode de Jekyll Island a généralement été considéré comme un mythe. B.C. Forbes obtint des informations de la part d’un journaliste. Il révéla de manière approximative l’histoire de Jekyll island, mais cela ne fit aucun effet si ce n’est d’avoir été accueilli comme une fable inventé de toute pièce. »
 
La dissimulation de la conférence de Jekyll Island prit deux formes, qui furent toute deux une réussite. La première, comme le raconte Stephenson, fut de présenter cette histoire comme étant une fiction dont les évènements n’avaient, en vérité, jamais eu lieu. Bien qu’il y eu de breves allusions de Jekyll Island dans quelques livres relatifs au système des Réserves Fédérales, cela n’avait pas attiré l’attention du public. Comme nous l’avions dit, l’énorme relation de Warburg sur le système des Reserves Federales ne faisait pas explicitement mention à Jekyll Island, bien qu’il admit qu’une conférence avait eu lieu.Warburg ne parla jamais officiellement de Jekyll Island. Cependant, pour le professeur Stephenson qui préparait la biographie d’Aldrich, il accepta de rentrer un peu plus dans les détails à travers une brève relation écrite. Dans un extrait de cette relation, que l’on peut trouver à la page 485 du « Warburg memorendum » de la biographie de Stephenson, Warburg écrit : « La question d’une réduction des taux d’intérêts fut discutée et résolue à Jekyll Island »
 
Un autre participant de participant à la conférénce eu moins de scrupules à en parler ouvertement. Frank Vanderlip rédigea un article relatif la conférence. A la page 25 du « Saturday Evening Post » du 9 février 1935, Vanderlip écrivit :
 
« Malgré mon opinion sur le fait que les affaires des entreprises fassent l’objet d’une plus grande publicité, il y eu une occasion, à la fin de l’année 1910, où je dû faire preuve de discrétion puisque comme ça aurait été fatal au plan du sénateur Aldrich s’il fut connut qu’il avait fait appel à des banquiers de Wall Street pour l’aider à préparer son projet de loi, des précautions avaient été prises pour éviter de raviver l’affaire James Stillman (un pittoresque et discret banquier qui fut président de la National City Bank durant la guerre américano-espagnole, qui déclara avoir été directement impliqué dans le déclenchement de la guere) … Je ne pense pas que ce soit exagéré de parler de notre expédition secrète à Jekyll Island comme étant à l’origine de la création de ce qui est devenu l’actuel système des Réserves Fédérales. »
 
Dans un article paru sous le titre de « Suivant les riches de Jekyll Island » dans le Washington post du 27 mars 1938, Roy Hoopes écrivit : « En 1910, lorsque Aldrich et quatre experts financiers voulurent un lieu pour se rencontrer en secret pour réformer le système bancaire du pays, ils simulèrent une partie de chasse à Jekyll et pendant 10 jours ils se terrèrent dans le Clubhouse, où ils préparèrent des plans pour ce qui, finallement, deviendrait la Federale Reserve Bank. »
 
Plus tard, Vanderlip écrivit dans son autobiographie, « Du garçon de ferme au fianncier[2] » : «  Notre expédition secrète à jekyll Island fut l’occasion de concevoir ce qui finalement est devenu l’actuel Système des Réserves Fédérales. Le plan d’Aldrich était d’intégrer tous les points essentiels dans le Federal Reserve Act, comme ce fut le cas. »
 
Le professeur E.R.A. Seligman, un membre de la famille propriétaire de la banque de J. & W. Seligman, responsable du service économique à l’université Columbia, a écrit dans un essai publié par l’académie de science politique (v. 4, No. 4, p. 387-90) : « Très peu de gens savent ce qu’ils doivent à Mr Warburg pour le formidable endettement des Etats-Unis. C’est pourquoi, on peut le dire sans avoir peur de la contradiction, que les caractériques fondamentales du Federal Reserve Act est plus le fruit du travail de Mr Warburg qu’aucun autre homme de ce pays. La création des Réserves fédérales a généré, en substance, une vraie banque centrale. Les deux principes fondamentaux de maîtrise de la création monétaire et d’une politique de taux bas contenu dans le Fedéral Reserve Act se trouvaient être les principes du projet de loi d’Aldrich, et ces principes étaient uniquement l’œuvre de Mr Warburg. Il ne faut pas oublié que Mr Warburg poursuivait un but concret. Afin de faire accepter le projet de loi, l’ébauche avait été enrobé de propositions destinées à protéger les citoyens ; mais Mr Warburg avait espoir qu’avec le temps, il serait possible d’éliminer de la loi certaines clauses qui avait été insérées pour des raisons pédagogiques afin d’éduquer le pays, de briser les préjugées et étoufer les suspicions. »
 
Maintenant que la dette publique atteint des sommes astronomiques, nous pouvons effectivement admettre ce que nous devons à Mr Warburg pour le formidable endettement des Etats-Unis. A l’époque où le Federal Reserve Act fut écrit, la dette publique était presque inexistante.
 
Le professeur Seligman pointe la remarquable préscience de Warburg et la véritable tâche des participants de la conférence de Jekyll Island, qui était de préparer un plan de réforme bancaire visant progressivement à éduquer le pays, à briser les préjugées et à étouffer les suspicions. La campagne pour mettre en vigueur le projet de loi parvint justement à faire ça.
 

[1] Nathaniel Wright Stephenson, Nelson W. Aldrich, A Leader in American Politics, Scribners, N.Y. 1930, Chap. XXIV "Jekyll Island" p. 379
[2]Frank Vanderlip, From Farmboy to Financier
Par Dicarno - Publié dans : Banque centrale
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